Accueil A la une Burkina/Produits de grande consommation: «Les prix augmentent chaque semaine» (commerçant)

Burkina/Produits de grande consommation: «Les prix augmentent chaque semaine» (commerçant)

0
Des céréales exposées pour la vente (Photo Siaka Cissé)

Les céréales, l’huile, le sucre, le riz sont autant de produits de grande consommation dont les prix connaissent une hausse sensible sur les marchés au Burkina Faso, frappé par une crise sécuritaire et humanitaire. Wakat Séra s’est déployé, mercredi 6 avril 2022, sur le marché ‘‘Arbe-yaar’’ de Tanghin, partie nord de la ville de Ouagadougou, pour faire le constat de l’évolution des prix de ces produits de première nécessité.

 «Au début, nous vendions le sac de 100 kg de maïs à environ 20 000 F. Mais les prix augmentent chaque semaine. La semaine passée, le sac a connu une augmentation de 2 000 F et est passé de 28 000 à 30 000 F», témoigne Mahamoudou Yaogo, délégué du marché ‘‘Arbe-yaar’’ de Tanghin. Ce commerçant dit s’approvisionner en céréales, avec de nombreux autres acteurs, dans la localité de Biéha, à 34 km de Léo dans la province de la Sissili au Centre-Ouest.

Un stock d’huile de 20 litres

A en croire M. Yaogo, les prix des produits évoluent sans cesse, quasiment chaque semaine, sur le marché. «Ces augmentations vont de 500 à 1 000 F», déplore-t-il. Selon lui, cette situation oblige les commerçants à augmenter leurs prix de vente. Le sac de 100 kg de maïs est vendu au marché de Tanghin, à 33 000 F. Le plat de haricot (3kg environ) se vend à 1 600 F et celui du petit mil à 1 100 F avec le sac de 100 kg à 44 000 F.

Les raisons de la hausse des prix entre crise sécuritaire et manque de contrôle des prix

Cette fluctuation des prix, selon le délégué de ‘‘Arbe-yaar’’, est due à la rupture des stocks dans les lieux de vente. «Si tu viens avec le maïs au marché et tu constates qu’on se bouscule pour s’en procurer, donc logiquement ça devient cher», argue-t-il, avant d’avancer que les augmentations sont aussi liées au fait qu’il n’y a pas de contrôle de prix effectué dans ces endroits reculés, les zones d’approvisionnement.

Le carton de sucre SN SOSUCO vendu entre 19 000 et 19 250 F

A quelques pas de Mahamoudou Yaogo, Naabiga Ouédraogo charge dans son stock des sacs de maïs, de haricot, de soja et de petit mil. En pleine discussion avec un client, il explique que l’augmentation des prix des céréales est en partie due à la crise sécuritaire que subit le Burkina Faso. «Des gens n’ont pas cultivé pendant la saison des pluies. Ceux qui ont réussi à le faire et ont récolté quelque chose, on est venu brûler ces récoltes. Des personnes ont été chassées de leur localité du fait de l’insécurité», raconte-t-il, l’air abattu. «On ne peut plus avoir de céréales dans les localités comme Djibo au Sahel, Fada N’Gourma à l’Est, à cause de la crise sécuritaire. Le Burkina Faso compte 45 provinces, si parmi ces provinces il n’y a que 15 ou 20 qui sont en mesure de produire, les céréales ne vont jamais suffire», a-t-il enchainé. Pour lui, malgré l’appel du Gouvernement à limiter les augmentations des prix, tant que le Président du Faso ne prend pas de mesures, n’adopte pas une politique pour lutter contre l’insécurité, «ça sera difficile d’éviter les augmentations des prix».

«On ne peut pas respecter les prix fixés par le Gouvernement, si on fait ça, on ne va pas s’en sortir»

Tout comme les céréales, les prix de l’huile, du riz et du sucre connaissent, eux aussi, des hausses. Le Gouvernement, à travers le ministre en charge du Commerce, a pour ce faire, invité les commerçants au respect des prix de vente du sucre fixés à 600 F pour le kilogramme du sucre granulé et 750 F pour celui du sucre en morceaux.

Pour le délégué de ‘‘Arbe-yaar’’, Mahamoudou Yaogo, la réalité sur le terrain ne permet pas aux commerçants de respecter cette décision du Gouvernement. «On nous dit de ne pas vendre le paquet de sucre au-delà de 750 F. Pourtant le carton qui contient 25 paquets, est vendu entre 19 000 et 19 250 F. Quand on fait les calculs en tenant compte du prix indiqué par le Gouvernement, on ne va pas s’en sortir, ce n’est pas tenable», analyse M. Yaogo. Il déplore que l’Etat n’ait pas pu empêcher la société mère de production du sucre sur le plan national, la SN SOSUCO (Nouvelle Société Sucrière de la Comoé), de vendre à des prix élevés, et il dit aux petits commerçants de diminuer les prix. «C’est cela le véritable problème. Cela a conduit des commerçants à abandonner le sucre local au profit de celui qui vient de l’extérieur», a indiqué Mahamoudou Yaogo.

Le 25 kg du riz brisure est fixé à 16 000F

Dans la boutique de M. Simporé, les prix de l’huile et du riz ont tous augmenté. Le litre d’huile se vend entre 1 100 et 1 150 F. Le bidon de 20 litres est passé à des prix tels que 16 500, 17 500, 20 000 F à 22 500F.

Le sac de sel qui était fixé à 2 250 F est maintenant vendu à 2 275 F. Celui du riz  de 16 500 F se trouve à 19 000 F. Le sac de 50 kg de riz parfumé est à 20 000 F. Le 25 kg du riz brisé est fixé à 16 000F.

Quant au sucre, le sac de 50 kg est vendu 25 750 F. M. Simporé a confié que les clients  qui achètent le sucre local dans les boutiques en demandant des reçus, on les leur refuse. «Parce que, quand on donne la facture, ils sont capables de te repérer pour dire que c’est toi qui vends cher», explique-t-il.

La vérité, selon M ; Simporé «c’est qu’on ne peut pas respecter les prix fixés par le Gouvernement, si on fait ça, on ne va pas s’en sortir, on va fermer».

La Ligue des Consommateurs (LCB) qui effectue souvent des contrôles de prix des produits sur le terrain, interpelle le Gouvernement burkinabè à prendre des mesures pour protéger le consommateur. Lors de sa dernière sortie, en date du 2 avril 2022, elle a appelé l’Etat à plafonner le prix de certains produits de grande consommation sur une période d’au moins cinq mois. Elle a également souhaité l’élargissement de la liste de ces produits dont les prix sont réglementés et de se donner tous les moyens nécessaires pour la sécurité physique, alimentaire et nutritionnelle du consommateur.

Par Siaka CISSE (Stagiaire)