Accueil Opinion Un «New Deal» en trompe-l’œil entre l’Europe et l’Afrique ?

Un «New Deal» en trompe-l’œil entre l’Europe et l’Afrique ?

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Ceci est une opinion de Jean-Jules Lema Landu, journaliste congolais, réfugié en France.

« La question n’a rien d’anodin. De fait, elle résulte d’un long processus dans le domaine d’aide apportée par l’Europe à l’Afrique, depuis des décennies, mais pour un résultat dérisoire. Apparemment, c’est comme si les deux parties semblaient déjà s’y complaire. Puis, brusquement, voici la survenue du COVID 19, qui bouscule tout. Fragile, l’Afrique est bien affectée. D’où le sursaut du Vieux continent pour la relever, traduit en acte par la réunion de Bruxelles entre l’UE (Union européenne) et l’UA (Union africaine), du 17 au 18 février.

Résultat : 130 milliards d’euros, sur 7 ans, «d’aide» accordés par l’Europe au continent. Celui-ci ayant été poussé jusqu’à la récession.  Mauvaise situation économique qu’il n’a plus connue, voilà 25 ans.

Une première, et véritable prouesse, quand on sait que ces relations de partenariat, dans le passé, portaient la marque de «hard power», puisque l’Europe dictait, l’Afrique souscrivait. Sans broncher. Et ce, dans presque tous les domaines. C’est pour cela que le président français, Macron, qu’on a vu sur la brèche sur cette question, en est venu à proposer un «New Deal». «Afin de renforcer en profondeur la relation ‘un peu fatiguée’ entre les deux continents», a-t-il précisé. A raison. Car le cadre de coopération entre les deux partenaires remonte à la «Convention de Lomé» (Togo), en 1975, par la suite, à l’Accord de Cotonou» (Bénin), en 2000. Renouvelé en 2020. Il s’agit plutôt d’un partenariat plus large entre l’Union européenne et le groupe des pays ACP (Afrique, Caraïbe et Pacifique). Est-il mis en retraite ?

«Arme» en réserve dissimulée

Pour nombre d’observateurs, les ACP méritent de laisser la place à un autre mode de coopération entre l’Union européenne et le continent africain. Leur défaut de la cuirasse : l’espace et la diversité. Or, dans le lot, l’Afrique a ses spécificités, incompressibles en une solution unique pour les trois groupes. L’intellectuel camerounais Achille Mbembe, pour sa part, voit sur ce chapitre un «continent en phase de ‘recomposition’», qui appelle donc un nouveau regard pour sa marche.

Une fois le COVID éliminé, celui-ci aura-t-il créé l’occasion de donner existence à un «New Deal», selon les vœux du président Macron ? La réponse est à nuancer, au regard de quelques paramètres. Côté face, il y a lieu de reconnaître que le résultat du sommet de Bruxelles UE-UA est aussi le fruit d’une mobilisation mondiale, ne serait-ce qu’au niveau de consultation, car le G7 et le G20 (regroupement de grands pays économique du monde) s’y étaient impliqués. Il y a eu le travail préparatif intense en amont par l’Europe, notamment, à travers le sommet de Paris, en mai 2021, consacré aux économies africaines et à l’épineuse question de la dette. Côté pile, il y a l’opinion publique africaine qui s’interroge, si, en soubassement, la démarche européenne ne dissimule pas une «arme» en réserve contre l’influence grandissante de la Chine, et consorts, sur le sol africain. Tout simplement.

Quoi qu’il en soit, 130 milliards d’euros n’est pas rien. Quitte à les orienter vers des programmes socio-économiques porteurs. Sortir l’Afrique de l’impasse post-COVID, et au-delà, doit être également «affaire de cœur» pour l’Europe, vis-à-vis de son partenaire : du donnant-donnant correct. Le New Deal de Macron ne peut avoir sens que dans cette perspective. Que le COVID en soit un vrai tournant ! »

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

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