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France: tout sur la conférence de presse de Macron du 10 juin 2021

Emmanuel Macron

Ceci est le contenu intégral de la conférence de presse du Président de la République française Emmanuel Macron, le 10 juin 2021, en amont des Sommets du G7 et de l’OTAN. Wakat Séra vous propose, la déclaration, les questions des journalistes et les réponses données par le président.

Heureux vous retrouver aujourd’hui à l’Elysée pour cette conférence de presse avant plusieurs rendez-vous internationaux importants. Je vais peut-être prendre quelques instants pour essayer de partager avec vous quelques convictions et quelques messages, puis je répondrai à toutes les questions que vous vous posez.

Nous sortons progressivement et je dis ça avec beaucoup d’humilité et de prudence d’une période de pandémie extrêmement sévère dans notre pays, sur le continent et partout dans le monde qui a testé notre capacité collective à réagir et coopérer et nous allons avec en particulier la nouvelle administration américaine avoir l’occasion de premier sommet, en particulier le sommet du G7 présidé par le Royaume-Uni, puis un sommet de l’OTAN. Ceci intervient quelques semaines après le Sommet sur le financement des économies africaines que nous avons tenu à Paris. Ces échéances sont pour moi à la fois l’occasion de faire redémarrer la coopération internationale sur les grands sujets et de faire fonctionner plusieurs engagements et causes sur lesquelles la France a investi beaucoup depuis 4 ans et des moments aussi de clarification sur des sujets importants. Je voudrais concentrer mon propos autour de 4 priorités qui ont sans doute structuré pour beaucoup notre politique internationale durant ces dernières années.

D’abord, le multilatéralisme efficace à travers les causes et engagements, qu’il s’agisse du climat, de la santé, de l’égalité, du numérique ou de la fiscalité. Le deuxième axe, c’est celui de la souveraineté européenne. Le troisième, c’est celui d’une nouvelle relation avec le continent africain. Et le quatrième, c’est celui de la gestion de crises régionales qui s’est, depuis ces dernières années, concentrée autour de la lutte contre le terrorisme, la défense de nos valeurs et le respect de la souveraineté de l’ensemble des Etats. Je crois pouvoir dire que la période actuelle va permettre d’obtenir des résultats sur chacun de ces axes et aussi invite à des clarifications utiles.

Premier point sur lequel je voulais revenir, c’est celui du multilatéralisme efficace. Nous l’avons souvent défendu. Durant les 4 dernières années, les pays européens ont défendu, soutenu en quelque sorte garanti ce multilatéralisme efficace, alors que les Etats-Unis d’Amérique avaient décidé de quitter les accords de Paris et renoncé à la coopération dans beaucoup de domaines. Nous avons porté ensemble et la France y a joué son rôle avec plusieurs initiatives et opérations,

la défense de ce multilatéralisme. Et il me semble que nous en avons posé des jalons importants lors du G7 de Biarritz. Sur les sujets de santé, de climat, d’égalité sur chacun des points. Biarritz avait posé des ambitions, des volontés et la synthèse pourra vous en être refournie, qui sont en train de trouver des aboutissements concrets durant ces dernières semaines et des derniers mois et pour certaines, vont se parachever à l’occasion de ce G7. Et donc, pour moi, c’est vraiment le moment, je dirais, du retour de la coopération pour permettre à ce multilatéralisme efficace de pleinement fonctionner. Je vais essayer de revenir sur chacune de ces thématiques.

La première est celle de la santé. Évidemment, la pandémie a testé notre crédibilité en la matière. Alors, nous n’avons pas attendu celle-ci pour défendre ce multilatéralisme. Je rappelle entre autres que nous avions, là aussi, posé la volonté de renforcer le cadre multilatéral en matière de santé à Biarritz que nous avions à ce moment-là souligné l’importance de financer l’OMS et les cadres multilatéraux et que quelques semaines plus tard, nous avons tenu à Lyon la conférence de financement du Forum mondial qui permet justement la vaccination et la lutte contre les grandes pandémies, en particulier sur le continent africain. Nous avions tenu nos engagements là où, à ce moment-là, beaucoup d’autres avaient réduit et donc qu’il s’agisse de Lyon à l’automne 2019, de notre G7, nous avons ensuite poursuivi ce multilatéralisme en matière de santé dès le début de la crise sanitaire et à mes yeux, l’initiative la plus importante des derniers mois a été l’initiative dite ACT-A. Nous l’avons bâtie avec les Africains. Nous l’avons défendue et portée dans le cadre du G20 et nous avons construit une initiative dont l’objectif était de permettre de donner la capacité aux pays les plus pauvres, en particulier à l’Afrique, de résister à l’épidémie avec des tests, des diagnostics, des traitements et des vaccins avec l’engagement de renforcer les systèmes primaires et avec l’engagement, justement, de les financer. Je reviendrai sur chacun de ces points. ACT-A a poursuivi son chemin et a permis de structurer l’initiative Covax, ce don de vaccins, et cela en quelque sorte, arrive à un moment de vérité lors de ce G7. C’est pourquoi, sur les questions de santé, ce G7 est un moment de réengagement collectif et de clarification.

D’abord, il nous faut définir une cible. On échange sur les sujets de vaccins, beaucoup d’objectifs et je me méfie des objectifs quand il s’agit d’additionner des milliards sans calendrier précis et résultats à atteindre. Et je dois dire que les échanges que j’ai pu avoir avec les Etats, en particulier africains, puisque je pense que ce sont les Etats récipiendaires qui sont les mieux à même de qualifier les objectifs que nous devons nous donner, m’ont convaincu qu’il nous faut viser avant tout une cible de pourcentage de la population à vacciner. Et c’est l’Agence de crises africaines CDC Africa a ainsi défini 60 % d’Africains à vacciner d’ici la fin du premier trimestre 2022, avec un objectif de 40 % pour fin de l’année 2021. C’est un objectif rehaussé par rapport à celui que nous nous étions engagés à voir dans le cadre de Covax, qui est le véhicule par lequel la communauté internationale, justement, s’était engagée à fournir ces vaccins, qui n’était que de 20 %. Je pense que c’est le bon objectif et c’est celui que nous devons endosser dans le cadre de ce G7. La France est prête à y prendre toute sa part. Nous avons, comme vous le savez d’ores et déjà, commencé à donner des doses. Nous nous sommes engagés pour cette année et donc d’ici fin 2021, à donner 30 millions de doses. Comme les Allemands se sont engagés à donner 30 millions de doses à date, ce qui permet à l’Union européenne d’avoir au moins l’objectif de 100 millions. Je pense qu’il nous faut, en fonction justement des accords, revoir ces objectifs nationaux et régionaux pour pouvoir les caler sur ces objectifs de vaccination. Et ce que je veux que la France endosse à due proportion de sa quote-part, c’est cet objectif de 40 % de vacciner en fin d’année et 60 % à la fin du premier trimestre prochain. Mais d’ores et déjà, nous avons effectué à date plus de 800 000 transferts de doses via Covax et 1,7 million seront faits à la fin du mois alloué à 14 pays africains. Ce dont je parle là, ce ne sont pas des engagements. Ce sont des livraisons déjà effectuées et je pense que c’est important de les rappeler, 800 000 doses déjà effectuées via Covax par la France et 1,7 million à la fin du mois. Je me réjouis que les Etats-Unis rejoignent pleinement l’initiative et s’engagent dans cette direction. A court terme, ça c’est l’objectif, 40 % en fin d’année, 60 % fin du premier trimestre 2022 de vaccination.

Comment y parvenir ? À très court terme, pour moi, la priorité doit continuer à être le don de doses. C’est la voie que nous avons décidé de suivre. C’est celle que je veux que nous puissions accroître dans le cadre des discussions des prochains jours. Et c’est celle qui me paraît la plus efficace et la plus juste. Pour la permettre et la renforcer, il nous faut aussi lever toutes les restrictions à l’exportation. Et le G7 doit permettre de lever tous ces obstacles. Nous le savons, il y a eu des interdictions d’export de plusieurs pays membres du G7 qui ont bloqué la production dans d’autres pays et parfois bloqué la production dans des pays à revenu intermédiaire, essentiel pour la production de vaccins à destination des pays les plus pauvres. Je ne prends qu’un seul exemple, l’Inde. L’Inde et en particulier le Serum Institute of India, a été bloqué dans sa production par les restrictions à l’export d’ingrédients nécessaires à la production de ces vaccins qui venaient de certaines économies du G7. Il faut absolument les lever à la fois pour que l’Inde puisse produire davantage pour elles-mêmes et pour très rapidement fournir tout particulièrement aux Africains qui sont très dépendants de sa production.

Ensuite, nos mécanismes ne sont pas aujourd’hui uniquement faits de dons de doses. D’autres veulent racheter des doses. Certains veulent aussi produire pour donner. Ce sera le cœur de la stratégie américaine. Toutes les stratégies sont évidemment bonnes à partir du moment où elles permettent d’atteindre notre objectif de vaccination et de couverture des populations, conformément à l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé. Mais nous allons défendre un point qui me paraît essentiel sur cette affaire, c’est la transparence. Aujourd’hui, il n’y a pas de prix de référence pour le mécanisme Covax comme pour les doses qui sont rachetées par celui- ci comme vis-à-vis des pays récipiendaires. La transparence des prix est un élément essentiel en termes de justice et d’efficacité. Aujourd’hui, nous ne savons pas à combien Covax achète les doses aux laboratoires pharmaceutiques. Ce faisant, les États africains, qui, à juste titre, ont décidé aussi de compléter ces initiatives par des achats propres, achètent bien souvent deux à trois fois le prix que nous payons, nous, Etats les plus riches. C’est une injustice complète qu’il faut ici corriger. Nous devons obtenir non pas la transparence des prix pour les contrats qui lient les laboratoires avec les États les plus riches ou la communauté internationale, cela relève du droit des affaires et nous voulons le respecter. Mais pour les mécanismes de solidarité, il faut une transparence des prix qui permettra d’avoir des prix de référence pour les États les plus pauvres pour leurs achats.

Vient ensuite la question de la propriété intellectuelle. Et elle va jalonner en effet le parcours de notre efficacité. Pourquoi ? Parce que je pense qu’il nous faut dès maintenant nous organiser, j’en parlais hier avec les ONG les plus investies sur ce sujet, pour permettre aussi aux pays les plus pauvres et à revenus intermédiaires de produire pour eux-mêmes. A très court terme, il nous faut donner et produire pour donner, mais il faut au plus vite permettre aux économies qui le peuvent de produire pour elles-mêmes, et en particulier pour l’Afrique. Je crois que c’est un sujet de considération mais c’est aussi un sujet d’efficacité collective. Aujourd’hui, l’Afrique représente environ 20% en termes de vaccins. Elle n’a la capacité de production que pour 1% des vaccins.

C’est cet objectif que j’avais mis au cœur du déplacement fait il y a quelques semaines, en particulier en Afrique du Sud après le déplacement au Rwanda. Et nous avons d’ailleurs mené une initiative qui va exactement en ce sens, conjointement avec l’Allemagne, les Etats-Unis d’Amérique et la Banque mondiale à travers la SFI. Ce qu’il nous faut donc faire, c’est accélérer les transferts de technologie et la mise en capacité de tous les pays qui le peuvent dans les régions les plus pauvres ou à revenus intermédiaires pour produire. Ça ne pourra pas couvrir les besoins dans les six mois qui viennent. Mais dans les 12-18 mois qui viennent, nous pouvons commencer sur la base de capacités existantes à produire. Et surtout, c’est ce qui nous permettra de construire notre résilience pour les pandémies à venir. Nul ne sait dire les besoins que nous aurons dans le temps pour faire face au Covid-19 parce que personne ne sait dire les besoins en termes de rappel que nous aurons. Mais à coup sûr, nous aurons d’autres pandémies et nous avons, on le sait bien, d’autres vaccins à produire. Sur ce sujet, nous devons nous engager à l’Organisation mondiale de la santé, à l’Organisation mondiale du commerce pour garantir que la propriété intellectuelle ne sera jamais un obstacle à l’accès aux vaccins. Et pour moi, c’est le principe qui doit régir nos travaux. La propriété intellectuelle ne doit jamais bloquer ces transferts de technologie et la capacité à produire. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre sur la table avec l’Afrique du Sud pour ce G7 une proposition aussi permettant de travailler à une dérogation limitée dans le temps et dans l’espace de cette propriété intellectuelle. Nous défendons la juste rémunération de l’innovation et le respect de la propriété intellectuelle. Il n’y a pas de grande innovation s’il n’y a pas une juste rétribution de la propriété intellectuelle. Mais la nature des profits qui sont faits aujourd’hui et leur magnitude justifient que, pour les pays qui le peuvent, dans des cas délimités et durant le pic de l’épidémie, nous réfléchissions, nous avancions et travaillions à ces dérogations en termes de propriété intellectuelle qui permettront d’accélérer le transfert de propriété et la production. C’est une proposition initiale de l’Inde et de l’Afrique du Sud que nous avons retravaillée, que nous souhaitons encore travailler avec l’OMS, l’OMC, nos partenaires. Mais j’espère qu’elle permettra justement un accord lors de ce G7. Dans ce cadre-là, et pour compléter notre réponse sur ce sujet, nous défendons également à court terme l’idée que le don de doses fait par les États doit être complété par un don de doses des laboratoires pharmaceutiques.

