Accueil A la une Côte d’Ivoire: dur dur d’être dauphin de ADO!

Côte d’Ivoire: dur dur d’être dauphin de ADO!

Il s'appelait Hamed Bakayoko...

Hasard du calendrier, c’est le jour du triste cinquième anniversaire de l’attentat meurtrier de Grand-Bassam que la dépouille mortelle de Hamed Bakayoko, ministre en charge de la Sécurité à l’époque des faits, arrivait à Abidjan, en provenance de l’Allemagne. Ce sont donc des souvenirs douloureux qui ont croisé des moments de grande tristesse dans une Côte d’Ivoire inconsolable, qui pleure, pour la deuxième fois, dans l’intervalle de 8 mois, la disparition tragique d’un Premier ministre. Alors que la cité balnéaire, très prisée par les occidentaux, et qui se contente, aujourd’hui, du tourisme national, Covid 19 oblige, se rappelait, comme si c’était hier, la barbarie de cette attaque terroriste qui a fait 22 morts dont 16 civils, 3 militaires et 3 terroristes, la Côte d’Ivoire entière, elle, meurtrie par la mort de celui qu’on appellera bientôt, ex Premier ministre, est atterrée.

L’ambiance de l’accueil du corps du Premier ministre était lourde à couper au couteau. N’eut été cette mesure salvatrice du port du masque pour lutter contre le regain de la maladie à coronavirus, les larmes, même celles présidentielles, auraient facilement inondé le tarmac de l’aéroport Félix Houpouët Boigny, ce 13 mars 2021. Celui qui aurait dû recevoir un accueil triomphal, dans le sillage de son 56è anniversaire le 8 mars et sa brillante élection comme député de Séguéla, la terre de ses ancêtres, lors des législatives ivoiriennes du 6 février, est revenu à Abidjan, les pieds devant, dans une bière aux couleurs nationales. Le gaillard de près de 2 mètres et plein de vie a perdu le dernier combat de sa vie. Foudroyé par un cancer, selon les voix officielles, qui, du reste, ont très peu, ou mal, communiqué sur l’état de santé de celui qui, de son vivant, était loin d’être un quidam, en Côte d’Ivoire, et même en Afrique.

Pourquoi le mystère autour de la santé du Premier ministre qui a fini par rendre l’âme, ce 10 mars? Etait-ce pour ne pas perturber la tenue des législatives, voire compromettre la victoire du parti au pouvoir, dont Hamed Bakayoko était un pilier? Beaucoup de mensonges et de rumeurs, ont même entouré ce fameux cancer qui, visiblement, n’a pas longtemps rongé Hambak, puisqu’il a été «foudroyant».

La vraie douleur de la perte d’un être cher est silencieuse

Si les pleurs du couple présidentiel, Alassane et Dominique Ouattara, mêlés à ceux de sa famille et de ses proches, pouvaient ramener à la vie, le Premier ministre, ministre de la Défense, député et maire d’Abobo, aurait ressuscité des morts, pas le troisième jour comme le Christ des chrétiens, mais dès le le jour de son décès. C’est un déluge de larmes qu’a créé cette disparition brutale, qui laisse un grand vide, non seulement dans le microcosme politique ivoirien dont le «Golden boy» était un pion essentiel, mais dans l’ensemble d’une Côte d’Ivoire, où l’homme portait les espoirs d’une réconciliation nationale, gage de la paix tant recherchée dans ce pays où les démons de la division sont toujours présents. Car, s’il n’était pas l’homme providentiel, Hamed Bakayoko n’était pas moins, le seul qui parlait à tout le monde. Mieux, il avait l’écoute de tous, du politicien à l’homme de la rue. Bien entendu, nul être ne pouvant faire l’unanimité, il devait également faire face à ses détracteurs, notamment ceux de sa propre famille politique, le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et le progrès (RHDP), où la popularité du «fils du peuple» ne faisait pas que des heureux. Surtout que le costume taillé pour le dauphin du président Alassane Dramane Ouattara, commençait à prendre les formes d’un homme jeune, de Hambak, pour ne pas le citer.

En plus de ces «affaires», vraies ou montées de toutes pièces, qui lui sont collées au dos, un dos qu’il avait large, au propre comme au figuré, l’époux de Me Yolande Tanoh Bakayoko, vivait une vie de feu-follet. Et il ne l’ignorait sans doute pas, lui qui, du haut de son humilité légendaire, demandait à certains de ses proches autour de lui, de le protéger. Mais, le rendez-vous avec la mort, nul ne peut s’y dérober. Seuls diffèrent, le quand, le où, le pourquoi, et le comment, de la fin. En attendant, le deuil national décrété sur 8 jours, après la mort de Hamed Bakayoko, court et prendra fin le vendredi 19 mars, lorsque l’illustre disparu, reposera pour toujours auprès de ses ancêtres à Séguéla.

Comme ailleurs en Afrique, il ne fait pas bon d’être dauphin du roi en Côte d’Ivoire!

Par Wakat Séra

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