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Bénin: libérez Ignace Sossou!

Il est temps qu'Ignace Sossou recouvre la liberté (Ph. rsf.org)

12 mois de prison ferme et une amende 500 000 francs CFA. C’est la lourde et inique peine que requiert la justice béninoise contre le journaliste Ignace Sossou à qui il est reproché d’avoir rapporté des propos tenus par le procureur de la république lors d’un atelier. En attendant le 19 mai prochain pour le délibéré de cette affaire qui rappelle, s’il en est encore besoin, l’épée de Damoclès constamment suspendue sur la tête des journalistes, on ne peut que faire l’amer constat qu’Ignace Sossou vient de grossir inutilement les rangs des hommes de média soumis aux caprices des princes du jour. En tout cas, le Bénin voudrait faire un pied de nez à cette noble profession et au monde des hommes et associations épris de justice qu’il n’aurait pas agi autrement. L’audience de ce mardi 5 mai, se tient deux jours seulement après la commémoration de la Journée mondiale de la liberté de la presse qui donne l’opportunité aux professionnels de la plume, du micro et de l’image, de se pencher sur les avancées faites par leurs pays en la matière et surtout les obstacles liés à l’exercice de leur métier. Le cas Ignace Sossou ne fait point honneur à un Bénin dont le crédit de pays laboratoire de la démocratie ne fait que fondre comme beurre au soleil.

Le malheureux message, incriminé parce que des propos du procureur ont été sortis de leur contexte pouvait-il conduire un journaliste qui ne faisait que son travail d’informer en prison? Non, pouvons-nous répondre sans aucune crainte de nous égarer. Par contre, le rôle qu’a joué l’Agence française de développement média avant de rétropédaler et de s’élever contre la condamnation de Ignace Sossou, laisse perplexe. Avant de se rétracter, CFI qui s’est «distanciée» de ces publications, après s’être «désolée qu’un journaliste peu scrupuleux ait profité de ce moment privilégié-l’atelier- pour tenter de faire le buzz au dépens de M. le procureur», a simplement encouragé cette action qui, déjà au mépris de la liberté de la presse, restreint celle de Ignace Sossou de vivre, de travailler et de s’épanouir. Certes, CFI a opéré un virage à 180 degrés, mais le vers était déjà dans le fruit car sa lettre a été utilisée à charge par le ministère public contre le journaliste qui broie en ce moment du noir. Et c’est toute la profession qui se pose des questions, elle qui devait pouvoir compter sur des agences de la trempe de CFI dans les heures difficiles, surtout dans des pays africains où la presse, pilier important du processus démocratique souffre le martyre. Quel crédit accorder encore à CFI qui pourtant conduit beaucoup de programmes pour le développement des médias des pays dits pauvres, notamment ceux de l’Afrique? Il faudra que l’agence s’investisse encore plus pour réparer cette erreur qui coûte très cher à Ignace Sossou et, au-delà, à toute la presse africaine.

La place d’un journaliste n’est pas derrière les barreaux, mais bien dans les rédactions pour faire jouir les populations de leur droit sacré à l’information saine et juste, selon l’éthique et la déontologie de la profession. Et ça, les dirigeants béninois doivent en tenir compte, eux dont le pays vient de connaître une nouvelle dégringolade dans le classement de la liberté de presse publié par Reporters Sans Frontières, chutant de la 96è place en 2019 au 113è rang en 2020. Libérez Ignace Sossou!

Par Wakat Séra

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