Accueil Société Terrorisme: «La religion n’est qu’une raison apparente» (Pr Harouna Ouédraogo)

Terrorisme: «La religion n’est qu’une raison apparente» (Pr Harouna Ouédraogo)

Le service psychiatrique du Centre hospitalier universitaire Yalgado (CHU/YO), suite aux attentats qui ont ciblé le café Aziz Istanbul, a reçu des victimes et proches de victimes pour une prise en charge psychologique. Wakat Séra en a profité pour s’entretenir avec le professeur  Harouna Ouédraogo, psychiatre, chef du service psychiatrique. A propos du terrorisme, il estime que  «le fait de se réfugier derrière la religion n’est qu’une raison convenue apparente».

 

Wakat Séra : Faites nous l’état des personnes que vous avez reçues à ce jour

Pr Harouna Ouédraogo : Nous avons reçu une cinquantaine de personnes dont la plupart étaient sur les lieux. Mais d’autres sont des proches de victimes. Nous les avons reçues et les avons écoutées. Vous savez que dans l’immédiat, il s’agit de permettre à l’individu de parler, d’exprimer les émotions, de répondre à un certain nombre de préoccupations et de donner des informations permettant à plus ou moins long terme de gérer ces évènements particulièrement douloureux.

Les personnes reçues sont-elles internées ?

Nous n’avons pas gardé de victimes au service. Elles sont toutes reparties.

Quelles sont les séquelles qu’un tel évènement peut laisser sur ces personnes d’un point de vue psychologique ?

On estime qu’une partie des personnes exposées peut développer à plus ou moins long terme des maladies mentales caractérisées. D’autres vont sentir un mal-être plus ou moins bénins qui nécessite quand même une prise en charge. Nous leur avons demandé, en fonction du malaise ressenti de revenir en consultation. A certains, nous avons proposé de les revoir 24h après pour réévaluer leur cas et décider ensemble de ce qu’il convient de faire.

Vous qui êtes psychiatre, que peut bien se passer dans la tête de ces personnes qui s’adonnent au terrorisme ?

C’est extrêmement compliqué de comprendre les motivations. Au-delà des raisons apparentes, il faut chercher derrière quelle est leur motivation. Et là c’est un exercice assez compliqué, car c’est variable d’un individu à l’autre et c’est également variable en fonction de ce que la personne souhaite faire comme type de violence. Il y a aussi les influences du réseau au sein duquel se trouvent ces personnes. Le fait de se réfugier derrière la religion n’est qu’une raison convenue apparente. Je pense qu’au-delà il y a d’autres types de motivations qu’il faut rechercher.

Vous dites donc que ce sont des influences qui poussent ces personnes à commettre ces actes ?

Ce n’est pas exclu. Vous savez que ce sont des actes préparés, de longue date et qui nécessitent un entrainement. Ce ne sont pas des gens qui improvisent leurs actions. Et c’est en cela que la préparation joue un rôle extrêmement important, avec bien entendu un réseau pour réaliser ce genre d’action.

Entretien réalisé par Boureima DEMBELE

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