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Cameroun: Paul Biya lâche du lest face à l’opposition après le grand dialogue

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Photo d'illustration

Le président Camerounais, Paul Biya, a lâché du lest à l’issue des rencontres du grand dialogue national ayant réuni au moins 1 500 participants. M. Paul Biya a promis de libérer de nombreux opposants dont certains ont contesté les résultats de la dernière présidentielle.

Le président camerounais Paul Biya a annoncé vendredi l’arrêt des poursuites contre des responsables de l’opposition quelques heures après la clôture du Grand dialogue national censé mettre fin au conflit séparatiste qui ensanglante les deux régions anglophones du pays. L’inamovible chef de l’Etat, 86 ans, confronté depuis des mois à des crises graves inédites en 37 ans de pouvoir et d’intenses pressions internationales, semble ainsi jouer l’apaisement.

J’ai décidé de l’arrêt des poursuites judiciaires contre certains responsables et militants de partis politiques, notamment du MRC, arrêtés et détenus pour des faits commis dans le cadre de la contestation des résultats de la récente élection présidentielle, a écrit Paul Biya.

Le sort du principal opposant incertain

Paul Biya n’a cependant pas précisé si son principal opposant, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), son challenger à la présidentielle de 2018 et emprisonné depuis neuf mois, était concerné par ce soudain accès de clémence d’un président tout-puissant jusqu’alors intransigeant. La présidence précise cependant qu’il s’agit de l’arrêt des poursuites « devant les tribunaux militaires ». Maurice Kamto et 88 de ses partisans sont justement actuellement poursuivis devant un tribunal militaire à Yaoundé, notamment pour « insurrection ». Ils avaient été arrêtés et emprisonnés fin janvier à la suite des manifestations organisées par le MRC pour protester contre les résultats officiels de la présidentielle. Jeudi, le président camerounais avait déjà annoncé la fin des poursuites et la libération de 333 personnes arrêtées dans le cadre de cette crise.

Le Cameroun, pays perçu pendant des années comme un relatif havre de paix en Afrique centrale, est confronté aujourd’hui à de multiples crises. Le Nord du pays est sous la constante menace du groupe djihadiste nigérian Boko Haram qui multiplie les attaques. Dans l’Ouest, dans les deux régions peuplées principalement par la minorité anglophone (16 % des Camerounais), les combats et exactions des deux camps (indépendantistes et militaires) ont fait environ 3.000 morts en deux ans, selon des ONG, et forcé plus d’un demi-million de personnes à fuir leur domicile, selon l’ONU. A cela s’est ajoutée une crise politique inédite après la réélection très contestée de Paul Biya en octobre 2018.

Le Grand dialogue national que le président a finalement concédé a débouché sur la proposition d’une forme de décentralisation accrue, un « statut spécial » dont les contours sont encore largement inconnus et qui reste soumis à l’approbation du chef de l’Etat, et d’une meilleure autonomie politique et financière.

La France n’apporte plus un soutien inconditionnel

Cet apparent changement de cap de Paul Biya est sans doute dû en partie à des pressions internationales inédites depuis le début de l’année. Washington avait déclaré en mars qu’il serait « sage » de libérer des opposants, suivi de près par l’Union européenne, qui avait parlé de « procédure disproportionnée ». Ces appels avaient été rejoints quelques mois plus tard par la France, l’un des plus fidèles soutiens du président, longtemps restée silencieuse.

Pour l’universitaire et politologue camerounais, Richard Makon, Paul Biya se devait de prendre « des décisions pour décrisper l’atmosphère ». Selon lui, « qu’on le veuille ou non, le MRC décide de la météo politique au Cameroun et on ne peut pacifier le pays en maintenant ses responsables en prison ». Reste à savoir maintenant combien de temps Maurice Kamto passera-t-il encore enfermé.

Source : 20 Minutes.fr avec AFP

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