Candidate au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), la Mauritanienne Coumba Bâ entend donner un nouvel élan à l’institution. Reconquête linguistique, développement des industries culturelles et créatives, renforcement du multilatéralisme et rapprochement avec les pays du Sahel, figurent parmi les priorités de son programme. C’est ce qui se dégage principalement d’une interview réalisée dans des médias, avec cette candidate qui entend renforcer la place de la Francophonie sur l’échiquier mondial.
Faire du français une langue davantage présente dans les usages quotidiens, les échanges économiques et les nouvelles technologies. C’est l’une des ambitions défendues par Coumba Bâ, candidate au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Médecin de formation, diplomate et ancienne ministre mauritanienne, elle propose une vision d’une Francophonie plus solidaire, plus influente et davantage tournée vers les résultats concrets.
À quelques jours du scrutin prévu lors du 20e Sommet de la Francophonie, la candidate entend notamment répondre aux défis liés au recul du français dans certains domaines, à la montée en puissance de l’anglais et aux transformations provoquées par le numérique et l’intelligence artificielle.
Reconquérir la place du français dans le numérique
Pour Coumba Bâ, la vitalité du français ne repose pas uniquement sur les discours institutionnels. Elle doit avant tout se construire à travers son utilisation dans l’éducation, le travail, la création et les activités économiques.
«Une langue, on la fait vivre parce qu’on s’en sert pour étudier, travailler, créer, faire des affaires», soutient-elle.
Dans cette perspective, elle préconise une production plus importante de contenus francophones, une meilleure distribution de ces contenus et une visibilité accrue sur les plateformes numériques. Elle souhaite également mobiliser les universités, les chercheurs et les entreprises, afin de développer des ressources de qualité en français et des outils d’intelligence artificielle adaptés aux besoins des populations francophones.
La candidate insiste toutefois sur la nécessité de préserver les droits des créateurs et de promouvoir le français aux côtés des autres langues, particulièrement les langues nationales. Pour elle, la reconquête linguistique doit permettre de renforcer l’utilité et l’influence du français dans un environnement technologique en pleine mutation.
Faire des industries culturelles un moteur de développement
Autre axe majeur de son programme: le soutien aux industries culturelles et créatives. Coumba Bâ considère que la création constitue à la fois un instrument de rayonnement culturel et un levier économique susceptible de générer des emplois et des revenus.
Si elle est élue, elle prévoit de finaliser, dans les 100 premiers jours de son mandat, une feuille de route précisant les actions à mener, les responsabilités, les moyens nécessaires et les délais d’exécution.
Elle souhaite également proposer aux États membres de l’OIF, la mise en place d’un dispositif francophone de promotion des industries culturelles et créatives. L’objectif est de permettre aux artistes et aux jeunes créateurs de produire, de diffuser leurs œuvres et d’en tirer des revenus conséquents.
«Un jeune qui crée doit pouvoir produire, distribuer son travail et en vivre», affirme-t-elle.
Préserver le dialogue et renouer avec les pays du Sahel
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et l’affirmation des rapports de force, la candidate défend également le renforcement du multilatéralisme. Elle estime que l’OIF doit rester un espace de dialogue entre les États, y compris lorsque leurs positions divergent.
«Je veux être la secrétaire générale qui fera en sorte qu’on puisse se parler franchement, même quand on n’est pas d’accord», explique-t-elle.
Cette volonté de dialogue concerne notamment les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Coumba Bâ souhaite travailler à la reprise des relations avec ces États, tout en respectant les principes et les textes fondamentaux de l’organisation.
Elle rappelle que la Charte de la Francophonie ainsi que les Déclarations de Bamako et de Saint-Boniface doivent être appliquées à tous les membres, sans distinction. En cas de rupture de l’ordre constitutionnel justifiant une suspension, les dispositions prévues doivent être respectées. Mais cette mesure ne doit pas empêcher l’accompagnement en faveur du retour à un fonctionnement régulier des institutions.
«Il faut leur parler, les écouter et voir avec eux comment renouer la relation», indique Coumba Bâ au sujet des pays de l’AES.
Le Canada, un partenaire stratégique à préserver
La relation avec le Canada occupe également une place importante dans la vision de la candidate mauritanienne. Interrogée sur le poste d’administrateur de l’OIF, elle affirme sans ambiguïté qu’il doit continuer de revenir au Canada.
Elle considère que les équilibres politiques qui structurent la gouvernance de l’organisation doivent être préservés. La désignation de la personne appelée à occuper cette fonction devrait, selon elle, faire l’objet de discussions avec les autorités canadiennes, auxquelles reviendrait le choix du candidat.
Au-delà de cette question institutionnelle, Coumba Bâ souhaite renforcer la participation du Canada aux programmes, à la coopération et aux initiatives de promotion du français.
Elle plaide également pour une meilleure implication des membres observateurs de l’OIF. Ceux-ci pourraient contribuer davantage au financement, à l’expertise et aux partenariats, à condition que leur participation soit accompagnée d’une place adaptée dans la conduite des programmes, dans le respect de leur statut.
Pour la candidate, l’attractivité de l’organisation dépendra surtout de sa capacité à démontrer l’impact réel de ses interventions auprès des populations.
Une méthode fondée sur les «4D»
Pour concrétiser ses ambitions, Coumba Bâ propose une méthode structurée autour de quatre principes: les Données, le Dialogue, le Développement et le Dépassement.
Le premier consiste à identifier précisément les besoins des populations et les difficultés rencontrées avant de définir les programmes. Le deuxième vise à associer les États, les opérateurs et les organisations concernées à la détermination des priorités. Le troisième principe repose sur le passage à l’action, avec des responsabilités clairement établies, des moyens et un calendrier. Enfin, le quatrième implique une évaluation régulière des résultats, afin de corriger les insuffisances, d’abandonner les actions inefficaces et de reproduire les expériences concluantes.
Cette approche se veut également une réponse aux préoccupations liées à la transparence du fonctionnement de l’OIF et à l’utilisation des contributions financières des États membres.
Une expérience diplomatique mise en avant
Pour défendre sa candidature, Coumba Bâ met aussi en avant son expérience de gestion des crises. Elle évoque notamment le coup d’État survenu en Mauritanie en 2008, alors qu’elle était conseillère à la présidence.
Elle affirme avoir joué un rôle actif dans le rétablissement du dialogue entre la junte militaire et le président déchu, notamment dans les efforts ayant conduit à la médiation du président sénégalais Abdoulaye Wade en 2009. Elle indique également s’être mobilisée pour préserver l’intégrité physique du président et obtenir sa libération.
Cette expérience, selon elle, témoigne de sa capacité à maintenir le dialogue entre des interlocuteurs aux positions opposées, même dans les périodes de fortes tensions.
À travers son programme, la candidate mauritanienne entend ainsi promouvoir une Francophonie davantage tournée vers l’action, la coopération et les résultats mesurables. Elle souhaite que la désignation du prochain secrétaire général repose sur un large consensus entre les États et gouvernements membres, estimant que la crédibilité de l’institution dépend de sa capacité à rassembler.
Par Wakat Séra







