En effet, je veux ici rappeler que, par le passé, nous avons défini collectivement de tels engagements pour le secteur privé. Nous avons su, en particulier lors de l’épidémie de H1N1, définir des objectifs de dons de doses par les laboratoires avec un engagement à donner 10% des doses vendues par ailleurs. C’était ce que l’on a appelé le Pandemic Influenza Preparedness Framework qui avait été adopté à la 64e Assemblée mondiale de la santé. Cet objectif nous semble particulièrement pertinent. Nous vivons évidemment une crise internationale. Les Etats, avec l’argent de nos concitoyens, de nos contribuables partout dans le monde, ont massivement financé la recherche, l’accélération de la recherche, l’achat de doses pour nous-mêmes, l’achat de doses pour permettre de donner. Il est légitime que l’industrie pharmaceutique contribue de manière proportionnée, sur la base de ce cadre déjà existant, à cette solidarité. Voilà sur le sujet de la santé les principales attentes et les objectifs que la France défendra qui permettent de compléter ACT-A et d’aller plus loin, donner, produire pour donner et permettre aux pays les plus pauvres et à revenus intermédiaires qui le peuvent de produire pour eux-mêmes.

Le deuxième grand sujet c’est évidemment le climat. Sur ce point, les derniers mois ont été marqués par le retour des Etats-Unis d’Amérique et je crois que c’est la décision évidemment la plus structurante pour notre agenda international. Durant 4 ans, l’Europe, en partenariat avec la Chine a préservé le cadre de l’accord de Paris. Le retour des Etats-Unis d’Amérique marque une avancée évidemment très structurante qui nous permet de conforter ce cadre même s’il nous reste énormément de travail et l’objectif est maintenant un objectif de mise en œuvre et d’accélération de cette mise en œuvre. L’Union européenne a pris en la matière ces derniers mois, là aussi, des objectifs extrêmement forts en rehaussant ses engagements pour 2030,- 55% d’émissions, et en endossant la neutralité carbone pour 2050. Au mois d’avril dernier, les Etats- Unis d’Amérique ont donné leurs propres engagements et donc c’est sur ce cadre que nous allons nous réunir lors de ce G7 pour préparer le rendez-vous important de la COP 26 de Glasgow. Avec quelques points auxquels nous tenons tout particulièrement, au-delà évidemment de ces objectifs et maintenant de la mise en œuvre à la fois des régulations, de tarification du carbone et des investissements que chaque espace géographique va devoir faire, il nous faudra évidemment avancer sur la finance climat. Je pense que le G7 est un cadre adapté, et en particulier à la méthodologie et aux standards en matière de finance climatique et nous, nous défendons l’idée d’avoir une standardisation ad hoc en utilisant en particulier l’OCDE. Mais je pense que les Européens ont un rôle important à jouer en la matière. Et là où nous avons délégué historiquement les normes comptables aux Anglo-Saxons, je pense que notre rôle historique est d’endosser la création de normes morales pour notre capitalisme, qu’il s’agisse de normes environnementales ou sociales. C’est un agenda que je défends depuis le début de mon mandat, que j’avais présenté à Davos, il y a maintenant un peu plus de 3 ans et qui se met progressivement en œuvre avec en particulier ce sujet de normalisation. C’est ce que nous avons en particulier défendu à travers TCFD et nous allons faire la même chose aussi sur la biodiversité. L’autre point, évidemment, c’est justement cet agenda de biodiversité. Nous avons la COP 15 de Kunming en fin d’année. Nous aurons l’UICN à Marseille en septembre et nous souhaitons, ancrée dans le cadre du G7, la lutte justement pour préserver la biodiversité qui est complètement jumelle de notre combat contre le dérèglement climatique. C’est le suivi à cet égard de l’OPS biodiversité qui s’est tenue ici même en début d’année.

Troisième grand sujet sur lequel le multilatéralisme efficace avance et sera consacré lors de ce G7, c’est la régulation du numérique. Ce sujet, et nous aurons l’occasion à coup sûr d’en reparler, est essentiel pour nos démocraties. Nous avons vu ces dernières années le dérèglement des esprits à l’œuvre sur le numérique. Je vous le rappelle, au printemps 2017, nous avons — tout début de l’été 2017 — lancé une initiative pour lutter contre les contenus terroristes en ligne avec, à l’époque, la première ministre Theresa MAY. Nous avons dans un premier temps, aussi fou que cela puisse paraître aujourd’hui, largement échoué. Et au nom de la défense de la liberté d’expression, nous avions été renvoyés en quelque sorte dans nos propres terrains de jeu. Les choses ont avancé malheureusement. Et après le terrible attentat de Christchurch, en Nouvelle- Zélande, au printemps 2019, nous avons tenu ici même à l’Elysée, en mai 2019, une réunion appelée l’appel de Christchurch qui a permis de réunir plusieurs gouvernements et grandes industries de la technologie et des réseaux sociaux pour mettre en place un premier cadre innovant, dans lequel nous nous sommes engagés au retrait en une heure de contenus terroristes ou prônant le terrorisme, mais aussi dans une méthode de coopération entre les Etats et les acteurs du numérique. Cette méthode a eu des résultats. Nous avons eu des résultats concrets parce que toutes les plateformes qui l’ont signées s’y sont conformées. J’en veux pour preuve ce que d’ailleurs la France a eu à vivre à l’automne dernier, lorsque nous avons eu à subir des attentats. Ce sont les plateformes qui nous les ont signalés et qui ont retiré ces contenus en premier, dans l’heure. Surtout, l’Europe est venue compléter cette avancée puisque nous avons passé des textes juridiquement contraignants qui maintenant mettent dans notre droit l’obligation de retirer en une heure ces contenus terroristes. Il nous faut maintenant aller plus loin à deux égards.

Le premier, c’est d’élargir les pays membres de cet appel. Et à ce titre, en mai dernier, nous avons eu une avancée substantielle puisque les Etats-Unis d’Amérique ont acté leur décision de rejoindre l’appel de Christchurch. Ce qui, évidemment, compte tenu du nombre d’entreprises présentes sur le sol américain et incorporées aux Etats-Unis d’Amérique, est un élément transformant et je m’en réjouis.

La deuxième chose, c’est d’avancer pour créer le cadre qui permettra, aussi efficacement que nous l’avons fait pour le terrorisme, de lutter contre tous les discours de haine en ligne : discours racistes, discours antisémites et tous les discours aussi de harcèlement. Vous savez que nous avons poursuivi en franco-français cet agenda, et nous allons le poursuivre jusqu’au bout. Nous souhaitons le poursuivre au niveau européen à travers les directives qui ont été proposées en fin d’année dernière par la Commission, qui sont le fruit de cet agenda de Christchurch. Nous souhaitons aussi que dans le cadre international, il y ait un engagement du G7 à aller dans cette direction. C’est ce que nous portons pour véritablement avoir un multilatéralisme efficace en termes de régulation de l’Internet et de ses contenus. C’est la seule condition pour avoir un cadre efficace que nous porterons ensuite en G20 qui permet de lutter contre un ensauvagement des esprits, et de la communication, et donc un ensauvagement de notre nouvel ordre public mondial. Les algorithmes sont en particulier un élément essentiel que nous devons viser dans ces régulations. C’est à la fois un cadre coopératif avec ces réseaux et ces grands groupes, ces grandes plateformes, mais nous avançons aussi toujours en même temps sur un cadre plus contraignant puisque nous passons des législations nationales et européennes pour le compléter. Cette initiative est la clé pour éviter – nous pourrons y revenir si vous le souhaitez dans les questions – une fragmentation de l’Internet mondial. Parce que ce qu’il se joue c’est notre capacité à réguler l’internet mondial. Le risque sinon étant que des régulations de fait s’imposent à nous qui soient structurées autour des préférences chinoises d’une part, et des préférences américaines de l’autre. Ce pour quoi nous nous battons là, c’est défendre nos valeurs, celles qui sont précisément au cœur du multilatéralisme et de l’universalisme, bâti dans la deuxième moitié du 20ème siècle.

Quatrième sujet essentiel de ce multilatéralisme efficace qui est presque la poursuite de ce que je viens de dire, c’est la fiscalité internationale. Vous le savez, depuis quatre ans, la France se bat pour que nous corrigions une injustice profonde de notre organisation internationale. Le fait que des grands groupes qui font des surprofits, parce qu’ils arrivent à optimiser grâce à la numérisation de leur activité en particulier, ne payent pas leur juste part d’impôts. C’est inexplicable pour nos contribuables et nos concitoyens. C’est injuste pour nos entreprises, en particulier les PME ou les TPE qui, elles, payent l’impôt alors qu’elles sont parfois sur le même secteur. Cet agenda, nous l’avons porté. Nous nous sommes battus pour, à l’OCDE d’abord. Et cet agenda, quel que soit le travail remarquable que l’OCDE et ses équipes ont mené depuis le début, et je veux ici les saluer, a été bloqué par l’administration américaine durant les quatre dernières années. Nous avons ensuite décidé de le porter au niveau européen. Et il a lui-même en quelque sorte attendu les avancées de l’OCDE. Et donc à quelques Etats membres, nous avons décidé de mettre en œuvre nos taxes numériques pour aller de l’avant, ce qu’a fait la France et ce qu’elle a assumé. Et au moment où nous sommes en train de vivre une avancée, je veux ici quand même redire le rôle que nous avons joué, et surtout le rôle que certains secteurs économiques français ont joué, qui ont été en quelque sorte les victimes des représailles. Et au moment où nous sommes en train d’enregistrer une victoire pour cette taxe internationale, j’ai une pensée pour nos viticulteurs et beaucoup d’entreprises parfois modestes qui, durant les deux dernières années, ont payé les sanctions de la rétorsion américaine parce que nous avions mis en place une taxe numérique. C’est comme ça que ça s’est passé, ne l’oublions pas. Il y a eu des gens pour être contre. Il y a eu des gens pour avancer cachés. Je me félicite que nous n’ayons pas avancé cachés, pour ce qui nous concerne, et que certains secteurs économiques en ont payé le prix. Et je les en remercie parce qu’ils ont été en quelque sorte les victimes collatérales de notre sens des responsabilités. C’est pourquoi il est, je dirais évident, que nous attendons maintenant uniquement la date que nous aurons toutes les assurances pour que de telles taxes ne réémergent pas.

Je crois qu’il n’y a plus de sens à une conflictualité commerciale puisque nous sommes tous d’accord et que nous allons enfin pouvoir mettre en place cette juste taxation qui se construit autour de deux piliers, comme vous le savez, l’un qui permet de taxer les surprofits et donc en particulier ceux des grands groupes du numérique, et le deuxième qui permet de mettre en place un impôt minimal d’au moins 15%, ce qui évite l’optimisation fiscale pour les grands groupes. Les derniers détails techniques viendront dans les semaines qui viennent, mais c’est pour l’économie française quelque chose qui tournera rond entre 5 et 10 milliards d’euros sans doute, et pour les économies européennes quelque chose qui tournera autour de 50 milliards d’euros. Et donc vous voyez l’importance de ces avancées qui seront réelles autour de 2025. Donc il ne faut pas mollir, mais la justice fiscale permet aussi d’avoir plus d’efficacité et, en quelque sorte, d’alléger la charge d’autres contribuables. Cet accord a été consacré au niveau des ministres des finances du G7. Nous allons l’endosser au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. Début juillet, il sera porté dans le cadre du G20. Et il sera parachevé dans un cadre inclusif qui est celui de 139 Etats pilotés par l’OCDE. Parce qu’évidemment une telle taxation est efficace s’il n’y pas la moindre fuite de paradis fiscaux qui se tiennent hors de ce cadre. Mais ce faisant, nous allons parachever un travail qui a commencé depuis la crise financière de 2008-2010 et qui avait permis de mettre fin au secret bancaire puis de mettre fin aux mécanismes d’évasion fiscale par érosion des bases fiscales. Donc c’est une avancée massive pour une mondialisation plus efficace et plus juste.

Dernier point en matière de multilatéralisme efficace, c’est justement la lutte contre les inégalités. La pandémie a fortement accru ces inégalités et donc nous devons nous engager pour là aussi renforcer nos propres investissements en la matière. La France, comme vous le savez, est en train de voter une trajectoire qui réhausse son aide publique au développement à très court terme de 0,5%, 0,55% de notre production nationale et nous le porterons ensuite à 0,7%, mettant fin, ce faisant, à plus d’une décade de décrue ou stabilisation de notre aide publique au développement. Et au cœur de cette lutte contre les inégalités, nous souhaitons porter, comme nous le faisons là aussi depuis quatre ans, la lutte contre les inégalités de genre. Nous l’avions mis au cœur du G7 de Biarritz, et le G7 de Biarritz a permis des avancées concrètes. Je veux en citer deux : le mécanisme de financement pour l’entrepreneuriat féminin, que nous avions lancé à Biarritz, dit AFAWA, porté par la Banque africaine de développement et Angélique KIDJO, a permis de lever 1 milliard d’euros de financements pour des projets d’entrepreneuriat féminin partout en Afrique. De la même manière, nous avions lancé le bouquet législatif poussant chacun des Etats membres à prendre des législations, comme d’ailleurs nous sommes en train de le faire. Nous l’avons fait en France. Il a permis d’avancer dans plus de 14 pays partenaires pour prendre des législations favorables à l’égalité femmes – hommes, qu’il s’agisse d’égalité salariale ou d’égalité statutaire.

Nous souhaitons poursuivre évidemment ces avancées à l’occasion de ce G7, en particulier nous prendrons des engagements pour le refinancement du Partenariat mondial pour l’éducation que nous avions coprésidé il y a maintenant trois ans avec le Sénégal pour la conférence de refinancement et nous flécherons 50% du financement pour l’éducation des jeunes filles. Je le dis parce que c’est un combat que nous menons là aussi depuis le début avec quelques autres, mais en matière de lutte contre les inégalités, l’investissement dans l’éducation des jeunes filles, tout particulièrement sur le continent africain, est essentiel. Elle a reculé ces derniers mois à cause de la pandémie et à cause des conflits qui se passent dans toute la région. Nous accroitrons notre engagement en le fléchant sur l’éducation des jeunes filles. L’autre point, c’est évidemment que nous préparons le travail à destination du forum “Génération Égalité” que nous coprésidons avec le Mexique et ONU Femmes et qui se tiendra ici même dans les derniers jours de juin et les premiers jours de juillet, et qui permettra là aussi, 25 ans après Pékin, de nous battre pour préserver les droits des femmes partout dans le monde, et y compris dans des régions qui sont les plus proches de notre pays où ces droits sont bien souvent menacés, qu’il s’agisse du droit des femmes à disposer de leur corps ou qu’il s’agisse simplement de droit à avoir une juste place dans la société. Aux confins de l’Europe, ces droits sont aujourd’hui remis en cause et ce rendez- vous sera absolument essentiel à cet égard. Voilà le principal et le premier point sur lequel je voulais revenir, ce sommet du G7, comme vous le voyez, point d’orgue en quelque sorte des derniers mois, c’est pour nous, grâce au retour de l’administration américaine qui partage l’essentiel de nos convictions, grâce aussi au travail que nous avons fait ces quatre dernières années, la possibilité d’avoir des vrais résultats en complément de tout ce que nous avons poursuivi ces derniers temps.

