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Yirgou: «L’extermination a été planifiée», selon le CISC

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Les responsables du CISC

Un mois jour pour jour après les tueries ayant ciblé la communauté peulh à Yirgou, au Centre-nord du Burkina Faso, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), a animé, ce vendredi 1er février 2019, à Ouagadougou, sa deuxième conférence de presse pour donner plus d’éclairage sur cette affaire et faire le point de ses actions. Selon des éléments d’informations que le Collectif dit détenir, à ce jour, on dénombre «210 morts et plus de 19 000 déplacés» après cette «extermination (qui) a été planifiée, ourdie et orchestrée par des groupuscules de Koglwéogo», un groupe d’auto-défense. Le collectif a dénoncé la lenteur de la justice qui n’a pas permis jusqu’à présent d’arrêter le moindre suspect alors qu’au moins «85 personnes» ont été entendues par le parquet de Kaya.

Le CISC a documenté un nombre de morts plus élevés que les chiffres officiels qui font état de 68 personnes tuées. «Le nombre de morts à ce jour est de 210. Ce chiffre a été obtenu après un recensement rigoureux ménage par ménage», a déclaré le porte-parole du Collectif, Daouda Diallo qui a précisé que la liste va s’allonger avec le recensement qui est toujours en cours sur le terrain. Le CISC a, en outre, appelé le gouvernement à réactualiser sa liste des morts. «Nous avons peur que cette volonté de cacher des morts puisse être préjudiciable aux victimes au moment de leurs dédommagement», a dit M. Diallo.

Sur la base de simples suspicions et de fausses accusations, les groupes d’auto-défense Koglwéogo avec certains villageois de Yirgou, «ont attaqué une vingtaine de villages et ont perpétré des massacres sur des membres de la communauté Peulh pendant trois jours (1er au 3 janvier 2019)», a-t-il rappelé en mentionnant que les biens des victimes «ont été détruits et incendiés». Une vingtaine de villages ont été touchés par cette «violence inouïe où seuls les hommes étaient ciblés», a insisté Daouda Diallo qui a ajouté que selon des sources concordantes, «l’extermination de la communauté peulh a été planifiée, ourdie et orchestrée» puisque du 23 au 29 décembre 2018, des membres de Koglwéogo «ont fouillé de fond en comble les maisons des Peulh pour vérifier s’ils avaient des armes blanches ou de guerres».

Tableau de villages ayant connus des exactions

Le Collectif dit aussi fonder sa conviction sur la situation «trouble» de la mort du chef du village qui a été l’élément déclencheur. Selon le regroupement, les bourreaux de la communauté peulh de Yirgou lui «reprocheraient d’être le protecteur des Peulh (car) à plusieurs reprises, (il) a refusé de cautionner toutes exactions contre les Peulh». «Est-ce pour mieux accomplir leur sale besogne, le massacre à ciel ouvert que le chef a été tué», s’est-interrogé M. Diallo qui pense que «beaucoup de questions restent posées».

Le CISC a entrepris des quêtes et des collectes qui ont permis de mobiliser des ressources  dont «11 717 050 FCFA en espèces» et «10 000 000 FCFA en nature» à titre d’assistance aux déplacés.

«La première préoccupation du CISC c’est l’urgence de la justice. Plus d’un mois après le drame, hormis l’annonce faite par le procureur du Faso, près le Tribunal de grande instance (TGI) de Kaya, aucun acte matériel et concret de justice n’est visible sur le terrain», a déploré le Collectif qui déplore qu’à ce jour «plus de 80 000 animaux (bœufs, moutons, chèvres, …) ont été volés». Le CISC s’est aussi félicité parce que cinq cabinets ont décidé de renforcer le collectif d’avocats.

Le Collectif a rappelé que «seule une justice impartiale transparente et diligente peut contribuer à apaiser les cœurs et les esprits et promouvoir les vertus du vivre-ensemble. Il a attiré par la même occasion l’attention des autorités étatiques face à la lenteur déconcertante des actions judiciaires et sur les risques d’une dégradation profonde du climat sécuritaire dans cette partie du pays si les mesures diligentes ne sont pas prises pour que justice soit rendue aux victimes.

Par Bernard BOUGOUM

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