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Soudan: un Ramadan de feu!

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Fuir le Soudan, la seule solution pour nombre d'habitants (PH d'illustration Sud Ouest)

Faites vos jeux, plus rien ne va! Les Soudanais ne sont pas prêts de sortir des feux de l’enfer allumés et attisés depuis maintenant six jours par des généraux, anciens alliés, désormais ennemis jurés. Abdel Fatah al-Burhan, putschiste devant l’Eternel, chef des Forces armées du Soudan (FAS) et seul maître à bord de la transition depuis 2021 et Mohammed Hamdan Daglo dit Hemedti, patron des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), ne font pas dans la dentelle pour servir aux habitants de Khartoum, du Darfour et d’autres localités du pays, une fin de Ramadan de feu.

Dans une cacophonie de bombardements, pleuvant du ciel par le fait de l’aviation des FAS ou montant du sol, alimentés par l’artillerie lourde des FSR, les deux camps qui ont raidi, pour de bon, leurs positions se promettent l’enfer, pour un pouvoir qu’ils ont volé au peuple en Avril 2019. Prises en sandwich entre les deux généraux, en duo hier et en duel aujourd’hui, les populations, ne savent plus à quel saint se vouer, au propre comme au figuré!

Même les 30 jours de jeûne accompagné de diverses autres privations pour implorer l’assistance et la pardon d’Allah par l’intercession du prophète Mohamed, n’ont visiblement pas été à la hauteur de la soif de sang inextinguible du diable qui s’est emparé du Soudan, sous les traits de deux généraux impitoyables. Les appels à la désescalade et au cessez-le-feu, qu’ils viennent de la Ligue arabe, de l’Igad, de l’Union africaine ou de l’Onu, pour ne citer que ces organisations, sont vite emportés par la musique infernale mixée par les crépitements des armes légères et le vacarme assourdissant des bombes.

La trêve de trois jours, presque quémandée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres connaîtra-t-il meilleur sort que les initiatives antérieures? Il faut l’espérer! Les deux parties étant musulmanes devraient saisir ce clin d’œil de la religion pour accepter cette requête du SG de l’organisation mondiale, pour qui ce cessez-le-feu devrait «permettre aux civils piégés dans les zones de combat de fuir et de chercher de l’aide médicale, de la nourriture et d’autres provisions essentielles».

La lueur d’espoir que qu’entrevoyait le peuple soudanais au bout du long tunnel de pouvoir de fer d’Omar el-Béchir, s’éloigne de plus en plus. Peut-être définitivement! En tout cas, rien ne sera moins sûr, tant que les deux généraux, forts de leurs appuis extérieurs, surtout le soutien militaire égyptien pour al-Burhan très proche également de la Russie, se regarderont en chiens de faïence. Les populations, restent abandonnées à elles-mêmes dans leur lutte quotidienne pour respirer en fin, pardon en vain, l’air bienfaisant de la démocratie! Mais y parviendront-ils, sans un soutien ferme de la communauté internationale, qui, comme à l’accoutumée se contente de déclarations et condamnations de principe? Question sans réponse, pour l’instant.

En attendant, le cessez-le-feu demandé de toutes parts, et l’hypothétique éteinte définitive du brasier soudanais, dans un élan de solidarité et de compassion des généraux, pour le peuple, le Soudan continue de s’enfoncer dans une nouvelle guerre qui a déjà envoyé sur les chemins désolants de l’exil, des milliers de personnes qui essaient d’échapper au sort malheureux de plus de 300 civils qui ont déjà trouvé la mort, dans un conflit dans lequel ils n’ont aucun intérêt.  A première vue, en tout cas, il n’y pas d’avancée qualitative à quitter un goulag à ciel ouvert de militaires pour un joug peut-être en préparation de paramilitaires.

Par Wakat Séra