Accueil Editorial Algérie: la rue bouillonne, Bouteflika plie mais ne rompt pas!

Algérie: la rue bouillonne, Bouteflika plie mais ne rompt pas!

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Première victoire de la rue sur le système Bouteflika (Ph. AFP)

Historique! Difficile de trouver un autre mot pour qualifier les manifestations de la rue qui ont contraint, Abdelaziz Bouteflika, ou du moins le conglomérat de personnes et le clan de généraux qui dirigent l’Algérie à sa place, à renoncer à briguer un cinquième mandat. Des jours et des nuits de contestation qui ont fait sortir enfants, jeunes, femmes, avocats, journalistes, magistrats, médecins, chômeurs, en somme, tous les paliers de la stratification socio-professionnelle, pour dire non à ce nouveau bail qui était visiblement celui de trop pour un président qui végètent dans un fauteuil roulant des suites d’un AVC. Pire la santé de l’octogénaire, il a 82 ans, au pouvoir depuis 1999, se précarise davantage, faisant du chef de l’Etat algérien, un client fidèle des hôpitaux suisses et de son pays. Mais le pouvoir étant comme une drogue dont les politiques accrocs ne peuvent se départir, malgré les cures de désintoxication que leur imposent leurs oppositions et leurs peuples, Bouteflika n’a cessé d’aligner les mandats, se mettant dans la peau d’un président à vie. Mais c’était sans compter avec la détermination du peuple, notamment des jeunes dont la plupart, depuis leur naissance, ne connaissent, de président qu’Aziz Bouteflika. Le printemps arabe qui avait renversé les certitudes en Tunisie et secoué l’Algérie en guise d’avertissement sans frais pour le régime Bouteflika a également laissé des stigmates qui ont vite été rouverts par la soif de justice et surtout de démocratie du peuple.

En tout cas c’est une victoire, mais pas la victoire pour ce peuple algérien qui doit encore lutter pour déraciner un système oligarque qui a dû sacrifier le cinquième mandat du président grabataire pour se donner du répit, voire plus si affinité. En effet, ayant fait le constat que le risque est grand de maintenir Bouteflika comme paravent pour continuer à défendre leurs intérêts personnels et très égoïstes, les généraux, et le cercle fermé des affidés du président malade, ont préféré faire machine arrière toute, en faisant le deuil de ce cinquième mandat. Mais ce qu’ils ont donné de la main droite, ils l’ont subtilement retiré de la main gauche en ajournant la conférence nationale promise et surtout en reportant sine die l’élection présidentielle du 18 avril 2019. C’est sans doute dans l’espoir de trouver un nouveau stratagème pour prolonger leur survie aux affaires que ce conglomérat de civils et de militaires a donné cette victoire d’étape à la rue. Comme les gilets jaunes en France, sans parti politique, sans syndicat et sans un quelconque leader de la société civile, la rue a dit un non retentissant et inédit au pouvoir. Et pour une fois, vox populi a été vox dei en Algérie. Et maintenant que va-t-il se passer? La rue va-t-elle replier et attendre sagement que conférence nationale et élection présidentielle soient reprogrammées et que donc le quatrième mandat s’étire indéfiniment à défaut du début d’un cinquième? Après leurs pressions, certes discrètes mais fermes, Washington et Paris vont-ils pousser à l’alternance démocratique tant espérée par la jeunesse algérienne?

Les jours prochains seront décisifs dans une Algérie où la vie n’est plus verticale avec la volonté des tout-puissant venant d’en haut pour s’imposer au peuple. Il importe juste d’éviter que ce pays tombe dans le chaos pour le malheur des populations et surtout des pays voisins qui subissent la loi de terroristes que l’Algérie arrivait jusque-là à contenir d’une manière ou d’une autre.

Par Wakat Séra

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