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Bassératou Kindo: «Aucune proposition des candidats n’est suffisante pour les problèmes d’eau et d’assainissement au Burkina»

Bassératou Kindo, journaliste et blogueuse engagée pour la cause sociale

Que retenez-vous de la place accordée à l’eau et à l’assainissement, par les candidats à la présidentielle du 22 novembre dernier, dans leurs programmes respectifs? C’est le sujet essentiel d’échanges que Wakat Séra, a eus avec Bassératou Kindo, la journaliste blogueuse, qui met sa célèbre plume au service surtout de la cause sociale. Ce qui justifie sans doute, son engagement sur les question d’eau, d’hygiène et d’assainissement, denrées qui demeurent rares pour les populations des villes comme des zones rurales. L’ambassadrice de bonne volonté de IRC pour l’eau, l’hygiène et l’assainissement est également la présidente de l’Association des blogueurs du Burkina (ABB). Par sa production journalistique et de blogueuse, celle que les intimes appellent «Bass», a accroché quelques distinctions à son palmarès, dont deux galians, le prix planification familiale, le prix Africa 35 35, le prix Burkina Poaka (pour l’engagement pour le bien-être de la femme- un pagne pour leur dignité – engagée pour la réduction du zéro corvée d’eau).

Wakatsera.com: Quelle est votre appréciation générale de la place accordée à l’eau par les candidats à l’élection présidentielle?

Bassératou Kindo: En dehors de deux candidats, notamment, Abdoulaye Soma et Pascal Do Sessouma dont les programmes présidentiels ne mentionnent pas clairement, voir pas du tout, la question de l’eau, les onze autres accordent quand même une place importante à l’eau dans leurs projets de société respectifs. Certains, comme Zéphirin Diabré, Roch Kaboré, Tahirou Barry, Kadré Désiré Ouédraogo et Eddie Komboigo ont même pris le soin de bien détailler leurs ambitions pour l’accès équitable à l’eau potable pour tous.

Les propositions sont-elles assez précises et compréhensibles?

Certaines propositions sont assez précises et compréhensibles comme celles de Roch Kaboré qui entend s’inscrire dans la continuité du zéro corvée d’eau et la réalisation des AEPS (Adduction en eau potable simplifiée, NDLR). Il en est de même pour Zéphirin Diabré qui donne même une idée du montant à mobiliser – 12% du budget national- pour relever le défi de l’accès à l’eau potable pour tous. Il a aussi annoncé «l’opération eau potable pour tous» qui inclue la réduction des distances et du coût d’achat de ce liquide précieux pour la vie. Le candidat de l’UPC (Union pour le changement, NDLR) promet également de mettre fin aux coupures intempestives de l’eau qu’on constate régulièrement. Je note aussi le projet de société de Kadré Désiré Ouédraogo qui est assez compréhensible, quand il évoque la construction de bornes fontaines pour une population de taille de 500 habitants. Je pense que c’est novateur comme concept, parce que, jusque-là, on ne nous parle que de forages. Le forage, oui, mais cela revient toujours à la corvée, puisqu’il faut déployer des efforts physiques pour faire fonctionner la machine.   Certains candidats sont restés vagues dans leurs propositions, sans trop de précision, mais avec tout de même, des intentions à apporter un changement dans le secteur.

Quelles sont les propositions qui vous-ont marquée positivement ou négativement?

Je commence par le négatif, pour parler de l’absence même de la question dans les deux programmes présidentiels cités plus haut. D’autre part, tous les autres qui ont, tout de même accordé une place à la question de l’eau dans les programmes, ne l’ont parfois pas évoquée, comme cela se devait, lors des meetings électoraux. Certains l’ont logée dans la grande famille agricole, alors que ce n’est pas la même chose. Ou tout simplement l’ont évoquée en fonction des lieux du meeting. Plus grave, d’autres ont simplement ignoré le sujet. Un des problèmes des campagnes, c’est que les citoyens n’ont pas la parole pour réagir aux discours des candidats. Ils viennent seulement pour écouter et applaudir. Ils n’ont donc pas la possibilité de pousser les candidats à tenir compte de leurs priorités.

