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Sénégal: «Les Echos» comme Charlie Hebdo?

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La liberté de la presse constamment menacée

Les locaux du quotidien «Les Echos» ravagés par une tempête humaine! Des hommes en furie qui n’ont rien épargné sur leur passage, et dont la volonté était visiblement de tout détruire, pour ôter à jamais à la rédaction du journal, l’envie de tracer encore la moindre ligne sur leur leader religieux. Tout en leur concédant la sacro-sainte et sage présomption d’innocence, les partisans du chef religieux qui ont vandalisé et saccagé au mépris total de la liberté d’expression et celle d’informer de la presse, doivent être recherchés et punis avec la dernière rigueur. Est-ce un crime de donner une information sur l’état de santé d’un chef, religieux soit-il? Surtout que le Covid-19, ce mal qui a touché Serigne Moustapha Sy, n’épargne personne?

Au Burkina Faso, plusieurs chefs religieux, des ministres et des députés en ont souffert, et la presse en a fait ses choux gras. Au Brésil, Jair Messias Bolsonaro, le sulfureux président qui se moquait de la maladie à coronavirus et des gestes barrière qui en freinent la propagation, a été sonné par le virus qui a fait pire au Burundi, faisant passer de vie à trépas, le téméraire Pierre Nkurunziza, un autre chef d’Etat qui l’a défié. Et la presse en a fait ces manchettes, tout comme elle a longtemps traité de la contamination de Boris Johnson, le Premier ministre britannique, le locataire du 10 Downing Street,  qui est également passé par des soins intensifs que nécessitaient son état de «covidé».

La liste des personnalités qui sont passées par les nuits blanches imposées par le Covid-19 est loin d’être exhaustive. Elle pourrait même s’allonger par de nouveaux cas, puisque les experts en santé sont convaincus que le monde entier vivra avec le mal pour longtemps encore, voir tout le temps. Et toujours, la presse, en parlera. Malheureusement, les fatwas comme celle lancée contre «Les Echos» au Sénégal pourraient bien conduire à une auto-censure fortement préjudiciable à la lutte contre la pandémie. Les «guerriers» de Dakar, portés par une dévotion aveugle, constituent, ainsi un danger pour l’humanité, surtout pour eux-mêmes que l’information donnée par le quotidien a peut-être sauvés d’une contagion à ciel ouvert, quand on voit le monde que drainent les rassemblements religieux. Comme quoi, sous tous les cieux, vivent les mêmes prédateurs qui s’en sont pris, avec une barbarie sans commune mesure, à Charlie Hebdo, à Paris.

On s’en souvient, comme si c’était hier, que cette attaque terroriste a décimé une bonne partie des ténors de la rédaction et fait de nombreuses autres victimes. C’était le 7 janvier 2015, jour de parution du numéro 1177 de l’hebdomadaire satirique accusé, d’avoir profané, à travers la publication de 12 caricatures pourtant déjà parues dans le journal danois Jyllands-Posten, l’image du prophète Mahomet, le chef de l’islam, une religion de paix et d’amour. La bêtise humaine sous le sceau de la religion, n’a donc pas de frontière. Et cette épée de Damoclès à la lame encore plus tranchante que le glaive que fait pendre les politiciens et autres puissants lobbys des affaires sur la tête des journalistes, a de quoi inquiéter, dans un monde où la liberté de presse et d’expression est constamment foulée au pied. Ce n’est pas Reporters sans frontières qui dira le contraire, les rapports annuels de cette organisation non gouvernementale internationale, recensant sur toute la planète, les cas de journalistes tués, emprisonnés ou persécutés de diverses manières.

Il urge que les auteurs et autres commanditaires zélés de cette attaque sauvage contre la presse tout entière, à travers «Les Echos», connaissent la rigueur de la loi, pour leur forfait. Ce ne sera que justice rendue à la noble profession, et surtout une opportunité pour durcir la lutte contre les assassins des droits de l’homme.

Par Wakat Séra

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