Le deuxième grand axe, et je serai beaucoup plus rapide, qui est pour moi au cœur de ces jours à venir, c’est celui de la souveraineté européenne. Vous m’avez souvent entendu défendre ce concept auquel je crois profondément, celle d’une Union européenne qui a besoin de construire le cadre de son autonomie stratégique en matière économique, industrielle, technologique, de valeurs militaires. Nous avons un solide bilan à cet égard ces dernières années : une Europe de la défense a avancé comme elle n’avançait plus depuis les années 50, des coopérations renforcées, un Fonds européen de défense, des projets communs en particulier franco-allemands que nous avons élargis à quelques autres partenaires qui, ces dernières semaines, ont connu des avancées massives. Nous avons réussi à présider un réveil en termes de souveraineté technologique sur la 5G, mais aussi sur les composants essentiels, avec une Commission qui porte beaucoup plus cet agenda et en particulier sur le plan, d’ailleurs, du numérique, les directives DMA/DSA et nous avons bâti une souveraineté économique et financière durant la crise inédite, en particulier grâce à l’initiative germano-française de mai 2020 puis au sommet de juillet qui a permis de bâtir une capacité d’endettement commune et un plan d’investissement inédit.

Et cela, nous, nous arrivons à ce G7 et ce sommet de l’OTAN avec tout cet héritage et pour moi le premier objectif, c’est que nos partenaires reconnaissent cette nouvelle donne européenne et que nous sachions bâtir un nouveau partenariat avec les Etats-Unis d’Amérique. Partenariat de valeur, alliance sur certains sujets, mais aussi partenariat lucide qui consiste à dire que notre voisinage, c’est à nous de le gérer parce que nous avons aussi appris de l’histoire collectivement et de tout particulièrement l’histoire des 20 dernières années. Et c’est dans cet esprit que j’aborde, justement, ce G7 est ce sommet de l’OTAN. Je me félicite du réengagement américain dans le concert des nations et dans ce multilatéralisme coopératif. Et pour moi, la clé, c’est que les Européens restent unis. Et attentif à leur souveraineté commune et que nous puissions avoir aussi notre voie, communauté de valeurs, mais indépendance quand il s’agit de notre stratégie à l’égard de la Chine. Indépendance quand il s’agit de notre stratégie à l’égard de nos voisins, qu’il s’agisse de la Russie ou de la Turquie. Responsabilité quand il s’agit de gérer nos voisinages, les Balkans, la Méditerranée, le continent africain.

A ce titre, 3 choses sont à mes yeux essentielles pour le sommet de l’OTAN qui vient. Le premier, c’est que précisément, ces efforts de consolidation soient respectés dans le dialogue et que l’autonomie stratégique capacitaire des Européens soit reconnue. La France a, en 2020, investi 2 % de son produit intérieur brut dans sa défense des sujets militaires. La deuxième chose, c’est que nous mettions en œuvre le rapport des Sages. Là aussi, l’esprit de responsabilité et de continuité. Je faisais le suivi du G7 de Biarritz de l’été 2019. Il faut faire le suivi du sommet de 2019 et en quelque sorte de cette sonnette d’alarme que j’avais tirée au sujet de l’OTAN. Il y a eu un rapport des Sages. Qu’est-ce qu’il dit ? L’OTAN doit clarifier ses valeurs communes. L’OTAN doit bâtir une règle de conduite entre alliés et l’OTAN doit clarifier son concept. Il sera scandé par le travail de boussole stratégique sous présidence française de l’Union européenne, puis, quelques mois plus tard, la clarification et la finalisation du concept otanien par l’ensemble de ses membres. Je pense que ce rendez-vous lundi prochain doit être l’occasion justement de consacrer cet agenda, l’avancer le fait que l’OTAN doit bien clarifier quel est son rôle et sa stratégie à cet égard et surtout, ancrer cet apport du rapport des Sages, c’est-à-dire les règles de conduite entre Etats membres. Et le troisième point qui me paraît très important dans ce contexte, c’est que nous assumions, nous, Européens, d’être les acteurs de la maîtrise des armements sur notre sol. Je pense que c’est un sujet essentiel pour les mois et les années qui viennent. Le traité FNI ayant été dénoncé par les Etats-Unis d’Amérique en 2019 non respecté par la Russie. Nous ne pouvons pas accepter de revenir à une grammaire qui serait celle de la guerre froide. L’Europe n’est pas simplement un objet ou un territoire de la répartition des influences. Nous sommes un sujet de la géopolitique internationale et nous devons l’assumer. Les Européens ont donc à décider pour eux-mêmes de la maîtrise des armements qui les concerne. La France, en tant que puissance dotée membres permanents du Conseil de sécurité et qui assume d’être une puissance dotée et qui a investi dans la composante nucléaire, entend bien porter, justement, ses valeurs, sa place dans ce dialogue.

Troisième axe des prochains jours, c’est cette nouvelle relation avec l’Afrique et le New Deal avec l’Afrique. Je serai très rapide sur ce point, mais il m’importe parce qu’il est aussi le fil rouge de ce que nous faisons depuis le début du discours de Ouagadougou du G7 présidé par la France, où nous avons, pour la première fois associé, les Etats africains à la construction de notre propre agenda. Ils étaient partie prenante de ce G7 jusqu’à ACT-A que nous avons bâti avec les Africains et aux initiatives pour le vaccin que nous construisons ensemble. J’arriverai à ce G7 avec la même conviction. Là aussi, les Africains ont à être partie prenante des ambitions que la communauté internationale a à leur égard. Et c’est essentiel. C’est pour ça que pour les vaccins, je considère que nous devons prendre les objectifs de l’Union africaine et de l’Afrique et nous devons avancer sur cet agenda avec eux. Le cœur, au-delà de ce que j’ai déjà dit en matière de santé, de ce que nous voulons porter pour l’Afrique est en matière de financement des économies africaines et de faire le suivi du sommet de Paris. Pourquoi ? Parce que si l’Afrique a vécu un choc sanitaire comme nous tous, elle a vécu un choc économique d’une ampleur inédite. Les fermetures d’économies, la fermeture du commerce international, les restrictions ont un impact sur le continent africain sans égal par rapport aux nôtres, et les économies africaines n’ont évidemment pas nos capacités budgétaires. Mais elles n’ont pas non plus nos instruments monétaires. Tous les grands espaces économiques du monde ont joué avec une politique monétaire extrêmement accommodante durant cette période. La Chine avec son propre système, les Etats-Unis avec la Fed et la zone euro avec la BCE. L’Afrique n’a pas eu ces mécanismes et donc les besoins de financement créés par la crise Covid sont au bas mot de 290 milliards de dollars entre aujourd’hui et 2025. Et je dis bien au bas mot. Ce n’est pas qu’un esprit de solidarité, c’est un devoir aussi d’efficacité, comme pour le vaccin. L’Afrique est le continent le plus jeune du monde. 70 % de sa population a moins de 25 ans. C’est un continent qui, chaque année, accroît sa part dans la population internationale. Il représentera d’ici 2050, au bas mot, un quart de celle-ci, de cette population sur toute sa jeunesse. Si nous laissons l’Afrique face à ses besoins de financement, nous prendrions la même responsabilité que nos alliés ont prise au sortir de la Deuxième Guerre mondiale en laissant l’Europe face à ses dettes. C’est un élément de lucidité de la communauté internationale, et en particulier des Européens, dans le moment où nous parlons d’aider l’Afrique, de l’aider pour elle-même et de l’aider pour nous-mêmes, parce que nous devons changer cette relation, ne plus avoir une relation de défiance, de sécurité, de migration subie, mais permettre aux économies africaines de bâtir l’avenir de leur jeunesse en leur redonnant les leviers pour se faire.

À très court terme, ceci passe par un investissement massif dans les économies du continent africain. Nous avons plaidé depuis novembre de l’année dernière, lors du Forum mondial de Paris pour la paix, pour une émission exceptionnelle de droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international. Qu’est-ce que c’est ? C’est une augmentation de capital du Fonds monétaire international qui, en quelque sorte, vaut création monétaire pour les économies qui en sont actionnaires. L’administration américaine nouvelle a soutenu ce projet. Nous sommes, nous avons donc bâti un accord pour avoir 650 milliards de droits de tirage spéciaux. Résultat historique. Si les clés de répartition du FMI sont mécaniquement appliquées, ceux-ci ne représentent que 33 milliards pour l’Afrique, dont 24 milliards pour l’Afrique subsaharienne, c’est-à-dire un dixième du besoin. Pour ce faire, il nous faut, nous, pays les plus riches, réallouer nos droits de tirage spéciaux pour les leur reverser. C’est là que se joue la solidarité. La France s’est engagée lors du sommet de Paris à le faire pour qu’il y ait au moins 100 milliards qui aillent vers les Africains. La vérité, c’est qu’il nous faudrait viser 150. Nous ferons le maximum pour avoir ce consensus. Cela suppose que nous ayons l’accord évidemment des Etats-Unis d’Amérique et la décision du Congrès et du reste de nos partenaires européens. Le rendez-vous du G7 doit permettre d’obtenir cet accord historique avec comme objectif d’avoir au moins 100 milliards de droits de tirage spéciaux qui vont vers l’Afrique. C’est un début essentiel. Ce mécanisme devrait être complété par un accord pour vendre aussi une partie de nos réserves d’or et financer ses investissements. Pourquoi ? Parce que les réserves d’or du FMI ont augmenté en valeur au bénéfice de la crise. Parce que l’or a été une valeur refuge. Utilisons ce surprofit pour justement le donner aux pays les plus pauvres, en particulier africains, qui en ont aujourd’hui besoin. Pas dans 20 ou 30 ans, aujourd’hui.

Troisième point nous devons aussi œuvrer pour permettre aux banques régionales africaines d’utiliser ces droits de tirage spéciaux, ce qui leur permettra d’avoir un effet de levier et d’être des vrais partenaires de leur développement. Nous défendons le fait que l’Union africaine, la Banque africaine de développement, les autres banques régionales puissent bénéficier de ces droits de tirage spéciaux et les utiliser pour faire davantage de dons et prêts à leurs économies. Enfin, nous portons de compléter cette initiative par deux éléments. Le premier, un investissement massif du secteur privé. C’est pour cela que nous avons lancé l’Alliance justement pour l’entrepreneuriat et l’investissement privé, en lien avec la SFI, filiale du Groupe Banque mondiale, et d’autre part, par la reconstruction du cadre budgétaire et financier international du FMI et de la Banque mondiale. Les règles aujourd’hui de déficit, de suivi du déficit et de réformes du FMI doivent être retravaillées en partenariat avec les États récipiendaires. Là aussi, par respect et par cohérence, toutes les économies du monde ont revu leurs dogmes budgétaires, nous-mêmes Européens, avons levé les contraintes que nous nous étions imposées à nous-mêmes il y a près de 30 ans. Pourquoi continuer à imposer le même cadre aux économies africaines alors que leur défi est encore plus grand que le nôtre compte tenu de leur réalité démographique ? Il faut repenser ce cadre et accepter, en tant qu’économie du G7, de porter cette action. Enfin, et je m’arrêterai sur ce point, la gestion des crises, je ne les couvrirai pas toutes et je répondrai à vos questions pour toutes celles que je n’aurai pas évoquées. Mais nous parlons de gestion des crises. Je veux là aussi poursuivre et conclure sur l’Afrique. La gestion des crises, pour ce qui nous concerne depuis 4 ans, a consisté à suivre quelques fils rouges.

D’abord, nous engager partout où il fallait lutter contre le terrorisme international, et en particulier le terrorisme islamiste. Parce que nous avons été touchés sur notre sol et parce qu’ils déstabilisent des régions voisines et amies. Le Proche et Moyen-Orient, depuis trop d’années, avec la question, évidemment, de notre implication dans le cadre de la coalition en zone irako- syrienne, mais aussi avec le dossier iranien et d’autre part l’Afrique, puisque l’épicentre aujourd’hui du terrorisme international s’est déplacé en Afrique durant les deux dernières années.

Deuxième principe qui nous a toujours guidé, c’est de défendre nos valeurs. Et là aussi, partout d’intervenir devrait pour que les valeurs que nous défendons dans le cadre international soient promues, défendues, respectées.

Le troisième principe, c’est de respecter la souveraineté des Etats. C’est une grammaire à laquelle, je crois, vous m’avez aussi souvent entendu dire et je ne pense pas qu’on puisse se substituer à un peuple souverain pour construire son bien à la place de lui-même. On peut influencer, on peut œuvrer, on peut durcir avec les Gouvernements. Je ne crois pas à une politique qui consiste à se substituer à lui. C’est d’ailleurs ainsi que nous avons constamment œuvré au Proche et Moyen-Orient comme en Afrique. En la matière, comme vous le savez, la France s’est engagée depuis maintenant un peu plus de 8 ans au Sahel après l’intervention salutaire décidée par le Président François Hollande au Mali, qui a permis de sauver Bamako et de stopper la déstabilisation de l’Etat malien à la demande de celui-ci et de la Cédéao, nous nous sommes ensuite installés à la demande des Etats souverains de la région et de la Cédéao, dans une opération dite Barkhane de longue durée qui a structuré la protection de ces Etats contre le terrorisme justement islamiste dans toute la région, la menace contre leur souveraineté étatique.

