
Alors que l’intelligence artificielle transforme la manière dont les gens travaillent, communiquent et accèdent à l’information, cette technologie reproduit d’anciens stéréotypes de genre, qui amplifient les violences en ligne et excluent les femmes des décisions qui façonneront l’avenir numérique, prévient l’ONU.
Cet avertissement d’ONU Femmes intervient alors que l’IA générative s’impose dans le quotidien de milliards de personnes, de la rédaction d’e-mails à la création de contenus, en passant par la préparation de campagnes de communication ou de présentations professionnelles.
Mais derrière cette adoption massive, l’agence onusienne, souligne un risque croissant: des algorithmes entraînés sur des données marquées par des décennies de représentations inégales peuvent perpétuer les préjugés du passé dans les technologies de demain.
Au Royaume-Uni, 88 % des agences de publicité et de médias utilisent déjà l’intelligence artificielle sous une forme ou une autre, illustrant l’ampleur de cette transformation.
À l’approche du Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l’intelligence artificielle et du sommet mondial «AI for Good» (l’IA au service du bien), prévus à Genève début juillet, ONU Femmes appelle les gouvernements, les entreprises technologiques et les développeurs à intégrer l’égalité des sexes dès la conception, le déploiement et la gouvernance des systèmes d’IA.

Des biais profondément ancrés
Les données disponibles montrent que le phénomène est loin d’être marginal. Une étude portant sur 133 systèmes d’intelligence artificielle a révélé que 44 % présentaient des biais sexistes, tandis que plus d’un quart combinaient des biais liés au genre et à la race.
Les grands modèles de langage associent encore fréquemment les femmes à la sphère domestique, à la famille ou aux soins, tandis que les hommes sont davantage liés au leadership, aux affaires et à la réussite professionnelle. Dans certains cas, ces systèmes ont produit des réponses présentant les femmes comme des objets sexuels ou comme subordonnées aux hommes.
Selon ONU Femmes, lorsqu’il a été demandé à des modèles d’IA de compléter des phrases commençant par une référence au genre d’une personne, environ une réponse sur cinq contenait des éléments sexistes ou misogynes. Certaines réponses allaient jusqu’à décrire les femmes comme des biens ou des objets.
Pour l’agence onusienne, ces résultats ne relèvent pas de simples erreurs techniques. Ils reflètent des tendances structurelles liées aux données utilisées pour entraîner ces systèmes.
«Les modèles d’IA héritent de préjugés issus de décennies de textes écrits par des humains, au sujet d’humains, dans un monde où les femmes étaient associées au foyer et à la famille, tandis que les hommes étaient associés au monde des affaires et à la carrière», a expliqué à ONU Info Jayathma Wickramanayake, responsable des technologies numériques chez ONU Femmes.
Selon elle, le problème ne vient pas d’un défaut de programmation qui pourrait être corrigé par une simple mise à jour, mais d’un manque de choix politiques et de gouvernance.
Sur 138 pays étudiés, seuls 24 ont intégré la question du genre dans leurs stratégies nationales en matière d’IA, et seulement 18 prévoient des mesures concrètes prenant en compte l’égalité entre les femmes et les hommes.
Des violences amplifiées par l’IA
Pour de nombreuses femmes et filles, les conséquences dépassent largement la question des stéréotypes. L’intelligence artificielle facilite également la création et la diffusion de nouvelles formes de violences en ligne.
Selon ONU Femmes, près d’une femme sur quatre parmi les défenseures des droits humains, militantes et journalistes interrogées a déclaré avoir subi des violences numériques facilitées par l’IA. Douze pour cent ont indiqué que des images personnelles avaient été diffusées sans leur consentement, tandis que 6 % ont signalé avoir été ciblées par des «deepfakes» ou des contenus manipulés.
Avec la généralisation des contenus générés par IA, ONU Femmes estime que le harcèlement, la manipulation et les atteintes à l’image pourraient devenir plus difficiles à identifier et à combattre.
Un avenir numérique encore trop masculin
L’agence onusienne s’inquiète également de la faible représentation des femmes dans les secteurs qui développent ces technologies.
Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), les femmes représentent seulement 30 % de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur de l’IA. Une sous-représentation qui risque, selon ONU Femmes, de limiter la diversité des perspectives intégrées dans les systèmes qui façonneront les sociétés futures.
Sans une participation accrue des femmes et des groupes sous-représentés, les biais existants pourraient se renforcer et devenir une caractéristique durable des technologies émergentes.
Les conséquences économiques pourraient également être importantes. En dehors du secteur technologique, les femmes sont presque deux fois plus susceptibles que les hommes d’occuper des emplois fortement exposés au risque d’automatisation.
ONU Femmes avertit que, sans politiques ciblées, l’IA pourrait accentuer les fractures existantes et laisser davantage de personnes à l’écart des bénéfices de la transformation numérique.
Faire de l’inclusion un moteur d’innovation
Pour l’agence onusienne, lutter contre les biais de l’IA n’est pas seulement une question de droits humains: c’est aussi un choix économique.
Une étude de la «Unstereotype Alliance», initiative d’ONU Femmes visant à éliminer les stéréotypes dans la publicité, montre que les campagnes exemptes de représentations sexistes obtiennent de meilleurs résultats commerciaux, avec davantage d’engagement des consommateurs et une plus grande fidélité à la marque.
Alors que l’IA prend une place croissante dans la création de contenus et le marketing, ONU Femmes estime que les entreprises qui intégreront l’inclusion dans leurs processus bénéficieront d’un avantage durable.
L’agence a lancé en juin 2026 un guide pratique destiné aux professionnels du marketing afin de les aider à identifier les biais avant la diffusion de campagnes utilisant l’IA générative.
ONU Femmes insiste toutefois sur un point: l’intelligence artificielle n’est pas condamnée à reproduire les inégalités. Développée de manière responsable, elle peut au contraire contribuer à détecter les stéréotypes, élargir la représentation et améliorer l’accès aux services pour les populations souvent oubliées.
Mais cela dépendra des choix faits aujourd’hui.
À Genève, le message de l’agence sera clair: si les femmes et les filles ne participent pas à la construction de l’avenir de l’IA, les inégalités du passé risquent de s’inscrire dans les technologies de demain.





























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