Accueil Editorial Gambie: à qui les billes de la victoire?

Gambie: à qui les billes de la victoire?

Les billes pour voter en Gambie (Ph. bbc.com)

Alors que les résultats officiels se hâtent lentement de tomber, les candidats à l’élection présidentielle de ce samedi 4 décembre et leurs militants jubilent déjà, s’appropriant une victoire dont les premiers chiffres donnent, pour l’instant, le président sortant, Adama Barrow, vainqueur. Et bien évidemment, comme cela a toujours été le cas sous les tropiques et même dans les plus grandes démocraties, les opposants à l’homme qui avait pourtant promis ne faire que trois ans à la présidence, mais y est resté cinq ans, et entend rebeloter, l’appétit venant en mangeant, ne l’entendent pas de cette oreille. Tout comme l’ancien vice-président et véritable challenger de Adama Barrow, Ousainou Darboe, des candidats comme Mammah Kandeh et Essa Mbaye Faal, contestent ce comptage. Pourtant, ce scrutin, véritablement ouvert, selon la plupart des observateurs, et premier test pour la démocratie vraie en Gambie, doit répondre aux aspirations d’un peuple gambien qui a respiré le vent de de la liberté et ne voudrait plus, pour rien au monde, retourner dans les méandres obscurs de l’autoritarisme, où toutes les dérives du pouvoir, ou au nom du pouvoir, étaient le sport le mieux pratiqué par les sbires de l’ancien président Yahyia Jammeh.

Il importe donc que le jeu si charmant de la démocratie soit réellement respecté par tous, et que les chiffres pris en compte pour proclamer le vainqueur, soient les vrais, ceux sortis des urnes. C’est le seul mal que les Gambiens doivent se souhaiter et privilégier ainsi le fair-play du vainqueur et du vaincu qui, à l’issue de ce match que le peuple, notamment les électeurs, aura arbitré, se donneront la main pour construire ensemble leur pays, le seul vrai patrimoine qu’ils ont en commun. Un autre chaos ne saurait trouver terrain fertile en Gambie, même si le président Yahya Jammey y compte encore des inconditionnels. Du reste, pour la communauté internationale, notamment la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) qui a contribué à déboulonner le président résistant, avec comme chef de file à l’époque, le Sénégalais Macky Sall, dont les relations de voisinage avec le sulfureux Yahyia Jammeh étaient explosives, l’enjeu de ces élections est grand.

A qui des six candidats en piste pour le fauteuil suprême, iront donc les billes des 960 000 électeurs appelés aux urnes ce samedi 4 décembre, cinq ans après la victoire surprise de Adama Barrow qui mettait ainsi fin à un régime de fer qui n’avait pour maître que l’inénarrable Yaya Jammey? Imprévisible il l’aura été jusqu’au bout, l’ancien président gambien qui se targuait de pouvoir traiter le Sida et bien d’autres maladies, et manifestait une haine viscérale contre les homosexuels qu’il a promis d’égorger. L’homme, après avoir reconnu sa défaite à la présidentielle de 2016, n’a pas manqué, habitué aux retournements de situation, de refuser par la suite de céder le pouvoir, avant de s’exiler sous la pression de la communauté internationale.

Mais, il faut reconnaître que le fantôme de l’homme au sabre qui a fait de la liberté d’expression dans son pays une denrée quasi-inexistante, continue de planer sur la politique de ce pays enclavé dans le Sénégal, malgré ses déboires judiciaires dont les accusations de viol lancées à la pelle contre lui. Il y a même eu, cette curieuse tentative d’accord en l’actuel président sortant et son prédécesseur, ce qui permis à ce dernier de reprendre plus ou moins du poil de la bête, mais n’a pas été du goût de nombreux Gambiens, eux sur qui a pesé une véritable chape de plomb sous Yahya Jammeh. En Gambie où, du fond de sa chambre, même sans témoin, penser en mal du président était un péché qui n’était passible, ni plus ni moins, que de la peine capitale.

Il est donc temps que les Gambiens qui ont été si longtemps sevrés du doux nectar de la démocratie, puissent jouir pour de bon de cette liberté retrouvée, cette liberté qui n’a pas de prix et a toujours été conquise et jamais acquise.

Par Wakat Séra

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