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Jacob Zuma: p comme président, p comme…prisonnier

Jacob Zuma s'est finalement rendu à la police (Ph/ illustration)

Président commence par P. Prison commence aussi par P. Désormais, Jacob Zuma, ancien président devenu nouveau prisonnier peut se targuer de connaître les deux P. Malgré les fidèles téméraires qui campaient autour de sa résidence de Nkandla dans le Kwazulu Natal, pour empêcher la police de venir chercher leur leader, l’ancien président a compris que le sort en était jeté. Lui qui a tout essayé pour échapper à cette interpellation a dû se rendre à l’évidence que toute interférence violente de la part de ses soutiens dans le cours de la procédure, lui accorderait peut-être un sursis, mais ne ferait que retarder l’échéance de sa déchéance. Il est donc allé à Canossa et a passé sa première nuit, à la prison d’Escourt, où il aura tout le temps de réfléchir sur la suite judiciaire de l’avalanche de scandales qui tombe sur lui.

En ressassant le cours de l’histoire, il se rendra peut-compte que le pis-aller pour lui aurait été de répondre aux convocations de cette commission d’enquête, dont il n’est autre que le géniteur, et qui avait pour mission de jeter un œil inquisiteur sur les affaires de corruption au sommet. Hélas, il se croyait intouchable, comme ont cru l’être avant lui, d’autres puissants qui ont été contraints de passer par la case justice, pendant ou après leur magistère. Le dernier en date, en Afrique, étant le général mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, derrière les barreaux, dans l’attente de son procès pour «corruption, détournement de biens publics et blanchiment d’argent». En attendant de se défendre devant les juges, l’ancien président crie, au harcèlement politique.

Certes, il a fait des recours dans le cadre de cette condamnation de 15 mois de prison par la Cour Constitutionnelle de son pays, lui et ses conseils mettant, entre autres, en avant son âge avancé pour squatter encore l’univers carcéral. La plus haute cour du pays devra se prononcer le lundi. De même, l’homme qui comptait sur une citadelle humaine de milliers de supporters, n’en n’avait pas moins saisi une cour provinciale qui se prononcera, en principe, ce vendredi sur l’annulation ou non de son arrestation. Mais pour l’instant, Jacob Zuma vit sa solitude de prisonnier et se donnera le temps de préparer sa défense pour se dépêtrer des mille et une affaires qui l’attendent dont le fameux «pot-de-vin du groupe français Thalès».

Nul n’est au-dessus de la loi. Jacob Zuma en constitue l’illustration presque parfaite la plus récente. Depuis sa chute du fauteuil présidentiel, le prédécesseur de Cyril Ramaphosa, poursuivi dans de nombreux scandales dont des affaires de corruption n’en finit pas de faire, négativement, l’actualité au pays de feu Nelson Mandela, avec qui il fut l’un des farouches militants contre l’apartheid, la ségrégation raciale qui fut l’une des plaies les plus hideuses de l’Afrique du Sud. En tout cas cette gloire de héros de combattant de l’émancipation des noirs, Jacob Zuma l’aura plus ou moins vendangée en nageant dans la gadoue des affaires, alors qu’il était aux…affaires. Jusqu’au bout de ses efforts, l’un des icônes de l’ANC, le mythique et inoxydable African National Congress, des Albert Lutuli, Walter Sisulu, Oliver Tambo, Thabo Mbeki, Nelson Mandela, et bien entendu, Jacob Zuma lui-même, pour ne citer que ces militants du mouvement fondé depuis 1912 à Bloemfontein, aura, par toutes les voies, juridiques et surtout politiques, tenté de se soustraire au glaive implacable de la justice.

Et une fois de plus, un puissant d’hier, qui, mériterait de la compassion humaine, passera sous les fourches caudines de la loi qui, elle s’accommode très peu des sentiments. Et même s’il a presque toujours traversé des vents forts de dissension dans son histoire, c’est peut-être l’occasion pour l’ANC de nettoyer les écuries d’Augias, et de se reconstituer en parti fort, pour les échéances politiques futures. Mais, le cas de l’ancien président sud-africain, doit traverser les frontières et servir de leçon à tous ces dirigeants qui doivent savoir qu’après le pouvoir fort, ils peuvent devenir faibles devant la justice. Le P de président peut être aussi celui de prisonnier.

Par Wakat Séra

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