Un an après sa disparition, la guitare d’Issouf Diabaté continue de résonner dans les mémoires. Le jeudi 3 septembre 2026, au restaurant-bar-orchestre Le Cosmos à Ouagadougou, famille, amis, artistes et amoureux de musique se sont retrouvés pour célébrer la mémoire de celui que beaucoup considèrent comme l’un des grands artisans de la guitare burkinabè.Une soirée d’hommage organisée en première ligne par sa famille, avec son frère Amadou Diabaté, dit ATT, et marquée par la présence de plusieurs figures de la musique burkinabè, dont Bil Aka Kora, Zedess, Sadaba et Tall Moutanga.
Il y a des artistes que le temps efface. Et puis, il y a ceux dont les notes refusent de mourir. Issouf Diabaté appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Disparu le 31 août 2025 à Ouagadougou, à la suite d’un accident de moto, le virtuose de la guitare a laissé derrière lui un héritage musical qui continue de faire vibrer les cœurs et de nourrir les souvenirs.

Pour rappeler l’homme, l’artiste et surtout l’immense contribution qu’il a apportée à la musique burkinabè, sa famille a organisé une soirée d’hommage, le jeudi 3 septembre 2026, au Cosmos, à Ouagadougou. Une rencontre placée sous le signe de la reconnaissance, de l’affection et de la mémoire.
«L’homme aux 1000 albums»
Surnommé «l’homme aux 1000 albums», Issouf Diabaté avait fait de la guitare bien plus qu’un instrument: elle était sa voix, son langage et son passeport pour le monde.
Avec une dextérité remarquable, un style reconnaissable et une capacité à se fondre dans différents univers musicaux, il s’est imposé comme un guitariste particulièrement sollicité. Au Burkina Faso comme sur les scènes internationales, son savoir-faire a accompagné de nombreux artistes et donné naissance à une multitude de morceaux.

Mais derrière les cordes, il y avait surtout un homme. Un musicien décrit par ses proches comme généreux, sensible, accessible et profondément attaché à son art.
Parmi ses collaborations les plus marquantes figure celle avec Victor Démé, son ami et compagnon de route.
Durant près d’une décennie, les deux hommes ont sillonné plusieurs scènes du monde, portant avec eux les sonorités burkinabè et contribuant à leur rayonnement au-delà des frontières nationales.
Une famille en première ligne pour faire vivre la mémoire
Pour cette soirée de retrouvailles autour de la mémoire du disparu, la famille d’Issouf Diabaté n’a pas voulu laisser le silence s’installer autour de son héritage.

Son frère, Amadou Diabaté, plus connu sous le nom de ATT, (Artiste Tout Terrain), figure emblématique de la scène musicale burkinabè, a été au cœur de cette initiative.
ATT: «Issouf n’était pas seulement mon frère. Il était un pilier de notre musique, un homme qui a donné énormément à la guitare et aux artistes. Tant que nous continuerons à jouer sa musique et à raconter son histoire, une partie de lui restera parmi nous».
Une manière, pour la famille, de transformer la douleur de la perte en devoir de mémoire.
Quand les compagnons de route se souviennent
La soirée a également réuni plusieurs compagnons et figures majeures de la musique burkinabè. Tall Moutanga, ami et compagnon du regretté, lui-même artiste et guitariste reconnu, a rendu hommage à celui avec qui il partageait cette passion pour les six cordes.
Tall Moutanga: «Issouf avait cette capacité rare à faire parler sa guitare. Il pouvait entrer dans une musique, lui donner une âme et en ressortir sans jamais chercher à prendre toute la lumière. C’est cela, le grand musicien qu’il était».

Dans la salle, les souvenirs se sont ainsi mêlés aux mélodies, rappelant combien le disparu avait marqué ceux qui avaient eu la chance de croiser sa route.
Sadaba: la reconnaissance d’un artiste à un autre
Présent lui aussi à cette soirée, Sadaba a salué la contribution exceptionnelle d’Issouf Diabaté à la construction et au rayonnement de la musique burkinabè.
Sadaba:«Nous sommes venus dire merci à Issouf. Merci pour ce qu’il a apporté à notre musique, merci pour les artistes qu’il a accompagnés et merci pour toutes ces émotions qu’il nous a laissées. Sa disparition a emporté l’homme, mais pas son œuvre».

Une reconnaissance qui résume l’esprit de cette soirée: célébrer plutôt que pleurer, transmettre plutôt qu’oublier.
Bil Aka Kora, Zedess et les autres, au rendez-vous de la mémoire
La présence de Bil Aka Kora, Zedess, Sadaba, Tall Moutanga et de nombreuses autres figures de la sphère musicale a donné à cette rencontre une dimension particulière. Tous étaient venus témoigner leur affection à un homme qui, à sa manière, a contribué à écrire plusieurs pages de la musique burkinabè.
Car Issouf Diabaté n’était pas toujours celui que l’on voyait sous les projecteurs. Il était souvent derrière les artistes, derrière les chansons, derrière les arrangements, avec cette guitare qui savait se faire discrète tout en étant essentielle.

C’est peut-être là que réside la grandeur de son parcours: avoir contribué à faire briller tant d’autres sans jamais cesser d’être lui-même.
La guitare s’est tue, pas l’héritage
Le 31 août 2025, Ouagadougou perdait brutalement l’un de ses grands guitaristes. Un an après, la douleur de la disparition demeure, mais elle se conjugue désormais avec la fierté d’avoir connu un artiste dont l’empreinte dépasse largement les frontières du Burkina Faso.
Au Cosmos, le jeudi 3 septembre, les témoignages et les mélodies ont donc servi de passerelle entre le passé et le présent. Une façon de rappeler que certaines disparitions ne sont jamais totalement des fins.
Issouf Diabaté est parti. Sa guitare s’est tue. Mais les notes qu’il a semées sur des centaines de scènes et dans tant de chansons continuent de résonner. Et tant qu’un guitariste fera vibrer une corde, tant qu’un artiste reprendra une mélodie qu’il a contribué à façonner, «l’homme aux 1000 albums» ne sera jamais tout à fait loin.
Par Valentin SOMANDE







































