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4 août 1983: le témoignage d’un citoyen sur le 4ème coup d’Etat militaire au Faso

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Ceci est une tribune d’un citoyen burkinabè qui apporte son témoignage sur les événements du 4 août 1983, le quatrième coup d’Etat militaire au Burkina Faso, anciennement Haute-Volta.

«Mon témoignage sur le 4 août 1983

La date du «4 août 1983», veille de la fête commémorative de l’indépendance de la Haute-Volta, ayant été choisie par le Commandement du Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô, ville située à environ 150 km de Ouagadougou, comme «jour J pour la descente sur Ouagadougou», aux fins de «renverser le régime du Conseil de salut du peuple (que d’aucuns ont appelé le CSP II), les hommes, ces militaires aguerris au combat, passent effectivement à l’acte. De concert avec un certain nombre de civils appartenant pour la plupart, à des organisations clandestines de la Gauche voltaïque, un peu moins de 250 commandos du CNEC, sous la direction du Capitaine Blaise COMPAORE, descendent alors, sur Ouagadougou, guidés à l’entrée de la ville par des civils dont certains étaient armés, vers les points stratégiques que beaucoup de ces militaires du centre, créé en 1974, découvraient pour la première fois.

Parmi ces civils, certains se livrent à des missions de renseignements, d’autres accomplissent des tâches spécifiques susceptibles de favoriser l’entrée des militaires, à l’abri des regards indiscrets et sans éveiller trop de soupçons: coupure du téléphone ou de l’électricité par exemple, filature de certaines autorités, etc.

L’objectif de cette fusion commandos-civils était clair: s’emparer du pouvoir.

Les premiers crépitements des Kalachnikovs de ces commandos venus de Pô, se sont fait entendre à Ouagadougou, aux environs de 20 heures 30, juste après le discours à la nation du Président du Conseil de Salut du Peuple (CSP), Chef de l’Etat, le Médecin-Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO à la Radiodiffusion et télévision nationale. Ces crépitements au départ, ont été pris pour des pétards ou feux d’artifice, à l’occasion de la fête nationale du 5 août 1983. Mais très vite, «les fêtards» ont dû désenchanter et déchanter. Ouagadougou est sous un déluge de feu ! Quelque temps après, soit exactement à 22 heures 45, sur cette même Radiodiffusion nationale qui venait à peine, auparavant, de diffuser le discours à la nation du Chef de l’Etat, le Médecin-Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO, la voix du Capitaine Thomas SANKARA se fit entendre, en ces termes: «Peuple de Haute-Volta ! Aujourd’hui encore, les soldats, sous-officiers et officiers de l’Armée nationale et des forces paramilitaires se sont vus obligés d’intervenir dans la conduite des affaires de l’Etat pour rendre à notre pays son indépendance et sa liberté et à notre peuple, sa dignité.

En effet, ces objectifs patriotiques et progressistes qui ont justifié l’avènement du Conseil de salut du peuple (CSP) le 7 novembre 1982, ont été trahis le 17 mai 1983, soit seulement six mois après, par des individus farouchement hostiles aux intérêts du peuple voltaïque et à ses aspirations à la démocratie et à la liberté…

Pour réaliser ces objectifs d’honneur, de dignité, d’indépendance véritable et de progrès pour la Haute-Volta et pour son peuple, le mouvement actuel des Forces armées voltaïques tirant les leçons des amères expériences du CSP, a constitué ce jour, 4 août 1983, le Conseil national de la révolution (CNR) qui assume désormais le pouvoir d’Etat, en même temps qu’il met fin au fantomatique régime du CSP du médecin-commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO, qui l’avait, du reste, arbitrairement dissous…

Le Conseil national de la révolution invite le peuple voltaïque à constituer partout, des Comités de défense de la révolution (CDR) pour participer à la grande lutte patriotique du CNR et pour empêcher les ennemis intérieurs et extérieurs de nuire à notre peuple. Il va sans dire que les partis politiques sont dissous…»

Le Capitaine SANKARA aux commandes du navire

Avec ce coup de force des commandos venus de Pô, aidés d’autres militaires et de civils sur place à Ouagadougou, et surtout cette déclaration lue à la Radio et télévision nationales, par cette voix qu’on a voulu étouffer, le régime du CSP du Médecin-Commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO venait ainsi, d’être   renversé.  Le Conseil national de la révolution (CNR) résonne en lieu et place du Conseil de salut du peuple (CSP). La devise «La patrie ou la mort, nous vaincrons» remplace celle de «Unité-Travail-Justice». La Haute-Volta venait, en cette date du 4 août 1983, de vivre son 4ème coup d’Etat militaire.

Après le coup de force où les armes ont «ambiancé» la ville de Ouagadougou des heures durant, à la place des pétards et des feux d’artifice de la fête nationale, le reste de la nuit est mis à profit par les leaders du coup d’Etat pour se choisir un président. Après des échanges et des négociations, le Capitaine Thomas SANKARA est choisi et désigné président du Conseil national de la révolution.»

Sita TARBAGDO