Accueil Opinion Contentieux électoral au Kenya: la réflexion de Abdoul Karim Saidou

Contentieux électoral au Kenya: la réflexion de Abdoul Karim Saidou

Ceci est une lecture du politologue et chercheur burkinabè Abdoul Karim Saidou sur le contentieux électoral au Kenya. Pour lui, « c’est vrai qu’il faut respecter le délai prescrit par la loi » concernant la reprise de l’élection présidentielle, mais se demande s’il « n’est pas mieux de tirer les choses au clair avant tout nouveau scrutin ».

A propos du contentieux électoral au Kenya. Je m’interroge vraiment. Je trouve que la décision de programmer immédiatement une nouvelle présidentielle comporte des risques et soulève des questions. C’est vrai qu’il faut respecter le délai prescrit par la loi, mais n’est-il pas mieux de tirer les choses au clair avant tout nouveau scrutin? Je m’explique. La cour a annulé le scrutin parce qu’il a eu irrégularités et/ou fraudes. La question est de savoir s’il s’agit de simples erreurs techniques ou s’il s’agit d’une fraude organisée (par qui?).

Si cette dernière hypothèse se confirme, il est alors probable que l’un des candidats (ou les deux candidats?) ait été complice ou commanditaire de la fraude. Cela veut dire que la probabilité existe qu’un fraudeur se présente au prochain scrutin. La commission électorale ne va quand même pas frauder pour elle-même. S’il se trouve qu’elle a fraudé, c’est probablement en complicité avec un candidat.

Qu’est-ce qui va arriver si après on découvre que le président élu a trempé dans la fraude au scrutin annulé? Et même si c’est le candidat perdant qui aurait commis la fraude, après le scrutin, on peut toujours contester la validité du scrutin en se fondant sur son inéligibilité. Un débat juridique va ainsi se poser car si c’est après le scrutin que la justice va établir sa culpabilité, peut-on alors déclarer qu’il était inéligible et que par conséquent le scrutin doit être annulé? Si on estime par contre que même coupable, il va répondre de ses actes après son mandat, il n’en reste pas moins que sa légitimité politique sera entamée. Je me rappelle d’un cas au Niger en 2011 où à Agadez la cour constitutionnelle a annulé le scrutin législatif parce qu’après le scrutin, on avait découvert qu’un candidat n’était pas éligible. Si cela est possible dans la législation du Kenya, alors il y a matière à réfléchir. Si la cour a jugé bon d’annuler le premier scrutin, c’est parce qu’elle a estimé qu’il a eu des choses très graves qui entament la crédibilité du scrutin.

Si c’est l’hypothèse de failles techniques qui se confirme, alors dans ce cas aussi cela veut dire qu’il y a peut-être des déficits de compétences et/ou de moyens au niveau de la commission électorale. Et si c’est le cas, pourquoi alors ne pas prendre les dispositions pour que de tels dysfonctionnements ne se reproduisent plus?

Dans les deux hypothèses, un diagnostic préalable aurait été pertinent de mon point de vue. Je trouve quand même bizarre qu’aussitôt après avoir annulé le scrutin pour des faits très graves, qu’on lance immédiatement le prochain scrutin sans avoir tiré les choses au clair….

Et si après le prochain scrutin, il y a encore fraude…la cour va-t-elle et PEUT-ELLE encore annuler? si elle annule encore, c’est certain qu’il y aura des violences, si elle valide, alors on aura dépensé de l’argent et de l’énergie pour rien! La fraude fait partie des règles pragmatiques du jeu électoral et en l’absence d’enquête et sanction, je ne vois pas pourquoi les fraudeurs du premier scrutin ne vont récidiver, surtout dans ce contexte de forte polarisation politique. N’est-ce pas une raison valable pour faire d’abord le point sur ce qui s’est passé?

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