Beaucoup de nos soldats sont tombés. Et en vous disant ça, j’ai une pensée profonde pour eux, pour leur famille, parce que nous leur devons la cohérence, la poursuite de la mission jusqu’au bout et la clarté à l’égard de nos missions. J’ai eu l’occasion de repréciser le cadre de notre intervention lors du sommet de Pau au début de l’année 2020, de faire le suivi de celui-ci au début de cette année à N’Djaména. Et nous arrivons aujourd’hui à un moment qui impose de mettre en œuvre ce que j’avais commencé à définir à Pau, ce que nous avions conçu en fin d’année dernière et que je n’avais partagé avec nos partenaires parce que le temps est venu. La poursuite de notre engagement au Sahel ne se fera pas à cadre constant. Nous allons, avec nos partenaires engagés à nos côtés, mais aussi avec les pays de la région, parce que j’ai toujours eu ce souci de les associer et de travailler avec eux, tirer les enseignements de ce qui a fonctionné, notamment les évolutions que nous avions impulsées justement à Pau, puis à N’Djamena. Mais tirer aussi les enseignements de ce qui n’a pas fonctionné. La présence durable dans le cadre d’opérations extérieures de la France ne peut pas se substituer au retour de l’Etat et des services de l’Etat, à la stabilité politique et au choix des Etats souverains. Nous ne pouvons pas sécuriser des zones qui retombent dans l’anomie parce que des États décident de ne pas prendre leurs responsabilités. C’est impossible, ou alors c’est un travail sans fin.

C’est pourquoi, à l’issue de consultations que nous conduirons avec nos partenaires, en particulier nos partenaires américains qui jouent un rôle essentiel depuis le début et je veux ici les en remercier, et nos partenaires européens, qui sont aussi à nos côtés, en particulier dans le cadre de l’EUTM, nous amorcerons une transformation profonde de notre présence militaire au Sahel, dont les modalités et le calendrier seront précisés dans les semaines à venir et je le ferai d’ici à la fin du mois de juin, mais je vais initier ce travail dès les jours prochains. Cette transformation se traduira par un changement de modèle. Il impliquera le passage à un nouveau cadre c’est-à-dire la fin de l’opération Barkhane en tant qu’opération extérieure pour permettre une opération d’appui, de soutien et de coopération aux armées des pays de la région qui le souhaitent et de la mise en œuvre d’une opération militaire et d’une alliance internationale associant les Etats de la région et tous nos partenaires strictement concentrés sur la lutte contre le terrorisme. Ce nouveau cadre préservera nos engagements auprès de nos partenaires engagés à nos côtés dans la force Takuba et dans l’opération EUTM qui devront poursuivre leur montée en puissance. EUTM sera un des éléments de la formation de toutes les armées partenaires et Takuba sera le pilier de cette force de lutte contre le terrorisme. Les armées françaises en seront évidemment la colonne vertébrale, mais elles seront complétées par les forces spéciales des armées de la région partenaires qui le souhaiteront et le pourront, et évidemment par les forces spéciales de nos partenaires européens. Beaucoup d’entre eux s’étant déjà engagés à nos côtés dans ce cadre. Ces évolutions, nous allons les travailler dans les prochaines semaines et elles seront présentées dans le cadre de la Coalition pour le Sahel que nous avons mise en place lors du sommet de N’Djaména et qui se réunira justement très prochainement et j’aurai à les présenter dans le détail à la fin du mois de juin. Voilà les quelques éléments que je souhaitais partager avec vous avant maintenant de répondre à toutes vos questions.

Journaliste

Sylvie CORBET, Associated Press. Vous avez mentionné à plusieurs reprises le retour de l’administration américaine. Le Président BIDEN a annoncé aujourd’hui le don de 500 millions de doses de vaccins supplémentaires pour les pays les plus pauvres et l’administration américaine appelle aujourd’hui les autres pays du G7 à en faire davantage. Est-ce que vous n’éprouvez pas une certaine frustration à voir que les États-Unis mènent désormais les discussions sur ce sujet et, peut-être, veulent imposer leurs termes alors que la France a été le premier pays à faire un don à Covax ? Et est-ce que la France, elle-même, est prête à annoncer un don supplémentaire pendant ce sommet du G7 ?

Le Président de la République

D’abord, je pense que c’est une très bonne nouvelle parce que rappelez-vous, il y a un an, vous me disiez « est-ce que vous n’êtes pas frustré à proposer des choses qui n’avancent jamais parce que les Américains ne croient plus à votre multilatéralisme ? ». Donc, je vous dis juste : la période récompense la ténacité. Ensuite, je suis lucide sur la taille des économies que nous représentons les uns les autres. Je pense qu’il faut au contraire qu’il y ait une émulation en termes d’ambition. C’est une très bonne chose. Et moi, je me réjouis de cette annonce américaine qui est tout à fait positive. Je pense maintenant qu’il faut qu’on soit tous très précis en termes d’agenda. Si c’est 500 millions de doses d’ici la fin de l’année 2021, c’est une formidable nouvelle et je pense que l’Union européenne doit matcher cette annonce et nous nous organiserons. Si c’est 500 millions de doses d’ici mi-2022, ça n’est déjà pas la même nature et je pense qu’il faut au moins qu’on fasse pareil. Donc, il faut préciser les calendriers. Vous savez, j’ai été en Afrique il y a 15 jours. Le Premier ministre était en Tunisie avec une partie du Gouvernement il y a quelques jours. Ils ne croient plus à nos engagements en chiffres, en milliards ou autres. Ils croient en les doses qui arrivent sur le terrain. Et donc moi, je porterai modestement cette voix.

Combien et quand ? Et donc, je pense que l’Union européenne doit au moins, justement, être au même niveau d’ambition que ce que les Etats-Unis viennent de dire mais il faut que vis-à-vis de nos partenaires, on clarifie le calendrier très précisément et qu’on dise quand on livre des doses et je dirais que c’est presque plus important de dire combien on en livre le mois prochain que de promettre monts et merveilles dans 18 mois ou dans un an. Il ne faut vraiment pas qu’on perde de vue ce point. Donc, c’est une très, très bonne nouvelle. Il faut avancer et je pense que si les Américains portent la levée des restrictions sur les exports qu’ils avaient imposés, c’est une nouvelle qui est au moins aussi importante parce qu’elle va permettre à l’Inde de produire des milliards de doses là aussi pour l’année prochaine et donc, c’est un ensemble. Mais je me félicite de cette annonce.

Journaliste

Michaela WIEGEL, Frankfurter Allgemeine Zeitung. Bonjour Monsieur le Président, vous avez pointé déjà l’importance de la relation franco-allemande. Ce sera le dernier G7, comme le dernier sommet de l’OTAN pour Madame MERKEL. Est-ce que vous craignez que son départ crée une sorte de déséquilibre et notamment en vue du changement d’opération au Mali que vous annoncez ? Est-ce que vous risquez, avec la nouvelle Allemagne, de ne plus avoir à un partenaire si présent au Sahel ?

Le Président de la République

Ecoutez, d’abord, j’aurai une certaine émotion à vivre ce dernier sommet du G7 et de l’OTAN avec Angela MERKEL avec qui nous avons d’abord bâti une amitié personnelle et ensuite bâti une relation de travail, d’efficacité, de confiance, et nous avons su chacun, je dirais, sortir des habitudes et je pense que le fameux couple franco-allemand, germano-français a avancé parce que nous n’avons pas été, nous n’avons jamais été des caricatures de nous-mêmes. J’ai confiance d’abord dans la solidité et la force de la politique allemande des dernières années et le caractère, je dirais, tendanciel et inéluctable de ce qui a été commencé. Ensuite, je pense que le choix profond du peuple allemand, quelles que soient les sensibilités qui arrivent aux responsabilités, permettra de continuer à avancer sur notre ambition européenne, sur notre ambition en matière de défense, sur notre ambition internationale. Et, en vous annonçant ici des transformations qui seront à l’œuvre au Sahel, j’ai pris le soin de dire que nous tiendrons tous les engagements pris à l’égard de nos partenaires européens et donc je pense que ce changement n’est pas de nature pour nos partenaires à reconsidérer l’engagement qui est le leur dans le cadre de la MINUSMA, dans le cadre d’EUTM ou dans le cadre de Takuba. C’est très important. Je crois à la force de la continuité d’une ambition renouvelée. Il y aura une équipe qui saura garder le meilleur et qui nous poussera collectivement à faire encore mieux. C’est plutôt comme ça que je vois les choses.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président. Isabelle LASSERRE du Figaro. En novembre 2019, juste avant le précédent sommet de l’OTAN, vous aviez évoqué la mort cérébrale de l’Alliance. J’ai bien noté que vous avez parlé du rapport des Sages et de tout le travail qui s’était mis en marche. Mais aujourd’hui, je vous pose la question à nouveau. Est-ce qu’aujourd’hui précisément aujourd’hui, l’OTAN est toujours en état de mort cérébrale ?

Le Président de la République

Je pense que l’OTAN aujourd’hui est dans une situation qui nécessite une très grande clarification stratégique ; oui. Je pense que la nouvelle administration américaine nous permettra d’avoir un sommet qui sera aussi celui d’une forme d’apaisement sur beaucoup de sujets. Il n’en demeure pas moins que nous avons besoin de clarifier stratégiquement, à plusieurs égards, où va l’organisation transatlantique. Premièrement, quelle relation voulons-nous avec la Russie ? Je me félicite qu’un sommet se prépare entre les deux Présidents. Vous savez qu’à titre personnel, j’ai toujours prôné le dialogue. Je m’étonne parfois que ceux qui trouvent que la France a tort de dialoguer disent que les Etats-Unis ont raison de dialoguer, mais il y a parfois des choses qui m’échappent dans la vie. En tout cas, je pense que l’organisation a besoin de construire un cadre apaisé avec la Russie, exigeant, intraitable lorsqu’il y a des incursions, des cyberattaques, des intimidations, mais qui permettent aussi de prendre en compte ce qu’est la géographie de l’Europe. L’Organisation a besoin de clarifier un cadre en termes de contrôle des armements. Nous ne l’avons pas aujourd’hui. On a besoin de dire qui est notre ennemi et où. Et à cet égard, nous aurons un éléphant dans la pièce. La situation afghane et la décision qui met un terme à 20 ans d’engagement et qui, quoi qu’on en dise, a été un changement rapide qui a déstabilisé certains alliés. Je le dis d’autant plus humblement que, comme vous le savez, la France n’était pas, de loin, le pays le plus engagé. Mais je pense que nous avons besoin de nous répartir les rôles : quelles sont nos valeurs, comment gérer notre voisinage et donc quelle politique à l’égard de la Russie, quelle politique à l’égard du Proche et Moyen-Orient, quelle politique à l’égard du continent africain pour lutter contre le terrorisme ? Deuxième grande question stratégique, ce sera : quid de la Chine ? Pour ma part, la Chine ne fait pas partie de la géographie atlantique, ou alors ma carte a un problème. Et donc je considère que ce n’est pas le cœur du sujet. Mais vous voyez bien qu’on a sur beaucoup de sujets une espèce de vague stratégique. On ne sait plus. L’OTAN a été construit pour faire face au Pacte de Varsovie, en tout cas elle s’est structurée idéologiquement dans ce face-à-face. Je pense qu’il faut très clairement requalifier notre cadre d’intervention, requalifier les éléments de solidarité. Moi, je respecte totalement que les Etats-Unis d’Amérique décident de ne plus être autant engagés qu’ils ne l’étaient pendant les décennies précédentes au Proche et Moyen-Orient. Mais on a besoin de ce débat clair et, dans ces cas-là, de dire c’est l’Europe qui s’y engage bien davantage. Sur quelle ligne et comment ? Je pense que simplement il faut avoir ce dialogue de vérité. Et puis je pense que nous avons besoin de poser un cadre clair de nos relations entre alliés, les contraintes en termes de désengagement, et surtout le respect des alliés en termes d’équipement mais aussi en termes d’intervention. C’est aussi pour ça que j’aurai une rencontre avec le président ERDOGAN juste avant le sommet de l’OTAN parce que je considère que cette clarification se fait tout particulièrement avec la Turquie. Elle doit se faire dans le respect et l’exigence mais quand on est membre de la même organisation on ne peut pas décider de prendre des équipements qui ne permettent pas l’interopérabilité, on ne peut pas décider de mener des opérations unilatérales qui sont contraires aux intérêts des coalitions qu’on a bâties. Donc voyez, il y a des incohérences qu’on n’a pas réglées, il y a parfois des précipitations que nous n’avons pas coordonnées. Il y a surtout une réorganisation stratégique de – où sont nos menaces, comment gérer notre voisinage qu’il nous faut clarifier -. Pour moi, il faut en discuter lors de ce sommet, mais il sera très rapide. Mais il faut surtout bâtir les prochains mois de travail, la boussole stratégique sous présidence française de l’Union européenne et le nouveau concept de l’Alliance qui viendra dans la foulée.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président, Hussein KNEIBER de la chaîne Al-Arabiya. Vous avez évoqué rapidement le dossier iranien. Est-ce que ce dossier iranien sera évoqué, sera abordé au G7 ? Quel regard portez-vous sur le rôle de l’Iran au Proche Orient, en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban ? Le Liban qui attend toujours, il attend toujours votre visite. Merci.

