Accueil Société XVIIè sommet de la Francophonie: espoir, réinvention et reconquête

XVIIè sommet de la Francophonie: espoir, réinvention et reconquête

Photo de famille à l'ouverture du XVIIè sommet à Erevan (c) OIF

«Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité: source de paix et de prospérité pour l’espace francophone». C’est le thème qui servira de balise de réflexion au XVIIè sommet de la Francophonie qu’accueille Erevan les 11 et 12 octobre 2018. L’ouverture de cette rencontre qui a connu la participation des chefs d’Etats ou de leurs représentants des 84 pays membres, a surtout servi à mettre en exergue les défis pour la Francophonie de se réinventer, d’aller à la reconquête de ses aspirations et idéaux et redonner l’espoir à sa jeunesse.

Sur la cérémonie d’ouverture riche en témoignages des valeurs du vivre ensemble, a plané l’ombre d’un immense homme de culture, le franco-arménien Charles Aznavour. L’artiste, auteur-compositeur, interprète, écrivain, pour ne citer que ces casquettes devait, du reste, revenir sur la terre de ses ancêtres pour un grand concert ce jeudi 11 octobre, dans le cadre de la Francophonie. Le sort en a décidé autrement, le chanteur de 94 ans ayant rendu l’âme le 1er octobre dernier. Mais son absence n’a fait qu’accentuer sa présence par les nombreux hommages qui lui ont été rendus, pratiquement par tous les intervenants. Le premier ministre arménien Nikol Pashinyan qui a souhaité la bienvenue à ses hôtes du sommet a dû tirer un brin de fierté de ces reconnaissances à l’endroit de l’icône de la grande chanson française qui s’est également admirablement servi de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, et bien évidemment l’arménien pour propager la diversité culturelle, fondement du vivre ensemble promu par la Francophonie.

Hommages

Tout en soulignant le rôle fondamental joué par la Francophonie dans la consolidation du processus démocratique, notamment à travers les élections, le règlement des conflits, l’éducation et la lutte contre les violences faites aux femmes, les dirigeants de l’espace francophone ont également appelé à une Francophonie des peuples. Les défis de la sécurité dans le Sahel où la France joue un rôle de taille dans le combat contre le terrorisme et le grand banditisme, de la migration clandestine, de la démographie, du climat et de la crise du système multilatéral ont constitué les préoccupations du Nigérien Mahamadou Issoufou, qui n’a pas manqué non plus, à l’instar de ses prédécesseurs et successeurs, de relever l’action forte de la Francophonie pour la stabilité et la paix et surtout son engagement au profit de la jeunesse. C’est cette même jeunesse et l’Afrique qui, avec la langue française qui n’appartient à personne mais à tous, ont constitué, entre autres, la trame de l’intervention du chef de l’Etat français. Emmanuel Macron a rendu hommage aux anciens secrétaires généraux Boutros Boutros Ghali et Abdou Diouf et à feu le président sénégalais, immortel de l’Académie française, Léopold Sedar Senghor. Le président français n’a pas omis, tout comme qui, comme le reste des dirigeants qui se sont exprimés qui, comme le reste des dirigeants qui se sont exprimés avant et après lui, l’action de la secrétaire générale de l’OIF.

La SG de l’OIF, Michaëlle Jean (c) OIF

Le show Michaëlle Jean

Michaëlle Jean qui a rebondi sur cette nécessité relevée par les politiques de prendre en compte les aspirations des jeunes qui composent la grande majorité de la population francophone. Et comme si elle voulait régler des comptes, celle que tous s’accordent à mettre sur le départ au profit de la Rwandaise, Louise Mushikiwabo, mais qui pourtant ne compte pas lâcher prise a mis les chefs d’Etat face à leurs responsabilités. Florilège: «Alors, au moment où nous  marchons vers le cinquantième anniversaire de la Francophonie, demandons-nous , ici à Erevan, en toute conscience et en toute responsabilité, de quel côté de l’Histoire nous voulons être?

Sommes-nous prêts à accepter que les organisations internationales soient utilisées à des fins partisanes, alors que nous avons besoin, comme jamais, de nous unir dans un multilateralisme rénové et volontaire pour trouver des réponses et des solutions transnationales à des menaces et des défis désormais transnationaux?

Sommes-nous prêts à accepter que la  «démocratie», les «droits» et les «libertés» soient réduits à de simples mots que l’on vide de leur sens au nom de la réal politique, de petits arrangements entre États, ou  d’intérêts particuliers alors que cette aspiration légitime à  plus de liberté, plus de justice, plus de dignité, plus d’égalité est  une aspiration universelle,  portée toujours plus énergiquement par les jeunes et par les femmes? Vous les avez entendus.

Sommes-nous prêts à laisser gagner le relativisme culturel alors que nous devrions saisir l’occasion  de son soixante-dixième anniversaire pour marteler que la  Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, n’est pas une production occidentale? Elle est l’expression de la quintessence de cette part d’humanité inaliénable que nous avons toutes et tous en partage.

Sommes-nous prêts à laisser l’égoïsme à courte vue, les approches exclusivement comptables de la coopération internationale, les investissements prédateurs, ou la corruption l’emporter sur l’exigence de solidarité, sur des partenariats véritablement gagnants-gagnants?»

Fustigeant les petits arrangements et les agissements au gré des intérêts personnels, Michaëlle Jean, a conclu son propos sur le même tempo sur lequel elle l’a introduit. Morceaux choisis: «Le moment est venu, pour nous, comme pour tant d’autres  organisations multilatérales,  de choisir entre  réagir ou laisser faire,  progresser ou régresser.

Et disons-nous bien que l’immobilisme, l’atermoiement et les compromis sont déjà une forme de régression, car une organisation qui ruse avec les valeurs et les principes est déjà une organisation moribonde.

Il ne dépend que de vous que ce XVIIè  Sommet, tenu sur cette terre de mémoire, d’espoir et de  renaissance,  devienne le symbole lumineux de l’avenir que nous voulons pour et avec les jeunes générations.»

Par Morin YAMONGBE (Envoyé spécial à Erevan en Arménie)

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