Accueil A la une Lutte contre le terrorisme au Sahel: Barkhane fait son paquetage!

Lutte contre le terrorisme au Sahel: Barkhane fait son paquetage!

Le ciel sahélien s'assombrit pour Barkhane (Ph. illustration/lepoint.fr)

En attendant un enterrement de première classe, ou une inhumation dans l’intimité familiale, tout dépendra de celui qui en a signé l’acte de décès, la Force Barkhane après une agonie lente, vient de pousser son dernier soupir. C’est le plus simplement du monde, juste au détour d’une conférence de presse que Emmanuel Macron a annoncé la mort de Barkhane, après 7 années de lutte contre le cancer du terrorisme qui a touché le Sahel africain. La Force française, forte de ses 5100 hommes, dont 50 ont été avalés par le sable chaud du Sahel, sortie, le 1er août 2014, des cendres de l’opération Serval au Mali, aura affronté le danger des canons des jihadistes au quotidien, mais aura surtout souffert de ce sentiment anti-français qui n’a cessé d’enfler, au point de constituer un gros caillou dans les rangers des «Macron boys».

Mais la Force Barkhane a pris un autre plomb dans l’aile: la majorité des Français la désavoue, parce que budgétivore et dévoreuse des «enfants de la patrie», à des milliers de kilomètres de la France. Qui plus est, la France était embarquée seule dans l’aventure. Pourtant, le combat de Barkhane sur le terrain porte le double sceau de l’appui aux pays sahéliens quotidiennement endeuillés par les assauts des jihadistes, malandrins et trafiquants de grand chemin, mais aussi de la défense des intérêts et des ressortissants occidentaux, sur le continent noir. La France est-elle le seul pays à avoir des intérêts et des ressortissants étrangers, du reste souvent raptés, sous les tropiques?

Barkhane a pris trop de plomb dans l’aile 

Compte tenu du désaccord manifeste des Français, les politiques comme le citoyen lambda, contre la présence de Barkhane, maintenir cette force, en tout cas dans son format actuel, devenait suicidaire pour Emmanuel Macron pour une raison toute simple: la douzième élection présidentielle de la Cinquième République, c’est pour avril 2022! En français facile, c’est dans peu de temps et l’actuel locataire de l’Elysée qui est loin d’avoir toutes les faveurs des pronostics est conscient que l’opinion publique, ça compte en France. Il n’a donc aucun intérêt à s’attirer la foudre d’un électorat qu’il doit conquérir ou reconquérir!

De même, le double coup d’Etat en seulement 9 mois au Mali, surtout le deuxième, sur fond de rivalité russo-française, qui a provoqué l’ire de Macron, est du vrai pain bénit pour l’Elysée, qui saisit cette opportunité pour sortir Barkhane des sables mouvants du Sahel dans lesquels la France s’empêtrait. C’est comme le remake de ce film de guerre réalisé par les Etats-Unis en Afghanistan à l’époque. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Barkhane est sur le point d’abandonner le Sahel avec «ses» terroristes comme les GI’S sont partis sans gloire de Kaboul et des montagnes afghanes, abandonnant les Afghans avec leurs talibans!

La France reste dans le Sahel

Mais la France ne quitte pas militairement le Sahel. Elle y est, et y restera sauf tsunami, avec ses partenaires américains et européens. Si avec Barkhane, c’est la fin d’une époque et d‘un leurre, celui qui faisait croire que la guerre contre le terrorisme se gagnait alors que non, la France, elle ne bouge pas. Un statu quo, qui fait, sans doute, le bonheur de ces dirigeants africains qui feignent, pour des intérêts personnels et très égoïstes, d’ignorer que la sécurité et la défense de leurs pays respectifs constituent des domaines hautement de souveraineté. Pourtant, un proverbe bien africain le dit péremptoirement: «Qui dort sur la natte d’autrui, dort par terre». Prennent-ils seulement conscience du fait que Barkhane parti en fin juin, le G5 Sahel qui manque du nerf de la guerre, et de tout, ne pouvant assurer la relève hic et nunc, les terroristes seront plus que jamais maîtres de ces zones, dont celle dite des Trois frontières que partagent le Mali, le Burkina Faso et le Niger?

Certes, les armées nationales, notamment les Forces Spéciales effectives ou en création pourraient jouer les épouvantails, mais sont-elles seulement équipées convenablement pour faire face à l’hydre terroriste dont Barkhane arrivait à couper des tentacules qui, malheureusement, repoussaient aussitôt? Qui plus est, comment se débrouillera le renseignement, talon d’Achille des forces armées des pays du G5 Sahel? A moins que «l’alliance internationale» évoquée par Emmanuel Macron, au lieu de se lancer dans une nouvelle aventure, apporte une réponse concrète à la survie des pays écumés par les terroristes, en renforçant le G5 Sahel et les Forces Spéciales, surtout en logistique.

Toujours la dépendance dans l’indépendance

En tout cas, il est temps que les Africains, prennent leurs responsabilités et replient les bras qui tiennent la sébile, que ce soit en direction de la France, de la Russie, de la Chine ou des Etats-Unis. C’est en cela que des projets comme l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme qui a été inaugurée ce jeudi, dans la cité balnéaire de Jacqueville en Côte d’Ivoire, en présence du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devraient être portés, par exemple, par la Commission économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Malheureusement, ce centre qui a vocation de former, des unités venant de toute la sous-région dans la lutte contre le terrorisme, dans toutes leurs composantes, soit les forces spéciales, les juges et les spécialistes du renseignement, est encore une affaire de la France. Dans la foulée de son inauguration, une convention a été signée entre la Côte d’Ivoire et la France, pour…la gestion de l’Académie. Et revoici l’Afrique dans le cercle vicieux de la dépendance dans l’indépendance.

Par Wakat Séra      

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