Accueil A la une Tanwalbougou: «Témoignons pour l’avenir!» (Newton Ahmed Barry)

Tanwalbougou: «Témoignons pour l’avenir!» (Newton Ahmed Barry)

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Newton Ahmed Barry

Dans cette tribune qui pose la problématique de la lutte contre le terrorisme, le journaliste Newton Ahmed Barry fait le constat que «la communauté Peulh à Tanwalbougou», une localité située à l’Est du Burkina, «demande en vain» à intégrer le corps des Volontaires de la défense pour la Patrie (VDP), créé dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Pour M. Barry, la situation à Tanwalbougou où douze présumés terroristes, en majorité des Peulh, ont été retrouvés mort dans leur cellule de détention, selon un communiqué du procureur, «tient plus d’une administration inadaptée de la situation que d’un éventuel conflit ethnique».

«En ces heures difficiles pour notre pays, heures difficiles et sanguinolentes, beaucoup se demandent à quel Saint se vouer. Nous ferons un tort irréparable à notre pays en adhérant au culte de la suprématie ethnique. Les terroristes ont craqué l’allumette et nous nous précipitons avec des jerricanes d’essence.

Ce pays a toujours été un modèle d’osmose social. Il ne peut le demeurer et surmonter toutes les calamités, comme celle que lui impose les terroristes, qu’en célébrant et en portant en pinacle sa diversité ethnique. L’histoire du pays, elle-même en témoigne. Pour arracher son indépendance, il a fallu, des Nazi Boni, des Daresalami Diallo, des Gérard Kango, des Bassinga…

Plus près de nous, pour préparer et réussir l’insurrection il a fallu des Halidou Ouédraogo, des Zéphirin Diabré, des Ki Zerbo, des Arba Diallo…

Sans faire de la provocation, ce n’est pas l’objet aujourd’hui et sa majesté Naaba Baongo, ne m’en tiendra pas rigueur, le royaume de Ouagadougou n’aurait pas été tout à fait celui qu’il est, sans l’épisode de Naaba Modiba. Cette réminiscence survit d’ailleurs à travers l’étroitesse des liens entre la Cour de Ouagadougou et la communauté Peulh de Barkoumdouba, dans l’Oubritenga (si je me trompe que les exégètes de la tradition et de l’histoire m’en excusent).

Aujourd’hui et la situation de Tawalbougou, dans le Gourma l’illustre hélas, nous sommes en train de précipiter notre pays dans l’abîme des conflits ethniques que les terroristes ont insidieusement inoculé dans notre pays.

Nous sommes aujourd’hui, si investis à nous éliminer mutuellement, dans la fausse illusion que la disparition des plus mauvais d’entre nous, ramènerait la paix que nous avons perdue. Fausse et terrible illusion en effet, car comment être performant en se mutilant?

Pour nous vaincre les terroristes ont inoculé la haine ethnique. Qu’elle victoire pouvons-nous espérer contre l’ennemi si nous faisons son jeu?

Il n’y a pas et il n’y aura jamais de haine Peulh-Gourmantché. Dans cet espace millénaire, ces deux communautés ont vécu et se sont brassés au point de générer des manifestations culturelles parfois semblables. Des emprunts linguistiques mutuels.

La situation à Tanwalbougou tient plus d’une administration inadaptée de la situation que d’un éventuel conflit ethnique. Cependant, et hélas, cette administration inadaptée peut avoir pour effet de semer la méfiance et le conflit. Mais il faut se garder de prendre l’effet pour la cause. C’est à cela que toutes les bonnes volontés des deux communautés doivent s’investir sans tarder. L’administration publique doit veiller à ne pas montrer de la préférence.

A souder les communautés en exaltant les fondamentaux de leur vivre ensemble et à nouer des approches stratégiques avec chacune des communautés, car c’est en gagnant les communautés que nous allons gagner la guerre. Autrement nous allons, avec les terroristes, rivaliser dans l’horrible jeu de qui tuera le plus. De fait, de Djibo à Tawalbougou, nos brousses, nos sentiers sont jonchés de cadavres en putréfaction, sans qu’on ne sache qui des terroristes et de l’administration publique détient la palme de l’horrible bourreau. A ce jeu, évidemment, un État ne peut pas gagner. Il est donc urgent de savoir s’arrêter.

Dans les moyens de lutte, il faut de l’inclusion. La communauté Peulh à Tawalbougou demande en vain de contribuer aux VDP en y envoyant leurs enfants. Les recrutements ont été faits en les ignorant. Cette situation n’est pas heureuse et elle est en partie cause du délitement actuellement et de la méperformance de la lutte contre le terrorisme dans la contrée. Si on refuse aux jeunes Peulh toutes possibilités de se mettre au service de leur état, que peut-on espérer qu’il leur reste comme option?

Revoyons nos options. Le terrorisme s’est imposé à nous. Nos options sont en train de lui donner du carburant pour accélérer notre perte.

Toutes les bonnes consciences devraient se lever pour qu’ensemble, dans la richesse de notre diversité, nous forgions l’arme fatale contre le terrorisme.

Surtout, arrêtons la pandémie des morts. Ne banalisons pas la vie, ça ne profitera à personne. Aligner les cadavres n’a jamais servi une cause. C’est pourquoi les États s’y refusent et refusent de concurrencer dans ce domaine les terroristes.

Un célèbre révolutionnaire disait en 1789 «le silence autour de l’assemblée nationale, c’est bientôt le silence dans l’assemblée nationale». Les cadavres en putréfaction dans les provinces autour de Ouagadougou, si on n’y prend garde ce sera dans pas longtemps, des cadavres en putréfaction dans Ouagadougou.

Conjurons le sort. Il est encore temps!

Dieu aide notre pays.

Mais Dieu aide ceux qui s’aident»

Par Newton Ahmed Barry (NAB)

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