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Procès putsch manqué: un «témoin privilégié» sollicite «la clémence» pour des accusés

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L'ex-président Jean-Baptiste Ouédraogo

L’ex-président burkinabè Jean-Baptiste Ouédraogo, un «témoin privilégié» dans le dossier du putsch manqué du 16 septembre 2015, a sollicité ce lundi 11 mars 2019, «la clémence» du tribunal, pour ceux qui ont été contraints d’exécuter des ordres militaires.

«Clémence ne signifie pas exclusion ou déni de justice à l’égard des victimes et leurs ayants droit», a signifié l’ex-président, Jean-Baptiste Ouédraogo, notant qu’il n’est pas contre les sanctions. Il exprimait ainsi son «cri de cœur» dans ce qu’il a appelé «déclaration liminaire» avant son témoignage sur les événements du 16 septembre 2015 et jours suivants.

Pour l’ancien président, ce procès est d’«une grande importance», c’est pourquoi il a souhaité qu’il ne soit pas «celui de l’armée». «Laissons cachées toutes les révélations qui participent à la déstructuration de l’armée», a-t-il sollicité, demandant qu’on évite «de démoraliser (les) valeureux soldats, qui sont les seuls gages de (la) sécurité».

Jean-Baptiste Ouédraogo, dont le témoignage est pratiquement similaire à ceux des membres de la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD) et de Monseigneur Paul Ouédraogo, a demandé à ce qu’on «laisse le passé au passé et (se) tourner vers l’avenir». Selon lui il ne faut pas le faire «en pensant à nous-mêmes, mais en pensant à nos enfants et petits-enfants».

«Après l’insurrection, (il y a eu) la transition avec une loi d’exclusion. La transition qui devait préparer la paix et tracer le chemin à suivre, a été plutôt harcelée, malmenée et détournée de ses objectifs», a affirmé l‘ex-président Ouédraogo qui a demandé aux Burkinabè de se débarrasser de «l’apologie de la violence et la rhétorique de la division». Il a appelé à «exorciser les vieux démons de la division, à pardonner non du bout des lèvres mais du fond du cœur». Poursuivant sa déclaration préliminaire, le témoin a invité tout le monde à «démontrer au quotidien» qu’il est «partisan de la paix», car pour lui, c’est «un devoir» pour les fils et filles du Burkina de «se réconcilier», avant d’affirmer qu’ «il n’y a pas d’autre issue».

Faisant référence aux attaques armées, l’ex-président a invité les Burkinabè à «taire les différends» et à «unir les forces» contre l’ennemie commun, car «nul pouvoir ne peut s’exercer dans le chaos».

«Au nom de la réconciliation, les lignes les plus rigides (…) doivent faire place au consensus», a affirmé le témoin, appelant à la promotion des «valeurs cardinales de notre démocratie».

Arrêter le général Gilbert Diendéré, «c’est digne d’un roman»

L’ex-président Jean-Baptiste Ouédraogo qui dit avoir été officiellement informé de l’arrestation des autorités de la transition, le 16 septembre 2015, par l’ex-chef d’état-major général des armées, le général Pingrenoma Zagré, a alors été invité à prendre part à la réunion qui s’est tenue au ministère de la Défense et des Anciens Combattants.

Après avoir situé les participants à la réunion qui s’est tenue de 17h à 3h du 17 septembre matin, sur ce qui se passait, le général Gilbert Diendéré se serait empressé de demander à l’armée «d’assumer», selon l’ex-président Ouédraogo qui a affirmé que les raisons évoquées par le général Diendéré pour justifier l’arrestation des autorités, étaient essentiellement «politiques», ce qui est contraire à celles égrenées par des éléments de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qui ont parlé de raisons liées au corps

A la rencontre avec des éléments de l’ex-RSP au camp Naba Koom II, «les sous-officiers ont été très bavards et très prolixes. Nous avions compris que cette fois-ci, il s’agissait d’un coup d’Etat et non d’une prise d’otage», a dit l’ex-président Jean-Baptiste Ouédraogo qui a confirmé que la délégation qui s’est rendue au camp pour les négociations a fait l’objet de «menaces».

Le témoin serait celui qui a œuvré pour que le général Diendéré ait trouvé refuge à la nonciature et fasse une déclaration, dans la soirée du 29 septembre 2015, appelant les éléments de l’ex-RSP qui étaient toujours au camp, à déposer les armes, afin d’éviter l’affrontement entre frères d’arme.

Répondant à une question du parquet sur le fait que le général ait soutenu que si la CRAD était contre le coup d’Etat, elle pouvait procéder à son arrestation, le témoin a laissé entendre que «ça c’est du roman», ajoutant que «le refus du commandement d’accompagner était net». «Qui aurait pu l’arrêter en ce moment? C’est nous qui aurions pu être arrêtés car nous étions dans la gueule du loup. On aurait pu nous massacrer», a-t-il poursuivi.

En ce qui concerne l’amendement de la déclaration, l’ancien président a indiqué qu’il ne l’a jamais fait. En effet il aurait été dit, au cours des auditions des accusés, que le témoin, à la lecture de la déclaration, aurait amendé le document en indiquant qu’ «il ne manquait que l’instauration d’un couvre-feu et l’expédition des affaires courantes par les secrétaires généraux des ministères». «J’ai dit que la déclaration ressemblait étrangement à un projet de proclamation de coup d’Etat et qu’il faut tenir compte de la date en mettant le 17 septembre 2015 car sur le document c’était marqué 16 septembre 2015 alors que nous étions au petit matin du 17 septembre», a déclaré l’ex-président Ouédraogo qui a soutenu qu’il sait ce que c’est qu’un coup d’Etat, car il en a vu plusieurs fois.

Le général Gilbert Diendéré appelé à la barre, s’est dit satisfait de cette déposition du témoin. «Je le remercie pour son appel à la réconciliation et à la clémence pour ceux qui se sont mis hors la loi».

L’audience a été suspendue et reprendra demain mardi 12 mars 2019 avec la poursuite de l’audition de l’ex-président Jean-Baptiste Ouédraogo.

Par Daouda ZONGO

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