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Terrorisme au Burkina: pourquoi les Forces de Défense et de Sécurité peinent à enrayer le phénomène ?

Ceci est une opinion de Marius Yougbaré, un citoyen burkinabè, sur les différentes attaques auxquelles le Burkina Faso fait face depuis 2015.

« Depuis 2015, le Burkina Faso est devenu la cible privilégiée des groupes terroristes qui opèrent dans le Sahel ouest africain. Même si les principaux acteurs secondaires de ce phénomène sont clairement identifiés (le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et l’Etat Islamique dans le Grand Sahel (EIGS)), il faut reconnaître, à défaut que ce soit une volonté de nos autorités militaires et politiques de ne pas divulguer, les identités des véritables acteurs qui soutiennent ces réseaux ne sont pas connues. Nous considérons que les principaux acteurs sont ceux qui financent, équipent et instrumentalisent les acteurs locaux dans le dessein d’atteindre des objectifs inavoués peu importent les conséquences.

S’agissant des conséquences, elles sont trop lourdes avec des effets irréversibles. Sur le plan économique, des ressources conséquentes qui devraient servir à financer des projets de développement sont détournées pour la lutte contre le terrorisme. Sur le plan social et humanitaire, les pillages, les assassinats ciblés ou arbitraires ont occasionnés des déplacements massifs de populations vers d’autres centres urbains en quête de sécurité. Pourtant, des efforts colossaux sont déployés par les autorités pour assurer la sécurité des populations dans les zones fortement touchées par actes terroristes.

Mais pourquoi nos Forces de Défense et de Sécurité qui s’emploient vaillamment à lutter contre ces forces obscures peinent à trouver une solution définitive pour éradiquer le mal ? Il est évident que notre armée qui a été formée dans le cadre de la guerre conventionnelle pourrait avoir du mal à opérer efficacement dans l’immédiat contre cette forme d’attaque spontanée et violente. Mais ne dit-on pas que la qualité d’une armée doit résider en sa capacité de s’adapter à la stratégie de l’ennemi ? D’où l’expression « c’est le terrain qui commande la manœuvre » !

Ce n’est pas que la stratégie de combat employée par les différents groupes terroristes n’est pas connue. Il s’agit bien de la stratégie du détachement et du harcèlement qui a bien été employée par plusieurs stratèges militaires au cours du XXe siècle. La stratégie utilisée pendant la guerre civile d’après-guerre par les Communistes de MAO Tsé-Toung pour défaire les Nationalistes de TCHANG Kaï-Chek pourrait en constituer une illustration parfaite. La virulence de la stratégie de détachement repose sur le fait qu’elle est indirecte et insaisissable et a pour principal objectif de saper le moral de l’adversaire en l’obligeant subtilement à disperser ses forces. Elle tire principalement sa force dans le renseignement qui permet à ses offensives d’être efficaces.

Il est donc indéniable de noter que notre système de renseignement comporte des failles qui sont soigneusement exploitées par l’ennemi pour être efficace dans ses nombreuses offensives. Les nombreuses embuscades et l’attaque de l’état-major général des Armées en sont la preuve. Le dysfonctionnement est tellement alarmant en ce sens que des lanceurs d’alerte sur les réseaux sociaux ont souvent accès à des informations stratégiques qu’ils publient à la recherche du sensationnel sans se rendre compte des dommages engendrés.

Cependant, les spécialistes en stratégie militaire s’accordent pour dire qu’une stratégie dévoilée perd son efficacité. Alors pourquoi la manœuvre des terroristes continue de fonctionner ? Pourquoi nos autorités militaires peinent à restructurer efficacement notre système de renseignement ? Serait-ce parce que nos autorités militaires sont limitées face à cette tactique obscène ?

Il faut immédiatement pour notre part écarter le manque de professionnalisme de nos FDS et rechercher les raisons ailleurs. Les raisons sont les suivantes :

  1. La première raison de l’inefficacité des actions entreprises par les FDS pour lutter contre le terrorisme est sans conteste les querelles corporatistes qui les détournent de l’objectif ultime et qui contribuent davantage à enrayer le processus de cohésion au sein de l’armée. Il est indéniable que les mutineries de 2011, l’insurrection populaire et le putsch manqué de 2015 ont fortement ébranlés l’efficacité opérationnelle de nos FDS en ce sens qu’ils ont réussi à compromettre l’esprit de corps, la discipline, la cohésion et le dispositif opérationnel de notre armée. Pourtant, sans cette nécessaire cohésion, il sera impossible de mener des actions coordonnées sur le théâtre des opérations. Le premier ennemi des FDS est sa cohésion.
  2. La deuxième raison est l’attitude de certains officiers du commandement qui font tout pour plaire aux autorités politiques en perdant de vue l’essence même de leur fonction à savoir qu’ils sont des architectes de la sécurité nationale. S’il y a bien des reproches à faire, c’est justement leur passivité qui a permis à la gangrène (le terrorisme) de prendre de l’ampleur. S’ils avaient suffisamment tiré la sonnette d’alarme aux nouveaux dirigeants en 2015, même si pour des intérêts politiciens ils s’étaient versés dans le populisme et le dilatoire pour accuser le régime déchu de Blaise COMPAORE, ils auraient en amont travailler à trouver la solution adaptée en fonction de nos moyens afin de mieux protéger nos intérêts et les populations.
  3. La troisième raison et la plus capitale, c’est bien le dysfonctionnement du système de renseignement. Qu’il s’agisse de l’élaboration de la stratégie ou de la mise en place de la tactique à employer, le renseignement occupe une place primordiale. L’efficacité des opérations militaires repose sur la qualité du renseignement. Un système de renseignement défectueux ne saurait être utile. Il faut donc impérativement restructurer le renseignement si on veut d’une part, annihiler les actions des terroristes et d’autre part, porter un coup irréversible aux différents groupes terroristes qui assaillent nos populations. »

Marius YOUGBARE

mariusyougbare@gmail.com

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