Le Président de la République

Il y a des dissensus parmi vous sur le sujet… Je distingue toujours le peuple des régimes. Je le dis ici parce qu’on a beaucoup parlé de l’Iran ces dernières années. Le peuple iranien porte une culture propre et je dirais une richesse dans la région qui sont des véritables trésors et il ne faut pas l’oublier. Simplement, le régime iranien aujourd’hui est une menace pour les équilibres de la région. Il est une menace en raison du programme nucléaire. Et là-dessus, je tiens la même position que depuis 2017 c’est-à-dire que nous avons besoin de retrouver un cadre multilatéral qui permet seul le contrôle, on l’a perdu. Et nous avons besoin de renforcer justement ces contrôles et l’exigence pour que l’Iran ne puisse pas se doter de l’arme nucléaire. Mais la menace iranienne ne se réduit pas à cela. C’est aussi une menace en tant que puissance régionale par ses capacités balistiques pour tous les États de la région. Et donc nous devons, dans le cadre d’un dialogue exigeant qui est à rebâtir, prendre en compte ses capacités balistiques et les contraindre. Et le troisième point, c’est que l’Iran est un facteur de déstabilisation par justement ses alliés, ses proxies ou ses organisations infra-étatiques, c’est-à-dire les milices qu’elle finance en Irak comme en Syrie, par le Hezbollah qu’elle finance et qui a toujours cette alliance biface qui est tout à la fois parti politique présent à la Chambre et, ce faisant, interlocuteur politique reconnu dans la vie politique libanaise ; et dans le même temps avec la main gauche, si je puis dire, du mouvement terroriste qui déstabilise profondément le pays. Et donc il faut une clarification de ce sujet qui ne peut passer que par ce double mécanisme de la contrainte et du dialogue. Et je continue à poursuivre cette ligne. Je ne crois pas à la violence absolue qui seule conduit à la guerre et au changement de régime, parce que je pense que personne n’est capable de conduire une telle offensive. Je pense simplement qu’il faut apporter de la contrainte, très forte, sur le régime et les dirigeants, beaucoup plus que sur le peuple, et qu’il faut y adjoindre une capacité de négociation incluant tous ces dossiers. Quant au Liban, je pense que, plus qu’une visite, les Libanais attendent un gouvernement, des réformes et de la responsabilité. Nous, nous continuons à avancer sur l’aide aux ONG et aux populations parce que c’est ce que nous devons au peuple libanais qui est un peuple frère. Et c’est ce que nous faisons depuis le premier jour et nous continuerons à l’accroître et à mobiliser. Mais je continue pour ma part à défendre la feuille de route que nous avons présentée en septembre dernier et à mettre la pression maximale pour qu’un gouvernement se forme avec des personnalités qui pourront porter ces réformes. Nous restons investis mais je ne peux pas me substituer à celles et ceux qui tiennent le système avec toutes ces malfaçons et ces déséquilibres. J’espère que l’esprit de responsabilité qui fait défaut depuis plusieurs mois aura un sursaut. Le peuple le mérite. Au-delà de ça, nous travaillons aussi techniquement avec plusieurs partenaires de la communauté internationale pour que, à un moment donné, les systèmes de financement, si le gouvernement continuait, ou plutôt l’absence de gouvernement liés aux partis politiques continuait dans l’irresponsabilité, qu’on puisse réussir à préserver un système sous contrainte internationale qui permettrait à ce moment-là le financement des activités essentielles et en soutien au peuple libanais.

Journaliste

Monsieur le Président, bonjour, Francis BROCHET pour les quotidiens régionaux du groupe Ebra. Le président BIDEN a l’ambition d’organiser un sommet mondial des démocraties. Est- ce que ça vous paraît une bonne idée ? Est-ce que vous soutenez l’initiative ?

Le Président de la République

Je soutiens par principe l’initiative parce que je pense que c’est toujours bon quand il y a des initiatives, par principe, en ayant parfois eu moi-même, je trouvais que c’était toujours plus agréable d’avoir des gens qui vous disent qu’ils sont prêts à être des partenaires. Donc la France est un partenaire des Etats-Unis d’Amérique. Je pense que c’est un concept qui mérite d’être clarifié et auquel il faut maintenant donner un contenu. Et je pense que d’ailleurs nos discussions dans le cadre du G7 et de l’OTAN le permettront. Et je pense que sur le sujet des démocraties, il faut veiller à deux choses. D’abord, il ne faudrait pas donner le sentiment que c’est un club trop fermé parce qu’il y a un universalisme des valeurs démocratiques qui est un vrai universalisme. Et donc je pense qu’il ne faut pas, en défensive, donner le sentiment à d’autres pays qu’ils pourraient s’affranchir en quelque sorte de ces valeurs-là parce qu’ils ne sont pas dans le club. Et c’est d’ailleurs ce que nous avons porté, c’est ce qui est au cœur de la charte et du mandat des Nations Unies. La deuxième chose, c’est que je pense qu’il faut lui donner un contenu actif. Nos démocraties sont elles-mêmes très fragilisées. Notre Union européenne vit des reculs démocratiques quand on regarde dans certains pays la situation de la liberté académique, de la presse, des juges. Et donc nous devons être très cohérent et très exigeant d’abord avec nous-mêmes. Et je pense qu’une bataille essentielle, c’est celle justement de la restauration de nos libertés et des devoirs qui l’accompagnent sur les réseaux sociaux et dans l’espace numérique. Je pense que ça, c’est essentiel. Quand on a vu combien les réseaux sociaux et les plateformes, par leurs usages, pouvaient faire vaciller une démocratie qu’on pensait robuste à tout en début d’année, au Capitole ; quand on voit ce que les réseaux sociaux peuvent conduire à faire pour le terrorisme, la haine en ligne, le retour de l’antisémitisme avec cette forme de violence, le retour de toutes les formes d’exclusion, l’homophobie, la transphobie, tout ce qu’il y a en ligne, pour moi, c’est l’une des batailles les plus essentielles. Donc c’est en tout cas, si on avance sur ce sujet, je l’espère, l’un des points clés de ce sommet.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président, Kim WILLSHER, Guardian. Nous savons que les Britanniques veulent réouvrir les négociations sur le protocole de l’Irlande du Nord et il y a d’autres sujets de tensions entre le Royaume-Uni et la France. Est-ce que vous aurez une réunion bilatérale avec Boris JOHNSON ? Et si oui, qu’est-ce que vous allez lui dire ?

Le Président de la République

Nous aurons évidemment une réunion bilatérale. Elle est d’ores et déjà prévue de la même manière que j’ai eu l’opportunité d’échanger avec lui il y a quelques jours. Nous parlerons surtout de l’agenda du G7 et de tous les sujets que nous évoquons ensemble aujourd’hui. Je pense que ça n’est pas sérieux de vouloir revoir au mois de juillet ce qu’on a finalisé après des années de débats et de travail au mois de décembre. Je pense que ce n’est pas sérieux entre nous, ce n’est pas sérieux vis-à-vis de nos peuples. Ce n’est pas un sujet entre le Royaume-Uni et la France, c’est un sujet entre les Européens et le Royaume-Uni. Nous avons un protocole d’accord et de séparation, si je puis dire, dans le cadre duquel il y a ce protocole Nord-Irlandais et nous avons un traité de commerce. Il a été péniblement discuté pendant des années, et discuté à l’initiative

– je le rappelle – des Britanniques, pas des Européens, qui ont décidé de sortir. Si 6 mois après, on dit « ce qu’on a négocié, on ne sait pas la respecter », alors ça veut dire que plus rien n’est respectable. Je crois dans la force des traités. Je crois dans l’esprit de sérieux. Rien n’est renégociable. Tout est applicable.

Journaliste

Bonsoir, Jérôme RIVET de l’AFP. Est-ce que votre décision sur Barkhane est directement liée à la crise politique au Mali ? Est-ce que ça veut dire que vous n’avez pas été convaincu par l’engagement du Président par intérim GOÏTA de redonner le pouvoir aux civils l’an prochain ? Est-ce que cette décision est aussi liée à l’impopularité grandissante de l’intervention en Afrique, en France ?

Le Président de la République

Alors non, je ne fonde pas – d’abord sur le deuxième élément de votre question – je ne fonde pas les choix stratégiques ou militaires sur les sondages. Quels que soient ces sondages, ce n’est pas ça qui guide mon choix, même si je pense que c’est toujours important de convaincre à la fois nos concitoyens de ce que nous conduisons à l’international, et les opinions publiques aussi des États où nous sommes, du bien fondé de nos opérations. Mais force est de constater qu’il y a aussi un phénomène d’usure et qu’il y a un sentiment généralisé qu’on perd le fil de ce pourquoi nous sommes-là.

Moi, je le redis avec force, à nos concitoyens, comme à toutes les opinions publiques africaines : la France n’est en Afrique qu’à la demande des Africains. La France n’est là que parce que des États souverains lui ont demandé d’être là pour ne pas s’effondrer eux-mêmes, et elle n’est là que pour lutter contre le terrorisme. Mais la forme de notre présence, celle d’opérations extérieures engageant plus de 5 000 hommes maintenant depuis plusieurs années, n’est plus adaptée à la réalité des combats. C’est ce que j’avais dit à Pau, commençant à avoir une inflexion. C’est ce que j’ai redit avec force à N’Djaména, où j’avais demandé, comme vous vous en souvenez peut-être, un sursaut et un accroissement d’efforts du retour de l’Etat dans ces régions. Je suis obligé de constater que dans plusieurs Etats de la région, il n’y a pas eu un réengagement des décideurs pour faire revenir l’Etat et l’administration dans les zones qu’on libère du terrorisme militairement. En responsabilité, ça n’est pas le rôle de la France de se substituer à perpétuité aux Etats. Le terrorisme restera à l’état endémique dans la région s’il n’y a pas un retour des services publics, des projets et des opportunités pour les populations. Donc, très clairement, nous prenons nos responsabilités et transformons notre opération pour être cohérent et en soutien. Ce n’est pas lié aux évolutions récentes au Tchad comme au Mali. C’est un mouvement profond et une conviction ; c’est aussi la clarté et la cohérence du discours que j’ai à l’égard de l’Afrique. Nous sommes là en soutien des Etats, pas en substitutions, au service des populations, pas dans l’incompréhension avec elles.

Ensuite, pour ce qui est du cas du Mali. Je pense que la décision que la CEDEAO a prise de reconnaître un putschiste militaire 6 mois après lui avoir refusé ce droit, crée une mauvaise jurisprudence pour les Africains eux-mêmes. Je vous le dis en toute franchise, avec beaucoup d’amitié pour mes collègues africains. D’abord pour la CEDEAO elle-même, et ensuite par le précédent que cela crée chez beaucoup de voisins. Je pense que c’est une erreur. C’est leur décision, je la respecte. Pour ce qui nous concerne, je l’ai toujours dit, nous, nous demandons aux nouvelles autorités maliennes qu’elles respectent d’abord les échéances, et que ensuite, elles tiennent leurs engagements et des clarifications très claires, c’est-à-dire la place de tous les mouvements politiques et partis politiques, un cadre politique inclusif, le respect des populations civiles, la mise en œuvre des accords d’Alger, la clarté dans la discussion avec les groupes terroristes et djihadistes qui sont présents dans la région, et donc pas de dialogue et de compromission, et évidemment le respect des échéances qui ont été validées dès le début par la CEDEAO et le passage à des élections. De premières clarifications ont été apportées par les nouvelles autorités maliennes. Elles ont été confirmées dans le cadre de la médiation menée par les pays de la région et que la France soutient – je parle de la médiation. Donc les choses vont dans le bon sens. Néanmoins, comme vous l’avez vu, nous avons décidé de suspendre les opérations que nous menons en partenariat avec les armées maliennes, et je dis cela avec un immense respect pour les armées maliennes. Nos armées sont des armées sœurs de leurs armées. Mais il y a un cadre politique pour intervenir et donc nous ne reprendrons les opérations communes qu’une fois que l’ensemble des engagements que je viens d’évoquer seront de manière effective mis en œuvre par les nouvelles autorités maliennes. Je souhaite, compte tenu de la menace que le terrorisme représente dans la région, qu’il se conforme à leurs engagements le plus vite possible. Mais c’est notre responsabilité. On ne peut pas souffrir l’ambiguïté. On ne peut pas mener des opérations conjointes avec des pouvoirs qui décident de discuter avec des

groupes qui, à côté de ça, tirent sur nos enfants. C’est ce qu’il faut que vous vous représentiez. Je ne sais pas expliquer aux parents d’un soldat français que je renvoie ses frères d’armes alors qu’il est tombé sur le champ d’honneur aux côtés d’armées qui décident de négocier avec leurs assaillants. Cette ambiguïté, elle existe sur le terrain. Tant qu’elle n’est pas complètement levée, je ne peux pas reprendre les opérations communes et je ne le ferai pas. Mais je distingue bien la transformation de Barkhane, qui relève d’un mouvement plus profond, avec la suspension de nos opérations conjointes avec les autorités maliennes qui, elles, relèvent d’un contexte spécifique et de clarification que nous demandons à ces dernières. Si elles sont apportées – je l’espère au plus vite – à ce moment-là, nous serons en mesure de reprendre les coopérations avec les transformations progressives que j’ai évoquées.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président, Guillaume DARET, France Télévisions. Vous avez dit que vous annoncerez les modalités de ces nouvelles opérations d’ici quelques semaines. Est-ce que vous pouvez néanmoins nous donner des indications ? Quelle réduction d’effectifs et à quoi sera donnée la priorité de ceux qui resteront sur place ? Est-ce que ce sera des forces spéciales ou davantage des formateurs pour les armées des pays partenaires ?

