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Coronavirus: le «Pape» du foot a perdu le dernier match

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Pape Diouf, une étoile polaire pour la jeunesse africaine (Ph. orangefootballclub.com)

Alors qu’au Burkina Faso, la comptabilité liée aux ravages du Covid-19 aligne 282 cas confirmés, 46 guérisons et 16 décès depuis le 9 mars, le Sénégal lui pleure son premier mort enregistré ce mardi 31 mars. Un premier décès qui constitue une grande perte, non seulement pour le pays de la Teranga, mais pour l’Afrique entière, et pour la France. Mababa Diouf ou Pape Diouf car c’est sous ce nom qu’est le plus connu, le Sénégalais de 69 ans dont la réputation a transcendé les frontières du continent est mort. La nouvelle est tombée comme une douche froide sur le monde du football alors que tous attendaient qu’un avion sanitaire affrété pour son évacuation, transporte le malade du Covid-19 vers Nice. Le destin en a donc décidé autrement, faisant pousser son dernier souffle à Pape Diouf, sur la terre du Sénégal à laquelle il est toujours demeuré attaché, au point d’y passer les plus beaux moments de son enfance. Et d’y mourir.  Journaliste sportif, agent de célébrités du ballon rond et premier président noir du mythique Olympique de Marseille, Pape qui a gagné bien des combats, au propre comme au figuré, dans la jungle du football où les acteurs ne se font aucun cadeau, est tombé devant ce virus qui ne connaît ni puissant, ni petit.

Rien ne résiste au petit virus à couronne qui a mis le monde en respect, bouleversant toutes les habitudes et toutes les évidences. Comme un tourbillon irrésistible il vient donc d’emporter successivement, le musicien congolais, Aurlus Mabélé, l’immense saxophoniste camerounais et roi du Jazz africain africaine, l’inénarrable Emmanuel N’Djoké Dibango, dit Manu Dibango et Pape Diouf. S’il faut saluer la mémoire de toutes ces victimes du Covid-19, que ce soit en Chine, en France, en Espagne, en Italie, aux Etats-Unis, au Burkina Faso ou au Sénégal, on ne peut que rendre un hommage appuyé à ces hommes qui ont fait la fierté de l’Afrique dans un monde où le continent a toujours tenu le dernier rôle. «Je suis le seul président noir d’un club en Europe. C’est un constat pénible, à l’image de la société européenne et, surtout, française, qui exclut les minorités ethniques». Par cette vérité implacable, le très provocateur Pape Diouf, rappelle les mille et une humiliations subies par les noirs, surtout dans les stades européens où les cris de singe et autres comportements racistes constituent le quotidien des talentueux footballeurs africains qui, à l’instar des «tirailleurs sénégalais» qui ont combattu sous le drapeau français, ne connaissent qu’avilissement à la place de la gloire. Comme son ami Manu, Pape Diouf est parti sur la pointe des pieds, et lutte contre la propagation du Covid-19 oblige, il ne connaîtra pas les honneurs qui doivent être siens à l’heure où il accomplit l’ultime voyage que certains appellent l’aller sans retour. Mais en Afrique, les morts ne sont pas morts, dit-on, et Pape Diouf continuera d’être une étoile polaire pour cette jeunesse qui admire son œuvre.

Partout ailleurs, et surtout sur les plateaux sport de Canal+, Pape Diouf, dont les prises de position, qu’on soit d’accord avec ou contre, passent rarement inaperçues. En tout cas, la mort brutale de Pape Diouf sonne comme un appel pressant et vital au respect des mesures barrières pour stopper la progression hallucinante du Covid-19 dans un monde saisi par la peur-panique.

Par Wakat Séra

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