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IA: António Guterres appelle le monde à agir avant qu’il ne soit trop tard

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Réunis, le lundi 6 juillet 2026, à Genève pour le premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, les responsables des Nations Unies ont lancé un appel en faveur d’un cadre international capable de réguler une technologie dont les avancées dépassent désormais la capacité des États à en anticiper les risques. Au cœur des préoccupations figurent les usages militaires, la protection des enfants, la lutte contre la désinformation et l’accès équitable à l’IA.

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exhorté, le lundi, la communauté internationale à bâtir une gouvernance mondiale de l’Intelligence artificielle (IA), estimant que le rythme de développement de cette technologie dépasse désormais celui des mécanismes de contrôle et de réglementation.

À l’ouverture du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, organisé à Genève, il a plaidé pour un dispositif international «digne de la confiance de tous», destiné à encadrer une technologie désormais présente dans la quasi-totalité des domaines d’activité.

«Les machines peuvent éclairer les décisions, mais les êtres humains doivent décider… et en répondre», a dit António Guterres, insistant sur le fait que la responsabilité finale ne saurait être déléguée aux systèmes automatisés.

Le chef des Nations Unies a également attiré l’attention sur l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire. Selon lui, les systèmes d’armes intégrant des capacités d’IA ne relèvent plus de la fiction, les «robots tueurs» étant déjà employés dans certains conflits.

Même son de cloche du côté de l’envoyé spécial de l’ONU pour les technologies numériques et émergentes, Amandeep Singh Gill, qui a estimé qu’une réponse collective s’impose face à une technologie aux conséquences planétaires.

«L’intelligence artificielle est trop importante pour être façonnée par une poignée d’acteurs. Nous avons besoin d’une discussion mondiale, inclusive et fondée sur des données probantes», a-t-il déclaré.

Les responsables onusiens ont, par ailleurs, mis en garde contre les effets déjà perceptibles de l’IA générative, notamment la multiplication des campagnes de désinformation, les cyberattaques, la surveillance automatisée, les biais algorithmiques ainsi que les risques associés aux modèles les plus avancés.

Coprésident du groupe scientifique indépendant mis en place par l’Assemblée générale des Nations Unies, Yoshua Bengio a souligné que l’évolution de l’IA ne montre aucun signe de ralentissement. Il a expliqué que des tests récents révèlent que certains modèles très sophistiqués sont capables de tromper leurs utilisateurs et de reconnaître les situations dans lesquelles ils sont soumis à une évaluation.

«Cela ressemble à de la science-fiction, mais c’est une possibilité bien réelle», a-t-il averti, jugeant que ces systèmes pourraient modifier en profondeur les équilibres mondiaux.

Dans son rapport publié la semaine précédente, le groupe scientifique composé de 40 experts internationaux conclut que les progrès de l’Intelligence artificielle évoluent désormais plus rapidement que la compréhension scientifique de leurs risques et que la capacité des gouvernements à adapter leurs cadres réglementaires.

Le chef de l’ONU appelle à une gouvernance mondiale «pensée et organisée» de l’IA

La protection des enfants constitue également une priorité pour le secrétaire général de l’ONU. António Guterres a proposé un engagement international prévoyant notamment l’interdiction des outils d’IA destinés aux mineurs sans évaluation indépendante de leur sécurité, une politique de tolérance zéro contre les contenus pédocriminels générés par l’IA ainsi que l’obligation, pour les systèmes, d’orienter les enfants en situation de détresse vers une assistance humaine.

«Aucun enfant ne devrait servir de cobaye pour une intelligence artificielle non réglementée», a-t-il insisté.

La présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock, a, elle aussi, alerté sur les dérives liées aux contenus créés par l’IA. Citant des études récentes, elle a indiqué que 99 % des deepfakes diffusés sur internet sont à caractère sexuel et que 96 % visent des femmes ou des filles.

Le secrétaire général de l’ONU a également mis en garde contre le risque de voir la fracture numérique évoluer vers une fracture de l’Intelligence artificielle, pénalisant davantage les pays en développement. Il a appelé à accroître les investissements afin de leur permettre d’accéder aux infrastructures et aux compétences indispensables dans ce secteur.

À ce jour, plus d’une vingtaine d’États soutiennent déjà une initiative des Nations Unies visant à mettre en place un réseau mondial de coopération destiné à renforcer les capacités des pays en développement en matière d’IA.

Enfin, António Guterres a invité les grandes entreprises du secteur à publier de manière systématique l’empreinte environnementale de leurs systèmes et à alimenter leurs centres de données exclusivement à partir d’énergies renouvelables d’ici à 2030. Selon lui, les infrastructures dédiées à l’Intelligence artificielle pourraient devenir, à cette échéance, parmi les plus importantes consommatrices d’électricité et d’eau au monde.

Organisé les 6 et 7 juillet à Genève, le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA rassemble gouvernements, entreprises technologiques, chercheurs et représentants de la société civile. Cette rencontre marque le lancement d’un nouveau cycle de négociations destiné à jeter les bases des premières règles internationales encadrant le développement de l’intelligence artificielle, avant un second rendez-vous annoncé en mai 2027 à New York.

Par Valentin SOMANDE