C’est une question qui, on peut le dire, a été reléguée au dernier plan lors des joutes oratoires. En dehors de Zéphirin Diabré, qui l’a évoquée lors de son meeting à Dédougou et qui a été tourné en dérision, je n’ai pas entendu un candidat en faire son cheval de bataille comme l’éducation, la sécurité, la réconciliation nationale. Il y a aussi la proposition de Yéli Monique Kam, qui fait une prévision de 15 ans alors que, selon la Constitution burkinabè, le mandat présidentiel est de cinq ans, renouvelable une fois.

Pour ce qui est des propositions positives à mon avis, c’est d’abord celle de Roch Kaboré, dont le slogan «Zéro corvée d’eau», a, plus ou moins fait flop dans l’exécution, lors de son premier quinquennat, mais qui promet, à nouveau, de le concrétiser. Les propositions de Zéphirin Diabré et de Kadré Désiré Ouédraogo, me semblent, également, intéressantes. Ces trois candidats se distinguent, en portant au moins une vision et des actions concrètes qu’on pourra suivre au cours de leur mandat, s’ils sont élus. (Les propos ont été recueillis avant les résultats provisoires des élections qui ont donné victorieux, dès le premier tour, Roch Marc Christian Kaboré, avec plus de 57% des suffrages exprimés, NDLR).

Les propositions sont-elles suffisantes pour couvrir tous les angles des problèmes?

Je pense qu’aucune proposition des candidats n’est suffisante pour couvrir tous les angles des problèmes d’eau et d’assainissement au Burkina. Les candidats n’évoquent pas concrètement, et, par quels moyens financiers ces propositions seront mises en œuvre.

Il faudra, à mon avis, plus d’efforts de l’ensemble des populations. Il faudrait que, chacun, à son niveau, et surtout les grosses fortunes du pays, puissent apporter leur contribution dans l’accès équitable de l’eau pour tous. Et que l’Etat organise et encourage ces efforts privés. Il y a l’éternelle question de la gestion efficace des points d’eau, pour limiter les coupures d’eau. Généralement, les candidats parlent de la réalisation des nouveaux points d’eau, mais négligent les millions de personnes qui ont des points d’eau, mais qui sont victimes des coupures d’eau. Du côté de l’assainissement, nous savons tous que l’un des défis, c’est le changement de comportement. Mais, là aussi, les candidats ne proposent rien de concret.

Qu’est-ce qui manque d’autre, selon vous?

Beaucoup de candidats ont de grandes ambitions pour l’accès à l’eau potable pour tous. Mais de façon claire et précise, on ne sait comment ils vont assurer cet accès de l’eau potable à tous. Il manque le budget et les sources de financement. Il manque l’organisation à mettre en place pour assurer des services de qualité, réduire les coupures d’eau, améliorer la facturation et éviter les frustrations récurrentes de la population. Que proposent-ils exactement de changer à l’ONEA (Office national de l’eau et de l’assainissement, NDLR)? On se demande parfois si les candidats écoutent vraiment les plaintes des citoyens en lien avec l’eau potable.

Au vu de tous ces constats, l’eau et l’assainissement seront-ils réellement des secteurs prioritaires pour ces candidats, s’ils accèdent au palais de Kosyam?

Je reste quand même optimiste. Je pense que l’eau sera un secteur prioritaire pour le président élu. Sans eau il n’y a pas de vie. Les populations, dans les zones rurales et certains quartiers périphériques, continuent de souffrir pour avoir, ne serait-ce que de l’eau à boire. Il faudra, toutefois, à mon avis, tenir compte de l’implication de l’ensemble des populations, pour relever le défi. De plus, chacun de nous doit, préserver l’eau, sensibiliser pour l’entretien des adductions d’eau, contribuer à la construction de borne fontaine ou de forage dans sa communauté, et continuer à interpeler les autorités pour qu’elles tiennent leurs promesses de campagne.

Par Wakat Séra

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