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L’herbe sous nos pieds: pourquoi les terres de parcours naturels sont essentielles

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FAO/K. Purevraqchaa Depuis des siècles, les Mongols et leurs troupeaux vivent au rythme de la vaste steppe. Mais le changement climatique, la désertification et la sécheresse fragilisent cet équilibre : près de 77 % des terres du pays sont aujourd’hui dégradées, menaçant les pâturages et les moyens de subsistance des éleveurs.

Alors qu’une conférence internationale sur la désertification s’ouvre en Mongolie, les participants cherchent à accélérer les réponses à la dégradation des terres, à la désertification et à la sécheresse, qui menacent la sécurité alimentaire et hydrique ainsi que les moyens de subsistance de millions de personnes. Au cœur de ces enjeux se trouvent les terres de parcours, des écosystèmes souvent méconnus mais essentiels, dont dépendent des millions d’éleveurs et leurs communautés, de l’Afrique aux vastes steppes arides d’Asie centrale.

Dans le nord du Kenya, un éleveur scrute le ciel dans l’attente d’une pluie qui ne vient pas. L’herbe dont ses animaux ont besoin se raréfie de jour en jour.

Il est loin d’être le seul. Des prairies d’Afrique aux plaines salines d’Asie centrale, des millions de personnes vivent la même réalité, dépendantes de terres auxquelles beaucoup ne prêtent guère attention : les terres de parcours naturels.

Que sont les parcours naturels et pourquoi sont-ils importants ?

Présents sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique, les parcours naturels englobent les prairies, les terres arbustives et les zones arides qui ne sont pas cultivées au sens traditionnel du terme, mais jouent néanmoins un rôle essentiel dans le système alimentaire mondial.

Deux milliards de personnes en dépendent pour leur alimentation, leur bétail et leurs moyens de subsistance. Ils fournissent près de 70 % de l’alimentation du bétail dans le monde. Pourtant, jusqu’à 40 % de ces terres sont déjà dégradées ou menacées de disparition, sous l’effet de la sécheresse, du surpâturage et de décennies de négligence.

La dégradation d’un parcours naturel n’est pas une perte environnementale abstraite. C’est un troupeau qui n’a plus de quoi se nourrir, un marché où il y a moins d’animaux à vendre et la sécurité alimentaire d’une communauté qui se délite sous nos yeux.

Trois pays, un même signal d’alarme

Botswana

Les parcours naturels couvrent une grande partie de ce pays d’Afrique australe et constituent l’un des piliers de son économie, des exportations de viande bovine au tourisme de safari.

Mais jusqu’à la récente réalisation d’une évaluation nationale des écosystèmes, il n’existait aucune vue d’ensemble de leur état.

Les conclusions sont préoccupantes : les prairies régressent à mesure que les plantes envahissantes progressent et que les sécheresses deviennent plus intenses et plus fréquentes, laissant aux terres de moins en moins de temps pour se régénérer.

Point encourageant : l’évaluation montre que là où les modes traditionnels et communautaires de gestion des terres restent solides, les parcours naturels résistent mieux. Un constat qui rappelle que les savoirs locaux constituent un véritable atout, et non un élément secondaire.

Kazakhstan

Autrefois quatrième plus grand lac du monde, la mer d’Aral, en Asie centrale, a aujourd’hui en grande partie disparu, laissant derrière elle un désert salé de 5,4 millions d’hectares.

Dans la région voisine de Kyzylorda, plus de 80 % des pâturages sont désormais dégradés, tandis que des tempêtes de poussières toxiques transportent du sel sur des milliers de kilomètres.

C’est une illustration saisissante de la manière dont une catastrophe environnementale localisée peut empoisonner les terres et compromettre les moyens de subsistance bien au-delà de ses frontières.

Kenya

Le comté de Marsabit, dans le nord du Kenya, abrite le désert de Chalbi. Les données satellitaires remontant à 1990 montrent que les prairies cèdent progressivement la place à des terres stériles. Si rien n’est fait, le désert pourrait doubler de superficie au cours des prochaines décennies, engloutissant les pâturages dont dépendent depuis des générations les communautés pastorales.

Des données scientifiques aux savoirs locaux

Dans les trois pays, une même approche se dessine : associer des données scientifiques solides aux connaissances des populations qui vivent sur ces terres.

Au Botswana, l’évaluation nationale des écosystèmes a mobilisé plus de 2.000 contributeurs, parmi lesquels des institutions publiques, des chercheurs et des détenteurs de savoirs traditionnels. Elle fournit désormais une base factuelle pour orienter les futures politiques de gestion des terres.

Au Kazakhstan, une étude approfondie des liens entre le climat, les terres et l’eau guide désormais les programmes de restauration des pâturages et les plans d’irrigation. Parallèlement, un programme de replantation de saxaouls sur le fond asséché de la mer d’Aral couvre déjà 337.000 hectares, avec pour objectif d’atteindre 1,1 million d’hectares d’ici 2030.

Au Kenya, 33 années de données satellitaires ont été croisées avec les souvenirs d’anciens autochtones qui se rappellent à quoi ressemblaient autrefois ces terres. Ces connaissances nourrissent des solutions concrètes : un ouvrage destiné à détourner les eaux de crue à Kalacha, des parcelles expérimentales pour restaurer la végétation et des formations permettant aux communautés de suivre elles-mêmes l’évolution des terres.

Une leçon commune

Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, ces paysages livrent une même leçon : la restauration s’inscrit dans la durée lorsque les populations voient leurs propres connaissances et leur expérience prises en compte dans les solutions mises en œuvre.

Les données seules ne suffisent pas à restaurer un parcours naturel. La confiance, l’appropriation locale et l’expérience de ceux qui vivent sur ces terres sont tout aussi essentielles.

Pour l’éleveur qui continue de scruter le ciel, cette combinaison pourrait faire toute la différence entre un troupeau qui survit et un troupeau qui disparaît.

À Oulan-Bator, la conférence est lancée

Les expériences menées au Botswana, au Kazakhstan et au Kenya illustrent concrètement l’un des grands enjeux de la COP17, qui s’est ouverte ce lundi à Oulan-Bator, en Mongolie : enrayer la dégradation des terres tout en préservant les moyens de subsistance des populations qui en dépendent.

Le Réseau pour la biodiversité et les services écosystémiques (BES-Net) est l’une des initiatives phares du Nature Pledge du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui vise à renforcer les efforts de protection et de restauration de la planète.