Le Président de la République

Sur les chiffres, je serai prudent parce que nous ferons un retrait de certaines emprises qui sont celles d’opérations extérieures. Nous devons le faire de manière organisée en sécurisant nos forces armées. Et donc le chef d’état-major des armées, le général LECOINTRE, depuis d’ailleurs plus d’un an, travaille en toute confidentialité avec l’ensemble des états-majors, a proposé des différents scénarios. J’ai pu, ces derniers jours, valider un scénario de référence. Nous allons continuer à l’affiner. Cela passe par un dialogue avec nos partenaires africains, nos partenaires européens et internationaux, d’évidence. Et ensuite, nous ferons évidemment des opérations à un rythme qui sécurise pleinement nos soldats à chaque étape. L’état final recherché, c’est évidemment de réduire nos emprises multiples ; de réduire la logique opérations extérieures, de garder deux piliers : un pilier lutte contre le terrorisme avec des forces spéciales structurées autour de Takuba, avec évidemment là-dessus, une forte composante française, avec encore plusieurs centaines de soldats et des forces africaines, européennes, internationales à nos côtés, mais qui aura vocation à faire des interventions strictement lutte contre le terrorisme et avec beaucoup moins d’emprise. Y adjoindre évidemment des capacités de renseignement qui permettent ces projections et la sécurisation de ces dernières. Et puis il y aura un deuxième pilier qui est un pilier coopération avec les armées partenaires où là, évidemment, nous avons déjà des structures existantes dans le cadre de Barkhane, dans le cadre de UTM d’autre part, mais que nous allons compléter. Je souhaite que nous ayons aussi un dialogue avec non seulement les membres du G5 Sahel, mais les autres armées de la région, en particulier du golfe de Guinée, pour renforcer notre coopération dans ce cadre, et avoir vraiment un cadre de coopération renforcée. Et puis, je n’oublie pas la Minusma qui, en termes de sécurisation de la région et de présence sur le terrain, joue un rôle très important avec le mandat qui est le sien et qui est extrêmement importante, en particulier dans la zone malienne.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président, j’ai des questions sur la Chine : cette année, au G7, des pays Indo-Pacifique sont invités, comme l’Inde et l’Australie, est-ce que vis-à-vis de la Chine, la France va s’aligner sur la position des Etats-Unis en matière de sécurité ? Et concrètement, est- ce que la France va participer au cadre qui s’appelle Quad, le cadre des 4 pays pour dialoguer.

Et dernièrement sur le plan économique, quelle est votre position sur la nouvelle route de la soie de la Chine ? Merci.

Le Président de la République

Sur l’Indo-Pacifique, j’ai eu l’occasion de présenter dès le printemps 2018 notre stratégie, avec nos partenaires de référence : l’Inde, l’Australie, plusieurs autres partenaires de la région avec lesquels nous sommes en train d’avancer, évidemment le Japon.

Le cœur de notre stratégie Indo-Pacifique, c’est d’abord celle d’un pays qui est membre de cette région. Je le dis parce que la France est une puissance Indo-Pacifique. Nous avons plus d’un million de nos compatriotes qui vivent dans cet espace. Nous avons des forces armées qui sont présentes dans cet espace : en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie, à La Réunion et Mayotte, et évidemment une présence maritime avec de nombreuses opérations conjointes qui, historiquement, se sont toujours déployées et se sont multipliées ces dernières années.

Notre approche en termes de stratégie Indo-Pacifique n’est en aucun cas un alignement sur qui que ce soit et la ligne que je plaide pour la France, je l’espère, pour l’Europe, et tous nos alliés, n’est ni d’être vassalisée par la Chine, ni d’être alignée sur ce sujet avec les Etats-Unis d’Amérique. Mais de défendre avec nos partenaires régionaux cette ligne de respect et d’équilibre, et pour reprendre la formule de mon ami l’ancien, l’ancien Premier ministre australien – d’ailleurs dans un esprit de continuité, le premier ministre Scott MORRISSON, qui sera ici même dans quelques semaines, défend aussi cette ligne – celle de la liberté de la souveraineté. Ce que nous voulons assurer dans la région, c’est qu’en quelque sorte, l’Indo- Pacifique ne soit pas écrasé dans une confrontation sino-américaine. Et que l’Indo-Pacifique ne soit pas non plus une zone, en quelque sorte satellite de la Chine.

Nous sommes attachés à ce que les grandes puissances amies puissent dans la région, d’abord défendre nos valeurs démocratiques, pluralistes, de respect et d’équilibre, qu’ensuite l’Indo- Pacifique soit une zone de souveraineté technologique et de financement. Ceci suppose des partenariats multiples qui imposent de respecter tous les partenaires. La Chine, qui est un partenaire économique essentiel pour tous les pays de la région, c’est un dialogue que nous avons d’ailleurs souvent avec la première ministre néo-zélandaise aussi qui est associée à la stratégie en la matière, mais les Etats-Unis d’Amérique sont un partenaire commercial, technologique important.

Voilà l’esprit dans lequel nous poursuivons cette stratégie Indo-Pacifique de manière très claire. Je ne veux pas de conflictualité inutile, mais nous voulons poursuivre cette ligne un peu indépendante, cette troisième voie qui, je pense, est la bonne pour les Etats de la région.

Pour ce qui est des nouvelles routes de la soie, je pense que c’est un concept géopolitique fort porté par la Chine. Notre souhait est qu’elle puisse pleinement s’intégrer dans le cadre du multilatéralisme que nous défendons, qu’elle puisse s’intégrer dans les objectifs climatiques que j’évoquais, que cette route de la soie soit verte et qu’elle permette de financer des infrastructures d’énergie dans tous les pays de la route de la soie qui correspondent aux objectifs des Accords de Paris, qu’elle s’inclut et s’insère dans les objectifs de l’OCDE et du G20, en particulier dans le cadre de la soutenabilité des dettes des pays récipiendaires, africains et non africains et donc, qu’elle soit en fait une route de partenariat avec les autres puissances d’Asie du Sud-Est, Asie mineure, Proche, Moyen-Orient, Afrique et Europe apaisé et respectueux du cadre international.

Mais pour moi, ce doit être une initiative qui s’inscrit dans le respect du multilatéralisme et de ce cadre international et de l’universalisme de nos valeurs.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président. Loïc SIGNOR pour CNews. Je reviens sur ce que vous avez appelé un « dossier clé » de ce G7, la haine en ligne et comment lutter contre cette haine. Vous en avez parlé avec des termes qui ont parfois fait polémique, « ensauvagement des esprits » vous avez dit, comment aller plus loin quand on voit qu’ici, en France, une jeune fille, Mila, pour ne pas la citer, est harcelée en ligne depuis plus d’un an maintenant et ça continue malgré des condamnations judiciaires ? Et parallèlement, est-ce qu’on place le bon curseur en s’arrêtant aux réseaux sociaux quand on voit que parfois, cette violence et cette haine dépassent, vous l’avez vous-même expérimenté cette semaine, les frontières de la haine en ligne et se retrouvent sur le terrain réellement ?

Le Président de la République

Je ne mettrai pas tous les sujets sur le même plan et je pense qu’il faut garder beaucoup de clarté et d’esprit de distinction en la matière, donc, je vais juste m’attacher à parler de la haine en ligne. Je pense que toutes les sociétés démocratiques sont en train de devenir de plus en plus violentes. Nous le voyons, du Capitole, aux Etats-Unis d’Amérique, à la violence de manifestations devant le Bundestag qu’on pensait absolument inenvisageable, à ce que nous avons nous-mêmes vécu lors de crises sociales importantes, il y a deux ans, encore aujourd’hui au quotidien.

Je pense que c’est évidemment, il y a une réponse immédiate à laquelle nous œuvrons. Elle est sécuritaire, elle est judiciaire. Enfin, nous devons tous prendre deux pas de recul et regarder ce phénomène, il y a quelque chose qui se passe de plus grave et de plus profond, auquel on ne répond pas simplement avec plus de moyens et plus de durcissement. Quelque chose se passe qui fait qu’un processus de civilisation qui était à l’œuvre et qui avait, dans les sociétés démocratiques, réduit la violence revient.

Moi, je crois qu’il y a à la fois une crise des économies de marché et une crise de la démocratie. Une crise des économies de marché parce que l’équilibre qui était le nôtre, qui était qu’au fond, on croyait dans des économies ouvertes, dans le fait qu’on commerçait librement, supposait qu’il y ait une perspective de progrès pour tout le monde. Ceci est rompu depuis plusieurs décennies et donc crée du désespoir social qui justifie, même si c’est injustifiable, toutes les formes de violence.

Et donc nous devons transformer en profondeur le capitalisme et l’économie de marché international pour le rendre plus juste et pour calmer la racine de la colère qui est ce sentiment d’injustice qu’il y a dans toutes nos sociétés. Ça c’est une réalité profonde. On ne peut pas le faire dans un seul pays. C’est pour ça que j’ai toujours défendu cet agenda sur le plan international. La France étant l’un des pays qui corrige le plus, par son système fiscal, ces inégalités, mais elle doit faire beaucoup plus pour prévenir ces inégalités par l’éducation, la formation, la création d’opportunités et la réindustrialisation.

Et pour moi, le premier élément pour répondre à cela, c’est vraiment un cadre international qui corrige les inégalités dans notre économie de marché. Et quand on fait ce qu’on est en train de se dire sur la taxation, quand on a un cadre plus inclusif, quand on crée des nouvelles normes économiques, sociales et environnementales, on œuvre dans cette direction. Quand on bâtit un agenda régional de relocalisation, de réindustrialisation, on corrige une aberration des années 80 et 90 qui a voulu, en quelque sorte, que nos sociétés démocratiques, par le commerce international, ont réussi à sortir de la pauvreté des centaines de millions de femmes et d’hommes de la grande pauvreté à l’autre bout du monde, mais ont plongé dans la précarité beaucoup de leurs concitoyens. On doit donc réindustrialiser nos territoires.

Le deuxième grand levier, c’est la lutte contre la haine en ligne, parce que la crise de nos démocraties est une crise de valeurs, de principes, parce que nous avons abandonné les règles de base de l’ordre public quand il s’agit d’Internet. Mais par un processus subreptice et je dis ça, nous l’avons tous vécu, Internet a été créé pour partager l’intelligence et le savoir académique, historiquement. Ensuite, on a partagé l’information et on a dit « c’est formidable, c’est une expérience unique au monde, on peut partager dans le monde entier, en temps réel, ce que nous vivons ». Simplement cette mondialisation instantanée de l’intelligence et de la communication s’est transformée, et peut-être était-ce prévisible, en mondialisation instantanée des émotions. Et les émotions sont avant tout les passions et donc ce que nous avions patiemment construit à travers les âges pour être un grand pays des Lumières, une société démocratique, se déconstruit à vue d’œil dans ce nouvel espace. On n’y réfléchit plus. On y partage des chocs, des images, des phrases décontextualisées, des passions. Dans les passions, c’est toujours la passion la plus extrême qui triomphe, la passion raisonnable est émolliente. On cherche tous l’amour absolu. Pas l’amour moyen et c’est vrai de toutes les passions.

Et donc, c’est en train de devenir l’espace du pire et la philosophie de cet espace, c’était la liberté non régulée, parce qu’il était mu d’ailleurs par des associations au début, par des acteurs qui ne cherchaient pas le profit, je vous le rappelle. Il a été ensuite développé par des acteurs privés qui ont réussi à faire beaucoup de profits. Et donc, nous sommes à un moment de notre Histoire où nous devons réguler cet espace. On doit le réguler quand il fait des surprofits en le taxant, c’est ce qu’on est en train de faire. Mais on doit réguler dans son cadre avec une idée simple : Nous sommes ici dans cette salle avec des règles que nous avons appris que nos familles nous ont apprises, puis notre école et la vie en société. Celle du respect et d’un ordre public qui est que la liberté que nous avons les uns les autres ne vaut que parce qu’on a des devoirs et que cette liberté a des limites. Aucune de mes libertés comme de vos libertés ne sont absolues. En ligne, cela ne vaut plus. La vie en ligne, c’est d’avoir une cagoule et d’insulter et de menacer pour beaucoup de gens. Et bien quand vous habituez des concitoyens du monde partout à ce que leur quotidien tard le soir, tôt le matin, dans la journée s’ils sont oisifs, à n’exister que par les insultes qu’ils profèrent, l’enthousiasme que cela suscite, les groupes d’admirateurs que cela génère, encagoulés derrière un pseudonyme, chez nous où l’anonymat ne vaut pas protection de votre liberté, nous sommes des Etats de démocratie où vous pouvez avoir une liberté d’expression, alors je crois pouvoir dire que l’utilisation de ces réseaux sociaux est l’exact contraire de ce que ceux qui les ont créés voulaient et elle menace par leur fonctionnement notre vie démocratique. Et donc il ne faut pas s’étonner que des gens lorsqu’ils sont dans la rue se mettent à avoir le même comportement qu’ils ont des heures durant lorsqu’ils sont derrière leur écran ou sur leur téléphone. Nous sommes en train de rebâtir le pire. Je le constate comme vous mais je pense qu’il faut réagir vite et donc rebâtir ce que nous avons su bâtir, ce que j’appelle cet ordre public : des règles, des interdits qui n’entravent pas l’expression de ces libertés, qui permettent de les conjuguer entre elles et des valeurs de respect.

Simplement, comme cet espace est mondial, nous ne pouvons le faire que si nous engageons toutes les puissances de la planète et tous les acteurs de l’Internet. C’est exactement ce que nous avons commencé avec l’appel de Christchurch et ce que nous devons continuer et accélérer. Et je le dis parce que sinon de toute façon il y aura des régulations de cette parole, mais ce ne sont pas les gouvernements démocratiquement élus qui le feront, parce que j’espère que les prochains débats démocratiques permettront d’ailleurs de décider des contraintes et des libertés que l’on met sur ces plateformes et sur ces réseaux sociaux. Aujourd’hui, nous n’avons pas ce débat, nous n’en avons pas le pouvoir. Mais aujourd’hui, des plateformes ont le pouvoir qui peuvent décider de vous éradiquer de vos comptes. Ça n’est pas démocratique non plus. Donc il est urgent que nous recréions un ordre public et un droit international public et privé décidés par des gouvernements démocratiquement élus de ce que sont les droits, les devoirs et les règles sur cet espace parce qu’il en va de notre vie démocratique.

