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8 Mars 2020 au Burkina: les femmes leaders encore à côté de la plaque?

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Que chanera le 8-Mars dans la galère des populations pour s'approvisionner en eau? (Ph. bouasa.org)

Une jeune fille, élève en classe de 5è dans un collège, violée et étranglée alors qu’elle accomplissait sa corvée d’eau quotidienne, loin de chez elle. Les faits datent seulement du mois dernier et rappellent malheureusement, si besoin en était encore, combien les femmes, au Burkina, sont exposées à l’insécurité et risquent leur vie chaque fois qu’elles sont contraintes d’aller s’approvisionner en eau, loin des maisons d’habitation. Loin de constituer un fait divers banal, ce cas certes extrême, nous rappelle les dures réalités vécues encore quotidiennement, en plein 21è siècle, par la grande majorité des femmes dans les zones rurales et périurbaines à travers le pays. Ce mal endémique et séculaire de l’eau au forage trop souvent en panne ou  la borne fontaine trop souvent fermée à cause des longues et intempestives coupures d’eau. C’est cela la réalité de la corvée d’eau avec l’écrasante majorité des femmes au rang des principales et premières victimes.

Mais, comme un clin d’œil à l’endroit de toutes ses femmes désespérées, le hasard a voulu que chaque année, la Journée internationale de lutte pour les droits de la femme soit commémorée chaque 8 mars, et que la Journée mondiale de l’eau soit commémorée le 22 mars. Deux causes majeures célébrées dans le même mois de mars. Ce hasard louable du calendrier permet de poser la question de la contribution des femmes leaders à la lutte contre la corvée d’eau, car très curieusement, le sujet ne semble jamais avoir été la priorité dans l’agenda des revendications du 8 mars.  Comment les femmes leaders du Burkina Faso ont-elles pu occulter aussi longtemps le mal qui frappe le plus grand nombre de femmes? Dans le gouvernement, on dénombre cinq détentrices de portefeuille ministériel plein et trois ministres déléguées. Et elles sont bien nombreuses, les élues nationales, les femmes maires et conseillères municipales, les femmes gouverneurs, etc. Les femmes influentes sont nombreuses dans les hautes sphères économiques, culturelles, intellectuelles. Que font-elles de leur position influente pour changer fondamentalement la corvée d’eau qui affecte leurs mamans, sœurs, tantes, cousines, nièces, restées au village? Que font-elles pour soulager durablement les souffrances de leurs femmes de ménages ou aides domestiques qui vivent avec des moyens beaucoup plus modestes après avoir servi dans les luxueuses villas de la capitale? Les fronts de bataille des femmes sont certes multiples et toutes pertinentes, mais il est inadmissible que l’amélioration des services d’eau potable ne figure nulle part dans les priorités. Le 8-Mars de cette année sera-t-elle une journée plus pour célébrer les femmes leaders qui ont réussi à s’affranchir de la misère ou pour s’interroger sérieusement sur les besoins prioritaires de la grande majorité des femmes pauvres et vulnérables? Réfléchir à la contribution des femmes leaders à l’éradication de la corvée d’eau est de toute évidence bien plus urgent que la lutte pour que toutes les femmes burkinabè portent le pagne du 8-Mars!  Une fois de plus, ce sont les «djandjobas», ces grandes réjouissances populaires où brochettes, poulets et bière tiennent la vedette, accompagnant les danses endiablées de femmes qui «s’enjaillent» comme le disent nos voisins ivoiriens, qui meubleront cette journée. Une journée de distraction au milieu d’une année de misère. Après la fête, les femmes leaders minoritaires retrouveront leur confort quotidien et toutes les autres retourneront à leur corvée d’eau… en attendant le prochain 8-Mars.

Et si pour changer, les femmes leaders, prenaient l’engagement de faire de ce 8 mars 2020, le point de départ d’une révolution des priorités, et d’user de toute leur influence à tous les niveaux pour éradiquer la corvée d’eau au Burkina? En tout cas, en cette année électorale, vous femmes leaders, qui êtes au pouvoir ou le cherchez, votre responsabilité est pleinement engagée pour la victoire sur la corvée d’eau.

Par Wakat Séra

1 Commentaire

  1. Bien vu! La journée « des droits de la femme’ devrait être une journée d’interpellation des décideurs sur les avancées ,au cours de la période écoulée,de la promotion du droit de la femme.
    En clair une évaluation annuelle et des objectifs pour l’année qui suit.
    Ainsi les autorités de présenteraient en serviteurs de la cause de la femme et non comme des invitées d’honneur.

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