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Sommet de Montpellier: «La France est au Sahel pour corriger ses erreurs commises en Libye» (Adam Dicko)

Adam Dicko au sommet de Montpellier

«Monsieur le président, vous aimez à dire: « nous sommes au Mali pour aider le Mali, si nous n’étions pas venus au Sahel, il n’y aurait pas de gouvernement actuellement au Mali ». J’ai envie de vous dire  que si ce n’était pas les Africains, il n’allait pas y avoir de France aujourd’hui», a lâché le 8 octobre 2021, la malienne Adam Dicko, au président français Emmanuel Macron, lors du sommet de Montpellier en France. La suite de ces échanges sans tabou entre la jeune malienne engagée pour la cause de son pays et le chef de l’Etat français dans les lignes qui suivent.

Adam Dicko: «Monsieur le président, vous aimez à dire: « nous sommes au Mali pour aider le Mali, si nous n’étions pas venus au Sahel, il n’ y aurait pas de gouvernement actuellement au Mali ». J’ai envie de vous dire  que si ce n’était pas les Africains, il n’allait pas y avoir de France aujourd’hui.

Nous sommes liés, arrêtez de dire que vous êtes venus nous aider, non! Parce que le terrorisme ne menace pas que le Mali. Vous êtes aussi menacés. Arrêtez de nous culpabiliser sur une position de victimes».

Le président Macron: «On n’est pas là simplement pour nos intérêts quand on est arrivé au Mali en 2013. C’est un fait. Par contre, ce que vous avez dit sur la Libye, je l’ai dit plusieurs fois comme président et je partage ce que vous avez dit là-dessus. La Libye, on n’a pas respecté la souveraineté d’un peuple, et ça, c’est une erreur».

Adam Dicko: «Merci d’avoir reconnu cela, et si vous reconnaissez cela, vous allez voir que ce qui se passe au Sahel n’est que la conséquence de votre intervention en Libye. Donc vous êtes au Sahel pour corriger l’erreur que vous avez commise en Libye. Et en corrigeant ces erreurs, vous êtes en train de commettre d’autres erreurs.

Monsieur le président, je vous rappelle que l’intervention militaire étrangère n’a jamais régler un problème. La Libye, l’Afghanistan en sont des preuves. Donc l’intervention militaire ne va pas arranger les choses, et je ne voudrais pas que mon pays le Mali soit comme la Libye.

Prenez votre responsabilité et surtout arrêtez de dire « nous sommes là pour vous aider ». Non, vous n’êtes pas là pour nous aider, on est ensemble, on a un ennemi commun, on le combat ensemble.

Et pour finir, ces sorties de ces derniers jours entre vous et les autorités maliennes, c’est juste une honte. Vous avez le même ennemi et cet ennemi sort grandi de vos bisbilles».

Le président Macron: «Madame, dites-leur, faites-moi plaisir, dites-leur».

Adam Dicko: «Du coup, arrêtez ce discours paternaliste disant que vous allez nous aider, nous n’avons pas besoin d’aide, nous avons besoin de coopération, de partenariat, et nous sommes liés par l’histoire, nous sommes liés par les enjeux, par les défis».

Le président Macron: «Je suis 100% d’accord avec ce que vous venez de dire. Mais après, vous ne pouvez pas couvrir les propos inacceptables qui ont été tenus par des gens, qui eux, n’ont ni la légitimité ni la légalité. Ils ont tenu des propos inacceptables.

Et vous ne pouvez pas me dire qu’on doit avoir un dialogue équilibré, réciproque et dès que je vous parle avec le cœur et je vous dis la vérité, je serai paternaliste. Je ne suis pas paternaliste, je suis sincère, et j’ai droit à la même sincérité que vous. Moi je ne pense pas que l’intervention militaire soit l’alpha et l’oméga, je pense le contraire».

Propos retranscrits par Siaka CISSE (stagiaire)

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