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RD Congo: le président et la «main noire»

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Le Président de la RD Congo Felix Tshisekedi

Le paysage politique congolais est défiguré par plein de choses. Il y a, entre autres, un nombre impressionnant de déclarations inopportunes du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. Quelqu’un a dit de ces sorties ratées que c’était dans la «forme», sans autre forme de procès. Or, «la forme, c’est le fond qui remonte discrètement à la surface», assure-t-on. A la longue, la forme, à la congolaise, a fini par embrasser le ludique, un jeu. Pourtant, un jeu qui prête à rire. Et à discréditer tout le pays.

De fait, hier, le chef de l’Etat affirmait vouloir «mourir en sacrifice» comme le Jésus-Christ africain, pour la paix dans l’est du pays. Aujourd’hui, il sort du chapeau un autre lapin: une «main noire», qui roderait autour de la République. Avec l’intention de nuire, voire de renverser le régime en place. A tout prendre, l’expression «main noire», selon le sens qui se dégage des propos même présidentiels, est à personnifier. Est-ce une allégorie, sans plus? Ou une personne physique, en chair et en os? En cela repose toute la problématique du sujet.

En tout cas, on n’ira pas jusqu’à extirper toutes les paroles vaines dites par le chef de l’Etat, parfois devant un parterre de décisionnaires occidentaux. C’est un véritable «inventaire à la Prévert»,  où mille et une chose, sans liens apparents, sont mêlées. Pour, au final, ne rien signifier. Toutefois, qu’on s’arrête sur celle, récente, qui fait actuellement le «buzz» sur les réseaux sociaux: la fameuse «main noire». Et, accessoirement, sur un de ses anciens propos – communs -, ayant soulevé, en son temps, l’hilarité collective.

Barges macabres et caisses vides

C’est au cours d’une interview qu’il accordait à deux journalistes, de «France24» et de «RFI», le 24 septembre, que le chef de l’Etat s’est embourbé, en utilisant un langage imagé, du moins énigmatique, sinon amusant. A une question sur le conflit interethnique sanglant entre les Téké et les Yaka, dans la province de Maï-Ndombe, il a déclaré:  «Les arrestations auxquelles on assiste, au sein de l’armée,  ces jours-ci, ne sont pas le fruit du hasard. Il y a une ‘main noire’ derrière», a-t-il asséné, avant de conclure: «Les personnes arrêtées dans cette affaire ne parlent aucune langue nationale, ni aucun dialecte de la République démocratique du Congo.»

Par ailleurs, il a pris soin de ne citer personne. Pas même le général Yav, accusé et arrêté pour «être de mèche avec un pays étranger». Il a également évité, avec tact, de désigner un pays limitrophe quelconque. Mais, là où le bât a le plus blessé, c’est quand il a obstinément refusé de préciser dans quelle langue s’exprimaient les fauteurs de troubles. Sont-ils donc des extra-terrestres ou quoi?

On en était, à un cheveu près, en voie de remporter le meilleur prix des secrets de Polichinelle. Quel est celui parmi les Congolais, ne penserait qu’il s’agissait là du Rwanda, des Rwandais et, par l’absurde, du président de ce pays, Paul Kagamé? Qui ne connaît pas, parmi les Congolais, qu’entre les deux pays, il existe un océan permanent en houle, dont les vagues meurtrières continuent à se déverser sur les rives congolaises? Et que cela dure depuis vingt ans; ces vagues traînant derrière elles des barges macabres de près de dix millions de morts, entremêlés des caisses vides de minerais volés? C’est tout cela, par ailleurs, le contenu du Rapport Mapping commissionné par l’Onu, que le Congolais lambda connait, en diagonale. De mémoire!

Avec le recul, on comprend mieux pourquoi le successeur de Kabila était obligé, pour la première fois, de pointer du doigt le Rwanda. Le 21 septembre, devant l’Assemblée générale de l’Onu, il a nommément cité le pays de Kagamé d’être la source des misères des Congolais. «C’est le Rwanda, qui soutient les mouvements de rébellion, y compris le M23», a-t-il clarifié, en substance. Il y a des vérités incontournables qui vous placent le dos contre le mur.  La «main noire» avait donc pour synonymes le Rwanda et les Rwandais. Elle était sans doute derrière lui, ce jour-là, mais il s’était gardé de la dénoncer devant cette respectable assemblée, réservant la primeur de ses peurs et de ses angoisses à France 24. Cherchait-il, alors, à créer un effet spécial quelconque, en jouant au plus fin? Mystère!

RD Congo, Allemagne d’Afrique! 

Qu’il y ait la présence des groupes de Rwandais, en solitaire, sur le territoire congolais (en dehors du M23, qui occupe Bunagana), dans le but malsain de s’attaquer à la RD Congo, n’est pas à exclure. A priori. Mais que le président de la République se soit saisi de cette hypothèse pour en faire une fable, défie toutes les règles de «bienséance régalienne». Les paroles d’un chef se doivent de valoir leur pesant d’or. C’est pourquoi les réseaux sociaux, depuis plus d’un mois, ne cessent de faire un pied de nez à l’endroit de Tshisekedi. «‘Main noire’, à quand le tour de ‘main rouge’», s’amuse-t-on sur ces médias, que d’aucuns qualifient de «réseaux de proximité». Et ils n’ont pas tort.

Il y a une année, le chef de l’Etat, le même, a étonné le monde politique en Allemagne. Devant un bouquet de hauts responsables de ce pays, conduits par l’ex-chancelière Merkel, il a sorti une autre impertinence: «Madame la chancelière, je vous le promets, je ferai de la RD Congo, une Allemagne d’Afrique». Incroyable!

Le lendemain, les médias allemands sont restés divisés. Les uns, timorés, ont préféré parler de «lapsus», tandis que d’autres, courageux, ont mis en exergue «une prétention futile». Détruisant, du coup, le plaidoyer des laudateurs de Tshisekedi, en la matière. On sait que pour ces derniers, les sorties déroutantes de leur protégé sont à intégrer dans la «forme» et non dans le «fond». Faux.

C’est fort amusant, tout cela! Mais uniquement à un certain niveau. A d’autres sphères, c’est un véritable drame, car il y va du prestige de tout un pays, roulé dans la boue. Comprenne qui pourra.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France