Journaliste

Bonjour. Vous venez de parler de souveraineté européenne militaire. Alors quel rôle peut jouer la force de dissuasion dans ce cadre ? Au plan bilatéral, nous avons, ou nous avions, vous allez y répondre, les accords de Lancaster avec le Royaume-Uni. Que vont-ils devenir ? Et puis au plan européen, quelle est la doctrine d’emploi de la force de dissuasion ? Les intérêts vitaux de la France sont-ils les intérêts vitaux des 26 ?

Le Président de la République

Sur ce sujet, je ne réduirai pas la souveraineté militaire à la composante nucléaire et la dissuasion. Pour moi, une autonomie stratégique, c’est déjà avoir en Europe des capacités industrielles communes, la possibilité de simplifier nos modèles, d’avoir une industrie européenne et donc des armements pour l’ensemble de nos armées qui ne dépendent pas d’une puissance extérieure dans leur utilisation et les limites que nous en définissons.

Deuxième chose, c’est d’avoir suffisamment de pays européens qui ont un modèle complet d’armée, comme nous l’avons d’ailleurs en France. C’est le choix d’investissement que nous avons fait à travers la loi de programmation militaire. Dans ce cadre-là, la dissuasion nucléaire est une composante essentielle pour la France.

Sur ce qui est de notre doctrine de dissuasion, je vous renvoie au discours que j’ai tenu à l’Ecole de guerre il y a plusieurs mois, qui continue à prévaloir. J’ai eu des termes précis, il n’y a pas à en changer une virgule. Et pour être très explicite avec vous, c’est évidemment l’un des apports de la France à la crédibilité de l’Europe. Et pour ce qui est du lien avec nos amis britanniques, le Traité de Lancaster continue de prévaloir, même après le Brexit.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président. Un mot sur les vaccins Covid : quand de nombreux pays appellent, notamment les États-Unis, appellent à la levée des brevets, vous proposez, je cite, “la dérogation limitée dans le temps et l’espace de la propriété intellectuelle”. Vous précisez, “le temps du pic de l’épidémie”. Vous en avez déjà parlé en Afrique il y a deux semaines. Et en même temps, vous dites souvent qu’il faut de nombreuses années pour qu’une production se mette en place. Vous parliez de 3 à 4 ans à Pretoria. Est-ce que cette annonce de dérogation n’est pas finalement un peu un trompe-l’œil pour uniquement se placer face aux annonces américaines, une annonce purement symbolique et en fait inapplicable d’un point de vue industriel ? On a peine à imaginer qu’il y aura des productions de vaccins sans brevet avant la fin du pic de l’épidémie. Merci.

Le Président de la République

Mais donc quelle crédibilité vous donnez du coup à l’annonce américaine en me disant ça ?

Journaliste

De fait, elle se place de manière permanente. Vous, vous placez de manière… Vous vous le placez de manière, je cite, “le temps du pic de l’épidémie”.

Le Président de la République

Je vais vous dire pourquoi mais alors, premièrement, j’attends d’avoir la proposition précise américaine. C’est très important. Je pense que jamais les États-Unis d’Amérique ne proposeront de lever de manière perpétuelle la propriété intellectuelle. Je peux à peu près vous l’écrire. Aucun État, aucune puissance économique qui a des capacités d’innovation ne dira “chez moi, il n’y a plus de rémunération de la propriété intellectuelle” parce que ça veut dire qu’à la seconde d’après plus personne n’innove chez vous. Je pense que c’est ce qu’il faut comprendre. Quelle est la clé derrière tout ça ? C’est qu’il nous faut articuler la capacité, la solidarité et la capacité à produire sans que la propriété intellectuelle soit un frein et en même temps, la juste rémunération de la propriété intellectuelle pour les gens qui innovent. C’est une course de vitesse. Et donc les gens qui innovent veulent pouvoir être récompensés. Donc aucune économie du monde ne dira “je renonce à la propriété intellectuelle, je suis pour un modèle où il n’y a plus de propriété intellectuelle”. Je pense qu’il faut être là-dessus très clair. Non.

Premièrement, ce que je dis, si on veut être crédible à court terme, la levée des brevets n’était pas, n’est pas la réponse la plus immédiate, qu’elle vienne des États-Unis, qu’elle soit portée par nous-mêmes ou d’autres. Ce n’est pas vrai. La première réponse, et là elle est dans la main des Américains et j’espère que ce sera une avancée du G7, parce que là c’est un blocage américain, c’est la levée des restrictions à l’export. Ce qui, pendant des mois, a empêché le Serum Institute of India de produire pour lui-même et pour l’Afrique, ce sont les restrictions à l’export mises par plusieurs économies dont l’économie américaine. Premier point. Donc je pense qu’il il ne faut pas qu’on regarde aussi les choses à l’envers, la première étape c’est celle-là, parce que là on parle des vaccins de maintenant.

La deuxième chose, c’est les dons de vaccins. Je pense que c’est une annonce massive que les États-Unis s’engagent dans le don de doses. Ils vont en préciser le calendrier je pense très vite, je m’en félicite. Je pense que c’est une annonce formidable. S’ils sont plus ambitieux que nous, on doit rejoindre leurs ambitions et faire au moins autant. Donc ça, c’est formidable.

Sur la propriété intellectuelle, ils ont posé le principe. Pour l’instant, je n’ai pas vu de détail d’une proposition américaine. Nous, nous avons au début dit en Européens à Porto, vous étiez là, je m’en souviens, on a dit « d’abord travaillons à ce qu’on appelle l’aménagement des accords TRIPS », qui sont des accords de propriété intellectuelle qui ont été négociés au moment de la gestion des trithérapies où on a permis par justement le mécanisme de licence obligatoire d’avoir la possibilité pour certains produits de produire des trithérapies à très bas coût sans que la propriété intellectuelle soit une contrainte. Ce n’était pas une suppression de cette propriété, mais c’est ce qu’on appelait les licences obligatoires. Nous, on a répondu à ça en disant “on a un cadre, essayons de regarder”. Il est géré par ce qu’on appelle le Medicines Patent Pool. C’était d’ailleurs le fruit à l’époque d’une bataille menée par les Sud-Africains et Nelson MANDELA. Il semble que ce cadre mette d’abord beaucoup de temps à se mettre en œuvre. J’ai étudié après, j’ai regardé, parce que j’étais impatient, je voulais qu’on essaie d’obtenir des choses très vite. J’ai vu que ça allait prendre du temps, plusieurs mois, certains m’ont dit plusieurs années, et là je vous rejoins. Cela ne peut pas suffire. Deuxièmement, certains m’ont dit que quand il y a des licences obligatoires, il y a des mécanismes de rétorsion à l’égard des Etats qui les utilisent. Et donc ça reste un mécanisme biaisé. Du coup, ce que je vous ai dit, c’est exactement la proposition qui est faite par l’Afrique du Sud et l’Inde. Et donc, nous, nous avons travaillé sur cette base-là. C’est le Président RAMAPHOSA qui a dit, par lucidité, parce qu’il sait que c’est déjà très fort, “levons-le pour certains pays et pendant l’épidémie”. Mais c’est déjà énorme. J’espère qu’on aura l’accord là-dessus, j’espère, j’espère. Et je vais regarder ce qu’est la proposition américaine. Elle n’est pas mieux disante, elle est moins précise. Mais si elle propose quelque chose de plus efficace que ce qu’on a, franchement, je la regarderai en quelques heures et je suis prêt à m’y ranger. Je pense que le principe qui régira la position de la France sur ce sujet, c’est que jamais la propriété intellectuelle ne doit être un frein à la production la plus rapide possible de vaccins sur le sol africain ou indopacifique. Le Président RAMAPHOSA a eu cette idée de dire on lève pendant un temps donné, et de toute façon vous le lèverez toujours dans des géographies données. Pourquoi ? Parce que sinon c’est un mécanisme de contournement, il n’y a plus un laboratoire qui produira. Il suffira d’aller produire dans un pays où il y a la propriété intellectuelle et vous ne payerez plus rien au laboratoire qui a innové. Donc le cadre que je vous ai donné, il est juste, plus précis parce qu’on l’a écrit pour le proposer. Je crois que les Américains, dans les prochaines heures, vont arriver avec une proposition écrite et on va regarder ce qu’il y a de plus efficace et de plus ambitieux. Et moi, je me rangerai à la position la plus ambitieuse. Ce que j’ai défendu, c’est la position sud-africaine à laquelle nous nous sommes rangés.

Journaliste

Monsieur le Président, bonjour. Les conditions sanitaires qui entourent le G7 dont il est question sont très restrictive, alors, se pose la question : à quel horizon peut-on envisager la mise en place d’un pass sanitaire de façon peut-être un peu plus homogène et en particulier avec des partenaires hors Union européenne, peut-être aussi les Américains ?

Et puis sur un plan plus national, des assouplissements sont-ils à attendre ? Par exemple sur le port du masque en extérieur ? Sur quels critères les préfets peuvent-ils intervenir ? Est-ce qu’une levée généralisée est envisagée de votre côté ?

Et puis enfin, une question d’actualité : l’homme qui vous a agressé mardi a été condamné à 18 mois de prison dont quatre fermes. Vous satisfaites-vous de cette décision de justice rapide ?

Le Président de la République

Vous voulez en prendre plusieurs ? Essayez de balayer plus large.

Journaliste

Monsieur le Président, j’ai une question très rapide sur le Mali : est-ce que vous avez sollicité, vous avez mentionné les États-Unis, est-ce que vous avez sollicité une aide renforcée des États- Unis dans cette région ? On sait qu’elle est surtout… ces dernières années, elle est en matière de renseignement de transport. Est-ce que vous avez demandé des forces spéciales américaines sur le terrain ?

Journaliste

Une question sur le FNI et le désarmement. Comment est-ce que la France ou les Européens peuvent mettre un pied dans la porte entre les États-Unis et la Russie ? Est-ce que la France peut le faire avec la Grande-Bretagne en tant que pays doté ? Vous avez mentionné ça. Dans quel cadre est-ce que ce serait ? Est-ce que c’est dans l’OTAN ? Est-ce que c’est dans l’Union européenne ? Est-ce qu’il y a vraiment une façon de peser sur ces négociations pour les Européens ?

Journaliste

Monsieur le Président, vous allez rencontrer les principaux dirigeants de la planète à l’occasion des sommets du G7, de l’OTAN et un peu plus tard, du G20. Alors, je voudrais rebondir sur votre réponse à une question précédente : est-ce que vous considérez que vos homologues sont vraiment confrontés à la même situation que vous ici en France, c’est-à-dire à cette violence ambiante, mais aussi à la montée des populismes ou encore à cette remise en cause de l’autorité et de l’ordre public ? Au-delà, qu’est-ce que la gifle de Tain l’Hermitage dit de l’État, de la société française, de la vie politique et du débat public ?

Journaliste

Bonsoir Monsieur le Président. Vous avez dit que vous allez rencontrer avec Monsieur ERDOGAN : qui a demandé de se rencontrer, cette rencontre bilatérale ? Est-ce que vous pouvez nous dire un peu plus de détails parce que vous avez dit que vous allez clarifier ? Vous pourriez clarifier un petit peu avec nous aussi de quels sujets vous allez aborder ? Quels sont les sujets ? Merci.

Journaliste

Bonsoir Monsieur le Président. Vous l’avez dit vous-même, la crédibilité, la pandémie a testé la crédibilité du G7. Vous n’avez même pas pu vous réunir au pire moment de la pandémie à cause du Président TRUMP. Entre temps, certains dans le club ont pratiqué du nationalisme vaccinal, etc. Pourquoi est-ce que le monde devrait vous écouter aujourd’hui sur la pandémie en tant que club ? Y a-t-il des mesures à prendre dans le club du G7 pour le protéger d’une paralysie possible en cas d’un autre TRUMP ? Merci.

Le Président de la République

Bien, je vais répondre à ces cinq dernières questions. Sur les conditions sanitaires, notre objectif, comme vous le savez et que nous avons d’ores et déjà un mécanisme de pass sanitaire, les règles en ont été décrites par les membres du Gouvernement. L’objectif est qu’il puisse être en application complète à partir du 1er juillet. On va essayer de mettre en place d’ailleurs un peu plus tôt si on peut, avec quelques Etats voisins pour le tester. On utilise aussi ce même mécanisme, comme vous le savez pour des événements en autorisant des débordements de jauge. Je crois que l’objectif, c’est qu’à partir du 1er juillet, il soit opérant entre Etats européens et avec nos principaux partenaires, qu’on ait des protocoles convergents. Ce sont des décisions qui relèvent de chaque Etat membre, mais c’est un cadre de coordination qui permettra d’harmoniser nos réponses. Et donc, c’est ce qui va nous permettre, durant cet été, d’organiser les mobilités, en particulier de pouvoir aussi recevoir des touristes qui viendront par exemple des États-Unis et qui pourront, s’ils sont ou testés dans les dernières heures ou du moins vaccinés avec le certificat le montrant, rejoindre le territoire.

Pour ce qui est des allègements, il y a toujours eu des possibilités, en particulier sur la question du manque d’aménagements locaux qui étaient à la main des préfets. Elles demeurent. Après, je pense qu’il faut qu’on applique avec méthode le protocole d’ouverture que nous nous sommes donnés et je pense qu’il y avait, il y a un mois, beaucoup de scepticisme. Vous l’entendiez, on disait : vous avez mis en place une ouverture progressive, regardez combien de cas vous avez, vous auriez dû mettre beaucoup plus de contraintes sanitaires, vous n’allez pas y arriver. Je constate qu’on a plutôt bien organisé ces phases successives et que les Françaises et les Français l’ont compris et ont adhéré et savent qu’il ne faut ni contraintes inutiles ni précipitation qui mettraient en péril ce que nous avons durement acquis. Donc, je pense que s’ouvre depuis hier une phase de trois semaines qui nous permet de retrouver certains plaisirs, de la pratique du sport amateur, des salles de sport, les restaurants, des jauges un peu supplémentaires, le couvre feu à 23 heures et en effet des contraintes. Gardons-les trois semaines parce que c’est ce qui va nous permettre de surveiller les choses et de voir que ça ne dégrade pas l’épidémie. Et surtout, ça va nous permettre de continuer à vacciner massivement. Chaque vaccin gagné est quelqu’un qu’on protège contre l’épidémie qui évite sa rediffusion. À partir du 30 juin s’ouvrira une nouvelle phase qui nous permet d’envisager peut-être d’autres ouvertures et à ce moment-là, de manière plus généralisée, des changements. Je suis encore très prudent. Moi, je demande à voir. Donc, il y a une stratégie. Elle a été présentée. Je veux plutôt m’y tenir parce qu’elle réussit pour le moment. Donc, je n’étais pas pour la lenteur. Je ne suis pas pour la précipitation, hâtons- nous au bon rythme et je remercie encore une fois les Françaises et les Français des efforts qui sont les leurs.

