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Le professeur Moritié Camara à propos de la reconstruction de la colonie de la Haute Volta

Dans cet écrit du Professeur d’histoire des relations internationales de l’université Alassane Ouattara de Bouaké, Moritié Camara, il ressort que la reconstruction de la colonie de la Haute Volta, en 1947, a été considérée comme «(…) la reconnaissance de la France envers la bravoure des soldats voltaïques engagés à ses cotés durant la Seconde Guerre mondiale».

Si on devait tenir compte de l’origine ethnique des soldats qui composaient cette « Force Noire » fondée au sein des colonies françaises d’Afrique, elle se serait appelée le Corps des « Tirailleurs Bambara ».

En effet, sur les 198.000 « Tirailleurs Sénégalais » qui ont participé à la Première Guerre Mondiale la moitié était issue de la Colonie du Haut-Sénégal et Niger, (dénomination à ce moment là de la Colonie du Soudan Français et actuelle Mali), 16% venait de la Guinée française, 14 % de Côte d’Ivoire, 13 % du Sénégal et 7 % du Dahomey.

Les soldats issus de la Colonie du Haut-Sénégal et Niger étaient majoritairement d’ethnie Bambara et Mossi. D’où est-ce que vient alors l’appellation « Tirailleurs « Sénégalais » ?

Elle vient de l’origine des premiers soldats qui ont été enrôlés dans cette « Force Noire » qui devait se distinguer de l’ »Force Blanche » dénommée « Tirailleurs Algériens » et composée des soldats algériens et tunisiens qui ont participé notamment en 1856 à la Guerre de Crimée.

Concernant les « Tirailleurs Sénégalais », leur constitution vient de la volonté du Gouverneur du Sénégal, Louis Faidherbe de disposer de suffisamment d’éléments pour maintenir l’ordre dans la Colonie qui était loin d’être pacifiée. Sa demande est formalisée par le décret signé le 21 Juillet 1857 par l’Empereur des Français Napoléon III qui crée le corps des Tirailleurs noirs. Le premier régiment de cette nouvelle structure est composé de sénégalais. Lorsqu’il entreprend l’extension de la colonie du Sénégal vers les territoires qui sont aujourd’hui le Mali, le Burkina Faso et le Niger, il recrute massivement les populations Bambara et Mossis. A ces derniers viennent s’ajouter des populations capturées après une guerre ou des esclaves rachetés à leurs maitres.

En 1861, ce corps est fort de six compagnies (Une compagnie est une unité militaire qui compte entre 100 et 250 soldats). Entre 1908 et 1914, il compte 15 bataillons qui participent à la pacification du Maroc.

Il est important de savoir que les « Tirailleurs Sénégalais » n’ont pas uniquement participé aux deux guerres mondiales, ils servaient avant tout à pacifier les conquêtes coloniales françaises. C’est ainsi qu’ils ont été envoyé, au Maroc mais avant cela, ils avaient servi en 1895 à pacifier Madagascar.

En 1918, à la fin de la Première Guerre Mondiale, c’est 95 bataillons de tirailleurs « sénégalais » environ 200.000 hommes qui se trouvaient sur les champs de batailles en Afrique, en Europe et en Asie.

Ce recrutement massif de soldats par la conscription posait problème non seulement aux africains mais également à certains colons.

En effet, au début de la Première Guerre Mondiale en 1914, « les tirailleurs sénégalais » sont au nombre de 30.000, mais pour disposer de plus de soldats, les autorités françaises signent le 9 octobre 1915, un décret qui déclare mobilisable tout indigène âgé de 18 ans. Toute chose qui donne la latitude aux gouverneurs des colonies de mettre en place de vastes campagnes de conscriptions qui soulèvent de révoltes en 1915-1916 en pays Bambara et Bobo.

Le jeune gouverneur du Soudan français Jost van Vollenhoven qui estime que ce recrutement massif de tirailleurs nuit aux efforts de mise en valeur des colonies à cause de l’absence des forces vives démissionne de son poste en 1917, en guise de protestation.

Malgré cela, un recrutement massif permet l’enrôlement pour le seul premier trimestre de 1918 plus de 63.000 hommes.

Ces hommes qui provenaient de toutes les contrées de l’Empire colonial Français en Afrique, communiquaient entre eux principalement en lagune Bambara avant de pouvoir parler français.

Après la guerre, plus de 80% des survivants sont démobilisés et rendus à la vie civile. Les pertes s’élèvent elles à 30.000 morts et un peu plus du double blessés.

En guise de récompense, un décret pris le 14 janvier 1918 facilite l’accès des anciens combattants à la citoyenneté française à condition de renoncer au droit musulman notamment celui autorisant la polygamie.

Il faut dire que certains soldats nés dans les quatre communes du Sénégal que sont Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis ne sont pas considérés comme tirailleurs car ils sont français de plein droit.

Cependant à cause de leur obéissance à la loi musulmane, l’Administration coloniale avait limité la jouissance de leurs droits de citoyens français. C’est le député Blaise Diagne, le Premier noir à accéder à cette fonction en France, qui obtiendra en pleine guerre la reconnaissance de leurs droits de citoyens français. Dès lors, ces soldats furent intégrés dans des régiments de l’Armée française plutôt que dans celui des « tirailleurs sénégalais ».

A l’occasion de la Seconde Guerre Mondiale, ils sont plus de 140.000 à se battre aux cotés de la France. Quelques 24.000 d’entre eux seront tués ou fait prisonniers par les allemands.

Ils étaient en premières lignes pour « la bataille de France » qui permet de reprendre aux allemands l’Ile d’Elbe en Juin 1944 et la ville de Toulon en Aout de la même année.

Ils participeront ensuite à la guerre d’Indochine entre 1946 et 1954.

En novembre 1944, 1280 « tirailleurs » anciens prisonniers des allemands libérés sont regroupés dans un de camp de transit à Thiaroye à la périphérie de Dakar. Démobilisés, ils posent le problème de leurs indemnités et pensions d’anciens soldats. Le Général Dagnan qui est chahuté donne l’ordre aux gendarmes de tirer après l’échec de deux heures de négociations. Quelques 70 tirailleurs sont tués et plusieurs centaines blessés. 34 considérés comme les meneurs sont condamnés à des peines de 1 à 10 ans de prison avant d’être graciés en Juin 1947.

La bravoure de ces combattants noirs était reconnue par tous les commandants qui les conduisaient sur les champs de batailles.

C’est d’ailleurs à la bravoure des tirailleurs Mossis que l’on doit en 1947 la reconstitution de la Colonie de la Haute Volta qui avait été dissoute en 1932 et ses provinces dispersées entre le Mali, la Côte d’Ivoire et le Niger.

En effet, la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le très influent Moro-Naba Saaga II, roi des Mossis entre 1942 et 1957, bataille pour la reconstitution de la colonie de la Haute Volta. Le Gouvernement Français confie à une commission parlementaire le soin d’analyser cette demande afin de lui faire une recommandation. Cette dernière estime dans son rapport que «cette reconstitution de la Colonie pourrait servir à exprimer la reconnaissance de la France envers la bravoure des soldats voltaïques engagés à ses cotés durant la Seconde Guerre mondiale». La Colonie de la Haute Volta sera donc reconstituée dans ses limites du 5 septembre 1932 avec pour capitale Ouagadougou par la loi du 4 septembre 1947.

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