Accueil A la une Sénégal: l’opposition met du piment dans le «thiéboudiène»*

Sénégal: l’opposition met du piment dans le «thiéboudiène»*

Deux des géniteurs de Yewwi Askan Wi, Khalifa Sall (masque) et Ousmane Sonko (Ph d'illustration/nakodal.tv)

«Yewwi Askan Wi». Ou en français «libérez le peuple». La mission est noble mais la tâche ne sera sans doute pas des plus aisées pour ces partis politiques qui ont fait le choix de s’unir pour aller à la conquête du pouvoir. Mûrie pendant plusieurs mois et portée par les leaders politiques les plus populaires de l’heure au Sénégal, la coalition de l’opposition qui regroupe, entre autres, les Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) de Ousmane Sonko, véritable poil à gratter du pouvoir en place, Taxawu Senegaal de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, dont la popularité n’a pris la moindre ride, malgré ces années prison, ou le Parti de l’unité et du rassemblement (PUR) de Cheikh Mouhamadou Moustapha Sy, a été portée sur les fonts baptismaux, devant une assistance des grands jours acquise à sa cause. «Historique», ont qualifié ce jour, les signataires de la charte de ce grand rassemblement de partis et mouvements politiques, gonflés à bloc pour «mettre un terme à la gouvernance de Macky Sall».

Même sans le Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ancien président du Sénégal, l’oiseau a pris son envol. Le PDS de Me Abdoulaye Wade, a marqué son refus, en tout cas pour l’instant, de prendre part à l’aventure. Le parti libéral met en avant des «jeux dans l’ombre» et des «subterfuges» qui mettent du plomb dans l’aile du vertébré avien. Mais, le parti que ceux qui ont la langue fendue au mauvais endroit, pensent qu’il est mené à la baguette par Abdoulaye Wade, seul maître –au propre comme au figuré- à bord et qu’il ne répond plus aux aspirations du peuple sénégalais, fait-il le bon choix, en voulant demeurer tête de rat plutôt que queue d’un lion, le célèbre diambar sénégalais, rendu fort par l’union? Le père Wade continue-t-il de rêver d’un avenir politique; pourquoi pas du palais présidentiel, pour le fils Karim?Rien n’est moins sûr, le pouvoir dans le contexte politique actuel, ne pouvant plus être conquis par un seul parti, encore moins par un individu. A moins que le PDS se prépare également à créer sa coalition, ou rejoigne, pourquoi pas, le Benno Bokk Yakaar qui a porté au pouvoir, un de ses transfuges…Macky Sall, pour ne pas le nommer?

En tout cas, quand les opposants, qui n’ont jamais été d’accord que sur leurs désaccords, s’unissent, il y a de quoi semer l’inquiétude dans les rangs du parti ou de la majorité au pouvoir. Le symbole est donc assez fort pour ne pas donner des nuits blanches à Macky Sall, ou tout au moins, sonner l’alerte au Benno Bokk Yakaar. Surtout qu’au sein de ceux qui s’étaient «unis pour le même espoir», durant l’entre deux tours de la présidentielle sénégalaise de 2012, pour porter au pouvoir leur champion, sont loin de respirer la même sérénité qui les rendaient forts, à une certaine époque, où le «sopi» de Abdoulaye Wade avait créé le désenchantement du peuple sénégalais. Certes, malgré quelques vents contraires qui l’ont secouée sans réussir à la terrasser, la coalition BBY a fait plus que résister. Elle a même vissé son poulain au fauteuil présidentiel, en 2019, pour un nouveau mandat, après un premier septennat, que certains ont qualifié d’espoir déçu. Il est même prêté des intentions de troisième mandat à l’homme fort de Dakar. Mais ça c’est une autre manche.

Pour l’instant, «Yewwi Askan Wi», cherchera à consolider cette union pour aller à l’abordage des élections locales de janvier prochain. Et si affinités, ceux qui entendent marcher ensemble sous la bannière de l’oiseau qui a brisé une chaîne, s’envoleront vers les législatives qui s’annoncent, en principe, pour 2022 et la présidentielle, prévue, elle, pour 2024. Le «thiéboudiène» politique sénégalais ne manquera pas de piment, dans les prochains mois, et ce sera tant mieux pour les partisans de l’alternance et les déçus de l’après «sopi». Pourvu que le fair-play soit de mise dans un marigot politique dont tous les caïmans se connaissent plutôt bien!

Par Wakat Séra

*thiéboudiène: littéralement traduit par riz au poisson. C’est le plat national sénégalais.

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