Accueil A la une Burkina: « Ce n’est point le moment de baisser les bras » (l’ex-PM Zerbo)

Burkina: « Ce n’est point le moment de baisser les bras » (l’ex-PM Zerbo)

Le Premier ministre, Lassina Zerbo

L’ex-Premier ministre burkinabè Lassina Zerbo, dans cette tribune qui suit, estime que « ce n’est point le moment » pour les Burkinabè « de baisser les bras ». Pour lui « l’immensité de la tâche pour faire avancer (le) pays commande aux concitoyennes et concitoyens une cohésion exceptionnelle et une réalité de la Nation-Etat pour transcender (les) divergences ».

« Six mois après les évènements du 24 janvier 2022, ma conviction qu’il y a urgence à faire avancer le Faso n’a pas changé. Ma détermination et mon engagement se sont plutôt renforcés.

L’immensité de la tâche pour faire avancer notre pays commande aux concitoyennes et concitoyens une cohésion exceptionnelle et une réalité de la Nation-Etat pour transcender nos divergences.

C’est le lieu de se rappeler toutes ces victimes civiles, ces braves FDS et VDP qui se sont engagés au sacrifice de leurs vies pour défendre notre intégrité territoriale ; un devoir de mémoire qui exige un humanisme tout particulier pour ces veuves et orphelins qui partagent le quotidien désespérant de nos deux millions de déplacés internes (PDI).

En leur rendant visite en décembre 2021 et janvier 2022 à Kaya et à Tougan, les visages de deux fillettes qui ont particulièrement attiré mon attention me hantent encore l’esprit et nous suivons leur évolution dans l’espoir de les voir retourner sur leurs terres accompagnées de leurs parents.

L’espoir suffit-il sans une forme d’audace ? Le Faso croule sous le poids du terrorisme et le Burkindi s’envole au-dessus des querelles vaines et d’un communautarisme sans précédent.

Quelles que soient nos affinités partisanes, quelles que soient les sensibilités politiques que nous incarnons et que nous représentons, nous mesurons tous, ces derniers mois à quel point nos concitoyennes et concitoyens sont préoccupés, désabusés et souvent même en colère.

Chez beaucoup d’entre eux s’expriment ce sentiment d’impuissance et cette perception d’abandon qui compromettent l’avenir de nos filles et fils de ces régions, qui ont longtemps crié leur désespoir et appelé au secours.

Pour autant, nombreux sont ceux qui ont encore l’audace d’espérer, de construire ou de reconstruire les bases ou les fondements de leur dignité, la raison du vivre ensemble.

Pour rien au monde nous ne devons TOUT sacrifier sur l’autel de la discorde, du clanisme ou de l’égoïsme. Nous nous devons d’inventer une nouvelle Normalité. La nouvelle norme pour éradiquer le terrorisme doit consister à unir tous les efforts dans une approche réellement cohérente.

Nous savons quoi faire ! Il faut juste que nous le fassions ! Nous ne pouvons pas nous asseoir et attendre ! Il nous faut une réaction collective !

Il s’agit de notre identité, de notre intégrité, de notre dignité.

Dès lors le devoir d’engagement nous appelle et nous devons y répondre à l’unisson. Nous devons comprendre ce qui nous arrive comme une tragédie des communs.

La réalité est que nous avons, à tort, pris pour acquis l’Etat-Nation tel que voulu et légué par la colonisation.

La réalité est que nous n’avons pas défini, auparavant, les bases communes de notre vivre ensemble.

La réalité est qu’au-delà des incantations et des formules convenues, nous n’avons pas suffisamment élaboré et partagé l’idée du Faso que nous souhaitons bâtir ensemble.

Nous avons pendant longtemps laissé les périodes d’exceptions saper ouvertement la gouvernance démocratique et polariser nos esprits au point d’en constituer notre normalité.

Pour mon profond respect des processus qui ont fondé nos institutions, ma grande considération pour notre peuple et ma foi inébranlable en des lendemains meilleurs, je formule le vœu d’une réconciliation véritable des cœurs.

Nous devons dépasser le tryptique vérité, justice et réconciliation pour nous projeter vers le quadriptyque : Vérité, Justice transitionnelle (justice, pardon, réparation), Réconciliation et Vision (V.Jt.R.V). Ces quatre piliers essentiels dans lesquels le rôle de tout un chacun sera déterminant pour l’émergence du socle Etat-Nation.

Un combat pour une renaissance d’un mieux vivre ensemble où le sens du bien commun, la solidarité, la paix et le sens élevé de l’intérêt collectif seront les fondements.

Un combat où les Burkinabè de l’extérieur, qui font notre fierté par leur sérieux, leurs talents, leur professionnalisme, leur intégrité et leur amour pour la patrie, participent à l’unisson au tocsin du PAAMTIRAL (entente, cohésion en fulfuldè). Leur contribution est inestimable, une nécessité pour faire avancer les efforts de reconquête du Faso et poser les bases solides du vivre ensemble.

C’est ce fil conducteur qui enracinera la fibre patriotique au son du Ditanyè, dont nos FDS et nos VDP ont besoin pour garder à l’esprit que perdre des batailles n’a jamais été perdre la guerre.

Notre Burkindi a toujours été un espoir pour l’Afrique et la jeunesse internationale, nous devons demeurer une inspiration, car notre cause est noble et notre peuple courageux.

Les amis et partenaires régionaux et internationaux trouveront en notre courage, notre cohésion et notre solidarité les gages d’une coopération aux résultats plus impactants pour un retour à la paix et au développement durable.

Allons donc vers ce cadre où chacun fait un pas vers l’autre sans faux fuyants, car l’actualité nous le commande. Nous devons continuer à nous encourager, à soutenir toute action allant dans le sens de bâtir ce Burkina Faso ETAT-NATION. C’est le lieu de saluer tous les efforts déjà entrepris par les autorités, les coutumiers, les religieux, les partenaires régionaux et internationaux.

Faire un pas vers l’autre, c’est se donner le devoir de connaitre la vérité, d’user de nos valeurs culturelles pour obtenir la pardon sincère (« Savoir puiser dans nos ressorts ancestraux l’amende honorable du fautif » disait Norbert Zongo), une réparation pour apaiser les cœurs et une redéfinition du vivre ensemble dans une vision fédératrice, mobilisatrice et prospective.

Nos us et coutumes auxquels nous sommes fondamentalement attachés nous enseignent comment, dans le respect de la victime et de ses ayant-droits, nous pouvons rechercher la vérité, aller au pardon, à la réparation et à la réconciliation.

Nous devons dépasser nos querelles idéologiques et politiques, transcender nos rancœurs, loin des préalables mortifères, fédérer nos énergies et vibrer au rythme du Ditanyé sans renier notre passé, cette boussole qui guide nos pas !

Oui notre passé, notre histoire doivent résolument nous instruire pour surmonter les défis du moment et poser les bases de cet ETAT-NATION dans lequel nous bâtirons ensemble un véritable Eldorado pour le Burkina et l’Afrique, un endroit où aucun Burkinabè n’aurait comme raison des conditions difficiles pour aller ailleurs en quête de son bien-être et de son épanouissement !

C’est à ce processus que je nous invite toutes et tous ! Ce n’est point le moment de baisser les bras ! Ensemble nous devons tous œuvrer à assoir l’ETAT-NATION burkinabè ! Nous en sommes capables !

Je nous prêche la paix. Je nous exhorte à la tolérance et l’amour fraternel. C’est la seule formule gagnante !

Que Dieu vous bénisse.
Que Dieu bénisse le Burkina Faso. »

Lassina Zerbo

Ancien Premier Ministre

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