Suite, cet épisode sur lequel vous êtes revenu ainsi que vous-même M. HAZIZA. Je l’ai dit à plusieurs reprises, je pense qu’il ne faut rien accepter des débordements à l’égard de celles et ceux qui représentent une autorité publique. Mais je ne veux pas en quelque sorte exagérer la portée de cet acte. Je m’explique. Ne rien accepter, c’est-à-dire ne rien banaliser. La violence à l’égard de celles et ceux qui sont dépositaires d’une autorité publique, soit parce qu’ils sont fonctionnaires ou élus de la République, est inacceptable. Elle est inacceptable pour les raisons que j’évoquais tout à l’heure, parce que dans une démocratie comme la nôtre, vous avez la liberté d’expression. Vous pouvez me poser vous toutes et tous ici aujourd’hui, les questions que vous voulez. Il y a beaucoup de pays où ce n’est pas possible. Il y a des pays, même en Europe, où c’est de plus en plus difficile. Ça l’est en France. Et que ceux qui portent des discours extrêmes, y compris dans le champ politique, voient la responsabilité qu’ils ont quand il prend cette direction à faire croire aux gens que ça ne serait pas possible. La liberté d’expression est là, elle est dans la rue. La liberté de manifestation est là. La liberté politique est dans notre pays, pour se présenter aux élections, j’allais dire j’en suis l’exemple vivant. Je ne venais pas d’une formation politique existante. Je n’avais pas de moyens mirobolants, je n’étais pas installé dans le paysage, j’ai pu porter des idées et les défendre parce que les Françaises et les Français m’ont fait confiance. Et nous pouvons à dates régulières, changer nos gouvernants et nos législateurs. C’est la démocratie. Cela suppose le respect et la fin de la haine. La haine, elle se justifie dans les pays où la violence est de gouvernement. La haine, la violence civile se justifie, existe à l’égard des dirigeants quand on ne peut pas les changer ou infléchir leurs décisions. Ça n’est pas le cas de la France. Et donc, toutes celles et ceux qui évidemment participent de ces gestes et toutes celles et ceux qui les légitiment de quelque manière, mettent en cause les fondamentaux même de notre démocratie, c’est-à-dire la possibilité du dialogue, de la conversation même de la controverse démocratique qui est un trésor. C’est pouvoir ne pas être d’accord. Parfois, nous échauffer les esprits, peut-être même nous énerver autour d’une table, mais en commençant en finissant la discussion avec calme et respect. Et en ne manquant jamais de considération pour la personne humaine et sa dignité qu’il y a en face de moi, citoyennes, citoyens. C’est ça. Et donc, rien, rien, rien, rien dans notre pays ne justifie quelque écart à cela. Et en le disant, ce qui m’importe beaucoup plus, c’est toutes les menaces chaque jour que nos parlementaires, nos maires peuvent avoir et les violences qu’ils subissent. Ça c’est le premier point.

Ensuite, sur la violence, par elle-même dans la société, j’en ai beaucoup parlé, c’est là où je relativiserais ce qui s’est passé. La violence, c’est ce que subissent les femmes qui meurent sous les coups de leur compagnon, de leur conjoint. La violence, c’est ce que subissent trop de nos concitoyens quand ils rentrent chez eux, qui sont dans les transports. Ça c’est la violence, la vraie. Et donc là, il faut une réponse implacable, rapide. Je me félicite d’une réponse rapide. Je veux qu’on mette en œuvre tous les moyens et ça fera partie des états généraux de la justice pour que la réponse soit à chaque fois la plus rapide possible parce que c’est comme ça qu’on redonne du sens au travail de nos forces de l’ordre, qu’on redonne du sens à la victime, qu’on redonne du sens aussi à celui ou celle qui a commis le grave ou le pire parce qu’il comprend ce qu’il a en face de lui. Et donc ça, c’est un travail qui est le nôtre, sur lequel le Gouvernement est à la tâche et sur lequel nous allons continuer d’oeuvrer, c’est ça. Après, je ne pense pas qu’aujourd’hui, la société française soit dans un moment de grande tension. Je pense qu’il y a beaucoup de nos concitoyens qui sont fatigués par l’épidémie, qu’il y a chez certains de nos concitoyens de la peur, du doute, de l’anxiété, les conséquences de la solitude. Nous avons vécu des grandes phases de tensions sociales. Il serait faux de dire que c’est le cas aujourd’hui. Celles et ceux qui m’accompagnent dans les déplacements ou autres, ce n’est pas vrai, ce n’est pas ce qu’on ressent dans le pays aujourd’hui. Il y a des personnes qui ont plus souffert que d’autres de l’épidémie et du confinement parce qu’ils ont perdu des proches qu’ils n’ont pas pu accompagner, parce qu’ils ont eux-mêmes été frappés par l’épidémie, parce que la solitude a été dure pour elles sur le plan personnel, parce qu’ils avaient des difficultés avant, parce qu’ils ont eu à vivre de l’isolement renforcé et contraint, parce qu’ils ont des inquiétudes économiques et sociales.

Tout cela, c’est ce qu’il nous faudra prendre en compte dans la sortie de crise. C’est ce à quoi je vais m’employer dans les prochaines semaines et c’est ce pourquoi je veux prendre le pouls du pays. Mais ayant commencé à le faire, je ne vous dirai pas qu’il y a une violence sociale généralisée. Ce n’est pas vrai. Mais il y a des individus qui sont violents pour les raisons que j’évoquais tout à l’heure et parce qu’il y a tous ces phénomènes qui sont à prendre en compte. Je pense aussi que le peuple français, dans le moment que nous vivons, a le droit à une part d’insouciance et d’optimisme. Et donc je suis très préoccupé par tout ce que nous vivons, comme vous. Enfin, nous avons fait tellement d’efforts, les Françaises et les Français ont fait tellement d’efforts, ont eu tellement de privations, j’ai envie de dire, collectivement, laissons leur vivre ce moment. Une écrasante majorité des Français ne sont pas des énervés ou des violents. Ce sont des femmes et des hommes qui veulent retrouver les plaisirs simples de la vie, l’art de vivre à la française, le plaisir de retrouver leurs proches, la possibilité de retravailler pleinement, de reconstruire leur vie professionnelle et familiale. Et donc je pense que le temps, il est au retour à la vie, il est à un optimisme lucide et il est au travail et au réengagement dans le travail avant toute chose. Tous les autres problèmes sont importants, mais j’essaie de les hiérarchiser, sinon on perd tout de vue. Je ne commenterai par ailleurs évidemment pas de décisions particulières.

Pour ce qui est du Mali, les États-Unis d’Amérique sont, depuis le début, un partenaire important pour nous sur les deux champs que vous avez évoqués : transport et renseignement. Notre demande, c’était de maintenir cet effort quand il était menacé. Cela fut fait et je les en remercie profondément. Notre souhait, c’est qu’il soit maintenu, voire renforcé si cela est possible, et nous allons en formuler la demande. Ensuite, dans le cadre de la Task Force Takuba, nous inviterons tous nos partenaires à se joindre. Donc, si les États-Unis d’Amérique sont prêts à mettre des forces spéciales, elles sont les bienvenues et je m’en féliciterai.

Pour ce qui est du post FNI (traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) et de la maîtrise des armements dans l’espace européen, nous devons être des interlocuteurs, des décideurs et des co-signataires, et donc nous allons en parler d’abord entre alliés, européens, ensuite entre alliés dans le cadre de l’OTAN et ensuite nous devrons en parler avec nos voisins et en particulier les Russes. C’est ce cadre de coordination et de responsabilité. Mais pour ma part, je considère que nous devons en être les acteurs. Pour ce qui est de la rencontre avec le Président ERDOGAN, nous l’avons souhaité l’un et l’autre. Je pense que c’est une bonne chose. Nous avons besoin de nous voir et d’échanger. Nous avons des désaccords profonds et nous le savons. Nous avons mené parfois des controverses et nous les assumons, mais je considère que quels que soient les désaccords, on doit toujours se parler. Et donc, je souhaite, avec le Président ERDOGAN, évidemment parler de l’OTAN et des règles de conduite entre états alliés. Je souhaite parler de la situation en Syrie, de la situation en Libye, de la situation au Karabagh et du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Je souhaite parler également et expliquer le travail que la France conduit pour lutter contre justement l’islamisme radical et contre les séparatismes, mais qui n’est en aucune façon une démarche de défiance à l’égard du culte musulman, au contraire, et je vais lui en expliquer à nouveau le cadre et expliquer à la fois les règles que cela pose et puis voir les coopérations que nous pouvons envisager. Donc, c’est une discussion d’ensemble que je souhaite avoir avec lui sur tous ces sujets et de voir ce sur quoi on peut réengager un travail exigeant, ce sur quoi les désaccords sont assumés. Pour ma part, vous savez, j’ai toujours été clair. J’ai toujours été clair dans le dialogue bilatéral, y compris sur les sujets de droits de l’homme, de protection des droits de l’homme, de protection des journalistes que vous êtes, qui sont emprisonnés, d’universitaires ou d’opposants politiques ou d’intellectuels et d’artistes. Je l’ai été en tête à tête, ce qui m’a permis de l’être en public et donc j’ai besoin de ce discours en tête à tête assumé. Mais je pense qu’il faut se parler et continuer à se parler même avec des désaccords.

Ensuite, votre question est très juste. Je pense malgré tout que le G7 a une crédibilité parce qu’il a continué à avancer et que nous avons porté, en particulier les États du G7 membres du G20, ont porté ACT-A, qui a été pour moi le pilier de notre crédibilité dans la gestion de l’épidémie. Et malgré toutes les vicissitudes et, c’est vrai pour certains, le retour au nationalisme. D’abord, je veux dire, les Européens ont été cohérents. Nous, Européens, n’avons jamais été dans l’unilatéralisme ou le nationalisme, jamais ! Parfois d’ailleurs, nos concitoyens, nos opinions publiques ont pu nous le reprocher. Si nous avons vacciné plus lentement que d’autres, c’est parce que dès le début de la crise, au moment où nous produisions deux vaccins sur notre sol européen, nous en produisions un pour nous-mêmes et un qui partait à l’étranger. Aucun autre pays, aucun autre espace au monde n’a eu cette politique. Je l’assume et il faut le redire. Si on ne redit pas maintenant, on n’explique pas pourquoi d’autres ont vacciné plus vite que nous, qui ont non seulement gardé 100 % de ce qu’ils produisaient pour eux-mêmes, mais ont bénéficié de notre générosité et de nos exports. Et donc l’Europe, au sein de ce club, a une crédibilité comme garant du multilatéralisme pendant les années difficiles et comme garant tout au long de la crise, de cet esprit et des actes.

Ensuite, je pense que nous, nous avons bâti, dans le cadre du G20, ACT-A. C’est une crédibilité et cela a eu des résultats et ça continuera à en avoir. Après, nous restons des démocraties avec la fragilité des démocraties. C’est d’ailleurs, je pense, extraordinaire ce qui se révèle des questions que nous avons aujourd’hui tous ensemble. Je pense qu’il y a, même 5 ans, a fortiori 10 ans, nous n’aurions jamais eu un dialogue montrant la fragilité des démocraties occidentales à ce point. On a parlé sur la violence, les réseaux en ligne, mais le propre des démocraties, c’est que le peuple choisit ses dirigeants et il se peut que le peuple choisisse des dirigeants qui ne veulent plus du multilatéralisme et à ce moment-là, ça fragilise le multilatéralisme parce que les démocraties ont deux fragilités : elles dépendent du peuple, de ses choix, de ses humeurs, ce qui en est une parce que là où parfois le temps long est nécessaire, ça crée de l’instabilité plus régulière, mais je pense que c’est une richesse et je la défends. La deuxième chose, c’est que les démocraties sont dépendantes les unes des autres parce qu’elles sont ouvertes. Et donc, il n’y a d’autre possibilité que par la coopération de maintenir nos modèles. Mais je veux croire en une chose : une démocratie peut amener à sa tête des dirigeants qui ne croient plus dans le multilatéralisme et le bloqueraient ou le feraient dysfonctionner si nous ne nous mettons pas en capacité, comme démocraties, de défendre in concreto nos valeurs dans la lutte contre la haine en ligne, nos valeurs dans la lutte contre les inégalités de l’économie de marché, pour la fiscalité et au fond une politique efficace. C’est pour cela que ce dont nous avons parlé aujourd’hui est existentiel pour nos démocraties. La plupart des problèmes auxquels nous avons à faire face sont mondiaux. Aucun pays ne peut les résoudre seul. Ils supposent de la coopération et donc notre efficacité collective dans les mois et les années qui viennent, je pense, déterminera notre capacité à réussir comme sociétés démocratiques ou pas. Je pense que nos concitoyens doivent avoir cela présent en tête. Ce sont des moments où l’histoire se fait ou se défait. Notre choix est plutôt de la faire avec ambition, avec pragmatisme, parfois avec l’esprit de résistance, toujours avec le même enthousiasme.

Merci beaucoup, bon courage et à bientôt.

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