Accueil Editorial Côte d’Ivoire: sale temps pour Gbagbo et les siens!

Côte d’Ivoire: sale temps pour Gbagbo et les siens!

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L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo vient d'écoper d'une peine de 20 ans dans son pays (DR)

Une peine de 20 ans. Le verdict vient de tomber, le jeudi 18 janvier, sur la tête de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, dans une affaire considérée par la justice comme le braquage de l’agence nationale la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Les faits remontent à la période où le locataire actuel de la prison de Scheveningen refusait de quitter le pouvoir après avoir perdu l’élection présidentielle de 2011, à l’issue de laquelle la Commission électorale ivoirienne et la quasi-totalité de la  communauté internationale donnait la victoire à son ennemi juré, Alassane Ouattara. Asphyxié financièrement, le prisonnier de la Cour pénale internationale, s’est, selon l’accusation, servi dans les caisses de la Banque alors qu’il n’en n’avait pas le droit. Ce qui lui a valu, tout comme ses collaborateurs de l’époque, Gilbert Aké N’gbo, Katinan Koné, Désiré Dallo, 20 ans de prison sans mandat de dépôt assortis de 329 milliards de FCFA de dommages et intérêts. Dans le même temps, comme pour confirmer qu’un malheur n’arrive jamais seul, c’est sur l’ex-ministre de la défense de Laurent Gbagbo que le couperet de la justice des vainqueurs s’est abattu. Lida Kouassi et ses co-accusés militaires dans une affaire de complot contre l’autorité de l’Etat ont ramassé, chacun, 15 ans de prison ferme.

Pourquoi donc tirer sur une ambulance, pendant que le train de la réconciliation tant attendu par les Ivoiriens peine à quitter la gare? Les frustrations et autres ressentiments nés de l’arrestation et le jugement de l’ancien chef de l’Etat et des siens s’accumulent donc et ne seront que des obstacles, désormais insurmontables pour le retour à la paix et à la cohésion nationales, piliers incontournables du redécollage socio-économique d’une Côte d’Ivoire détricotée par la rébellion et la crise post-électorale, meurtrière et dévastatrice de 2011. Comme pour démontrer l’inutilité de tous ces procès contre les pro-Gbagbo, Gilbert Aké N’gbo et Désiré Dallo, sont sortis libres du tribunal, malgré leur peine de 20 ans. Seuls Laurent Gbagbo et Katinan Koné, absents du prétoire se sont vus coller des mandats d’arrêt internationaux. C’est un air de justice politique enclenchée pour empêcher des opposants de gouverner en rond que Alassane Ouattara affectionne.

N’est-il pas temps de tourner résolument le dos à cette justice à double vitesse qui ne fait que retarder l’heure de la réconciliation, constituant du coup un boulet au pied de la Côte d’Ivoire dont la marche vers l’émergence pourrait être bien retardée? La balle est dans le camp du pouvoir d’Abidjan, déjà bien empêtré dans la guerre de succession qui fait rage au sein du grand Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et le progrès (RHDP). Les têtes de proue de ce regroupement agonisant, Alassane Ouattara et l’ancien président ivoirien, par ailleurs patron du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, ne semblent plus être sur la même longueur d’ondes, malgré les discours et entente de façade.

Par Wakat Séra

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