Douze ans après, la date du 30 octobre 2014 demeure gravée dans la mémoire collective burkinabè. Ce jour-là, une mobilisation populaire d’une ampleur exceptionnelle a fait basculer le pays dans une insurrection qui a précipité la chute de Blaise Compaoré, après 27 années passées à la tête de l’État. Entre colère populaire, Assemblée nationale incendiée, bâtiments publics pris pour cible et intervention de l’armée, Ouagadougou et plusieurs autres villes du pays ont vécu des heures décisives dans l’histoire politique nationale.
Le 30 octobre 2014 n’était pas un jour ordinaire au Burkina Faso. C’était le jour de tous les bouleversements, celui où la colère longtemps contenue d’une partie du peuple burkinabè s’est transformée en une insurrection populaire d’une ampleur historique. Dans les rues de Ouagadougou comme dans plusieurs autres localités du pays, des milliers de citoyens ont bravé les dispositifs sécuritaires pour dire non à une nouvelle modification de la Constitution, notamment de son article 37, que le président Blaise Compaoré voulait faire réviser, ce qui devait lui permettre de briguer un nouveau mandat présidentiel en 2015.
Depuis plusieurs jours, la contestation montait en puissance. L’opposition politique et les organisations de la société civile avaient multiplié les appels à la mobilisation pour empêcher ce qu’elles considéraient comme une nouvelle manœuvre visant à prolonger le pouvoir du chef de l’État Blaise Compaoré, arrivé aux affaires en octobre 1987 par un coup d’Etat. Mais, le 30 octobre, la rue a pris une autre dimension.
L’Assemblée nationale en flammes, le symbole d’un pouvoir à bout de souffle
Alors que les députés devaient examiner le projet de révision constitutionnelle, les manifestants ont forcé les barrages de sécurité et envahi l’Assemblée nationale. Le bâtiment a été saccagé puis incendié. Les images de l’hémicycle dévoré par les flammes ont rapidement fait le tour du monde, symbolisant le rejet populaire d’un projet de modification constitutionnelle devenu le point de rupture entre le pouvoir et une partie importante de la population.
La mobilisation ne s’est pas limitée au siège du Parlement. Les locaux de la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB) ont également été pris pour cible, tandis que plusieurs édifices publics, symboles du pouvoir exécutif et infrastructures liés au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), alors parti au pouvoir, ont subi la furie des manifestants. À Bobo-Dioulasso, deuxième grande ville du pays, la contestation a également pris une tournure violente.
Face à cette déferlante populaire, l’annonce du retrait du projet de révision constitutionnelle n’a pas suffi à calmer les manifestants. Leur revendication avait désormais dépassé la seule question de l’article 37. Ils exigeaient le départ de Blaise Compaoré.
Compaoré tente de reprendre la main, l’armée s’invite dans la crise
Confronté à une situation devenue difficilement maîtrisable, le président Blaise Compaoré a annoncé des mesures exceptionnelles, notamment la dissolution du gouvernement et l’instauration de mesures d’urgence, tout en évoquant l’ouverture de discussions avec les acteurs politiques et sociaux. Mais la rue ne voulait plus d’un simple réaménagement du pouvoir.
Dans la soirée, le chef d’état-major général des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale et du gouvernement ainsi que la mise en place d’un organe de transition. Un couvre-feu a également été instauré. Cette intervention militaire a ouvert une nouvelle séquence de la crise, dans un contexte où l’autorité présidentielle était sérieusement contestée.
Mais le peuple ne désarmait pas. Le mot d’ordre était désormais sans équivoque: Blaise Compaoré devait partir.
Le lendemain, vendredi 31 octobre 2014, après 27 ans de pouvoir, le président a finalement annoncé sa démission, avant de quitter le Burkina Faso pour la Côte d’Ivoire. Un départ qui a marqué la fin d’une longue séquence politique et ouvert une période de transition, elle-même traversée par de fortes turbulences.
Une insurrection au prix du sang
Si le 30 octobre reste associé à la mobilisation populaire et à la chute d’un régime, il porte également le souvenir douloureux des victimes. Selon le bilan établi par la Coordination des associations pour l’assistance et le secours populaire (CAASP), dont le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a rendu compte en mai 2015, l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 a fait 34 morts et plus de 400 blessés à travers le pays. Un lourd tribut humain qui rappelle que cette page de l’histoire nationale ne saurait être racontée sans une pensée pour celles et ceux qui y ont laissé leur vie ou leur intégrité physique.
Douze ans après, une date qui interpelle toujours
Douze années se sont écoulées depuis ces journées historiques. Le Burkina Faso a depuis connu une transition politique, des élections, mais aussi de nouvelles crises institutionnelles et sécuritaires. La commémoration officielle organisée en 2025 au Monument des héros nationaux, à Ouagadougou, a notamment rappelé la place des martyrs dans cette mémoire nationale.
Le 30 octobre 2014 demeure ainsi bien plus qu’une date dans le calendrier politique burkinabè. C’est le symbole d’un peuple qui, face à la perspective d’une prolongation du pouvoir présidentiel, a choisi de faire entendre sa voix jusque dans les lieux les plus emblématiques du régime. Une journée de courage, de colère, de sacrifice et de rupture, qui reste gravée dans le mémoire des Burkinabè.
Par Valentin SOMANDE






































