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Côte d’Ivoire: Gbagbo comme Mandela?

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Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé (costume cravate) au temps où ils galvanisaient la foule (Ph. actuconakry.com)

Laurent Gbagbo peut boire tranquillement le «gnamakoudji», le jus de gingembre qu’il affectionne tant après son acquittement par les juges de la Cour pénale internationale (CPI). Il vient de triompher de la justice internationale qui l’a maintenu dans les geôles glacées de La Haye pendant sept ans. Le Woody de Mama, surnom qu’il porte non sans fierté, va certainement, dès qu’il le pourra, effectuer un retour triomphal à Abidjan où l’attendent ses nombreux supporters prêts à la démonstration de force. Et il faut en être certain, le retour de Laurent Gbagbo va entraîner une recomposition du paysage politique ivoirien avec la participation, ou tout au moins l’implication, des trois ténors que sont Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, à la présidentielle d’octobre 2020. L’ancien prisonnier de La Haye a le beau rôle dans cet affrontement redouté par tous les Ivoiriens toujours traumatisés par la crise postélectorale de 2010.

Laurent Gbagbo va-t-il cracher le feu, au risque de réveiller les vieux débats qui ont divisé les Ivoiriens ou va-t-il tenir un langage apaisé susceptible de faire baisser la tension? Gbagbo a-t-il changé après sept ans passés en prison? Dans tous les cas, les premiers mots de celui qu’on a appelé le boulanger d’Abidjan vont donner le ton de ce que sera 2020. Il a l’opportunité de rentrer dans l’histoire en marchant sur les pas de Nelson Mandela qui a su rassembler les Noirs, les Blancs, les Indiens et les Métis dans la nation arc-en-ciel. La liesse populaire qui a suivi son annonce d’acquittement prouve qu’il demeure un gros poisson du marigot politique ivoirien. Il suffit qu’il tienne un discours d’apaisement, de réconciliation pour que disparaisse la crainte de nombreux Ivoiriens qui prédisent une atmosphère surchauffée comme en 2010 où la présidentielle était considérée comme le scrutin à ne pas perdre par l’un des trois leaders. Cela permettra d’éviter certainement de jouer le «match retour» dont rêvent ses partisans pour régler les comptes aux militants du Rassemblement des républicains (RDR), le parti du président Alassane Ouattara.

Son épouse, Simone Gbagbo, a montré la voie en se transformant en chantre de la paix et de la réconciliation des Ivoiriens. «La dame de fer», depuis sa libération le 7 août 2018, a laissé au placard ses discours enflammés qui la classaient parmi les «durs des durs» du Front populaire ivoirien (FPI). Si Laurent Gbagbo emprunte le chemin de l’apaisement comme l’a fait Madiba, il deviendra le pacemaker et évitera un autre duel au couteau en 2020. Réussira-t-il à se défaire des faucons de son camp qui rêvent de prendre leur revanche? En attendant ce nouvel épisode de la série politique ivoirienne, la libération du «christ de Mama» coince toujours à La Haye du fait de l’appel de la procureure de la CPI.

Mahamadou Doumbia (Correspondant de Wakatsera en Côte d’Ivoire)             

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