Accueil A la une Soudan: attention au piège du général!

Soudan: attention au piège du général!

Le Premier ministre Abdallah Hamdok de retour

Après 28 jours de détention et de pression populaire rouge du sang de manifestants, le Premier ministre de la transition Abdallah Hamdok a retrouvé son fauteuil. Mieux il est chargé par son ex-geôlier, devenu le seul patron de la transition, de former une équipe de technocrates pour la suite du processus qui devrait conduire à la remise du pouvoir, dans son entièreté aux civils, à la suite d’élections libres et démocratiques. Mais, loin de jeter l’opprobre sur Abdel Fattah al-Burhan, quelle bonne foi accorder au général putschiste qui a, déjà failli plomber la marche des Soudanais vers la vaste prairie verte de liberté après des décennies passées à survivre dans l’enfer sur terre, à eux imposé par le président déchu, Omar el-Béchir?

Du reste, le peuple qui lutte pour récupérer sa révolution de quatre mois qui a abouti à la chute de celui qu’il considère comme son bourreau, n’est pas dupe. Il est conscient que cette B.A de scout, posée par le nouveau patron de Khartoum n’est, en réalité, que ruse et stratagème, pour se donner de l’air et voir venir. Il fallait surtout au régime des généraux de trouver le moyen d’échapper aux sanctions et menaces de sanctions.

Et comme il fallait s’y attendre, les Soudanais épris de liberté et dont le sang n’a que trop coulé du fait de l’entêtement des généraux à se maintenir au pouvoir, ont désormais rangé le Premier ministre aux premières loges du camp adverse, l’accusant d’avoir pactisé avec l’ennemi. Cette attitude d’indien sioux n’est pas une exclusivité des populations qui, d’ailleurs, cherchent à cerner les contours de l’accord ayant conduit à la libération du chef du gouvernement et de la promesse de libération annoncée des prisonniers politiques. C’est une position qui épouse presque la circonspection de la communauté internationale dans son ensemble, qui, tout en exprimant sa satisfaction de l’évolution de la situation, n’a pas manqué de faire montre de prudence.

Sans forcément utiliser les mêmes mots, les acteurs qui surveillent la situation au Soudan comme le lait sur le feu, se rangent aux côtés du peuple dont ils attendent que les aspirations soient prises en compte. Il en est ainsi des Etats-Unis, de l’Union européenne, de la Norvège, de la Suisse, du Canada et du Royaume-Uni. Si l’Union africaine semble plus enthousiaste, manifestant sa satisfaction et se félicitant de «ce pas important», elle ne s’est pas pour autant résolue, en tout cas, pas pour l’instant, à réintégrer, le Soudan du général putschiste dans ses instances.

En attendant que le fameux accord du 21 novembre livre ses secrets, ce serait pur euphémisme que de dire que le Premier ministre qui marque son retour aux affaires, devra se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes et faire la volonté du «dieu étoilé», le général al-Burhan. Si la détermination des manifestants, résolus à mettre fin au pouvoir des militaires, ne le déboulonne pas, à la première occasion, les généraux dont le Premier ministre sera, probablement, contraint d’être le faire-valoir, ne s’en accommoderont que s’il leur obéit au doigt et à l’œil.

Et il doit surtout se garder de mettre en péril les intérêts des généraux qui ont, entre leurs mains, l’économie soudanaise. Du reste, la place des militaires est dans les casernes et au front, en cas de guerre, pour défendre le territoire national, son intégrité et ses populations. Malheureusement, des régimes civils, par leur incurie, font des mêmes militaires, des arbitres du jeu socio-politique, qui après avoir nettoyé la maison et la trouvant désormais très propre, cèdent facilement à la tentation de s’y installer, dans la durée. Jusqu’au prochain coup d’Etat ou une insurrection populaire!

Ce serait un leurre de continuer à croire que militaires et civils peuvent filer le parfait amour dans la conduite d’une transition, les deux entités ne pouvant, jamais, parler le même langage. Cependant, nous gardons l’espoir que le Soudan nous fera mentir!

Par Wakat Séra

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