Accueil A la une Les territoires français d’Outre-mer, grands oubliés du sommet Afrique-France

Les territoires français d’Outre-mer, grands oubliés du sommet Afrique-France

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Ceci est une réflexion de Serge Samandoulgou, Chargé de recherche en philosophie morale et politique (INSS/CNRST), sur le sommet Afrique-France.

Lors du nouveau Sommet Afrique-France du 8 Octobre 2021 à Montpellier, le leitmotiv était de parler vrai. Si préalablement il y avait eu des consultations auprès d’une société civile représentative et intergénérationnelle, pourquoi autant d’ires, de moqueries, de désapprobations venant de l’auditoire mais aussi du monde entier via les réseaux sociaux ? En inversant les mots France et Afrique dans le titre du sommet on avait pourtant annoncé l‘honneur et la couleur espérant que l’inversion ferait oublier un présent post colonial à une jeunesse triée sur le volet et qu’on croyait crédule, alors qu’en retrait se cachaient de moins innocents poètes et autres flagorneurs de service.

Á qui s’adressait le président Macron ? Non pas seulement à la jeunesse de l’Afrique francophone, à la jeunesse africaine formant une diaspora cultivée vivant en France et influente chez les binationaux, mais à l’ensemble des Afriques y compris anglophones. Était-ce au nom de la France universelle ?

Néanmoins, au-delà de ce qui peut faire polémique, l’initiative de s’adresser directement à une jeunesse cultivée dans un contexte de flux migratoires qui fait débat dans l’Hexagone, est louable pour aborder des questions de développement économique puisque cette jeunesse contient en son sein les dirigeants de demain qui devront faire face à des défis géostratégiques et climatiques. Ainsi, à l’heure où l’on constate la perte d’influence de l’Occident dans les grands enjeux géostratégiques, le président Macron voudrait-il amorcer une transition, une transition inévitable, mais délicate eu égard à un passé colonial qui a fait, et fait encore la richesse et la puissance de plusieurs états de l’Occident ? Quant aux grandes entreprises ? Pour cette incontournable transition, sont-elles prêtes à négocier des partenariats sur la base d’échanges équitables pour mettre fin à ce qui s’apparente depuis longtemps à des pillages ? Comment établir des échanges justes entre des pays de ce vaste continent Africain et ce modeste pays qu’est la France dans sa superficie, cependant située au 2ième rang de la zone Économique Exclusive maritime au monde du fait de sa présence sur trois océans : Atlantique, Indien et Pacifique ?

Pour séduire cette jeunesse émancipée, le président des français propose un fonds de soutien à la démocratie de 30 millions d’euros sur trois ans, une aide de 4 millions à destination des sportifs, ou bien encore la création d’une maison des mondes africains et diasporas. Est-on déjà dans la transition ? Il semble plutôt qu’il s’agisse malheureusement d’une politique peu innovante et sans rupture avec les habitudes.

Pendant ce temps, ce sont les envois d’argent des diasporas qui irriguent les économies locales, ces Remitt@nces* qui font l’objet de commissions prélevées par l’industrie de transfert d’argent. En 2019, l’ancien Commissaire Européen à la concurrence avait proposé de faire payer des impôts aux GAFA, dans les pays où ils sont présents : c’est chose faite. De même, pourquoi ne pas imposer aux sociétés françaises gérantes d’infrastructures portuaires, aéroportuaires, sans oublier celles exploitant, prélevant et exportant hors des Afriques les matières premières brutes, un prélèvement identique à destination des infrastructures. Adopter de telles mesures sans délai montrerait la sincérité d’une volonté de partenariat équitable. Á ce moment de l’Histoire où vont se jouer de nouvelles influences, et pour ne pas réitérer les injustices d’autrefois, à l’heure où les solidarités et les partenariats doivent l’emporter sur les rivalités et les épreuves de force face aux défis du changement climatique et aux bouleversements démographiques, l’heure est donc à la transition et à l’anticipation, mais surtout au respect des partenaires et au dialogue. Et les choses pressent. Les ressortissants des six régions reconnues par l’Union Africaine et qui constituent ce que Emmanuel Argo dénomme Africa Mundus, déclament de moins en moins, les yeux fermés et la main sur le cœur, les mêmes poèmes et récits appris dans la littérature française. Certains comme le Rwanda, l’Algérie, le Gabon et Madagascar se tournent désormais vers l’anglais pour entrer dans le Commonwealth.

Dans son intervention, le président Macron s’adresse également aux diasporas nationales africaines composant cette sixième région extra continentale reconnue par l’Union africaine. Mais il oublie les Afro-descendants des Outre-mer français, alors que l’Assemblée générale des Nations Unies à New-York a proclamé Décennie des personnes d’ascendance africaine, la période 2015-2024.

Dans la mesure où une phase de transition s’amorcerait, on ne peut faire l’impasse de cette composante de la diaspora africaine, ces afro descendants issus de la déportation de plusieurs millions d’africains qui a duré pendant quatre siècles et qu’on a dispersé sur plusieurs continents. Ce sont souvent des populations vieillissantes, majoritairement résignées à la modestie de leur condition.  Relégués dans un statut de dépendance énergétique, alimentaire, technologique… ces petits territoires éloignés de la métropole française offrent pourtant des réelles opportunités biotechnologiques au regard des enjeux climatiques et environnementaux.

Toutefois, comme préalable à une politique de partenariats, la seule qui puisse établir une relation juste et équitable, une étape de reconnaissance, de vérité et de conciliation doit dès à présent être mise en place pour mettre fin aux habituelles promesses électorales, à l’instar de celle d’un président qui en son temps avait promis sans garantie plus d’1 milliard d’Euros pour la Guyane Française. Rien moins que le fait du prince !

Si des représentants de la société civile de cette 6ième région avaient été invités, ceux des outremers français reconnus à travers le monde auraient rappelé qu’un an après l’abolition de l’esclavage les colons avaient été dédommagés de plus de 123 millions de franc pour les indemniser de la perte de 250 000 esclaves, et qu’au titre de la réparation, ils demandaient que des dispositions expresses soient prises concernant l’impôt sur la succession et la transmission de l’héritage en Outre-mer français. Cette dispense pourrait être appliquée, bien évidemment aux personnes d’ascendance africaine, et pendant quatre siècles, soit la durée de la traite négrière.  De plus, au titre de la compensation et du rattrapage, un Fonds d’investissement s’impose pour le développement économique et culturel. De telles dispositions prises dans le cadre de la décennie des afro-descendants, qui changeraient radicalement des mea culpa et autres repentances qui ne coûtent rien, auraient pour but d’assurer un avenir plus serein aux générations actuelles qui, comme d’autres, aspirent légitimement au bien vivre dans leur région d’origine.

Ces propositions seront bien entendu soumises à la sagacité de tous les candidats se présentant aux prochaines élections présidentielles françaises de 2022, et qui rappellent volontiers la devise de la République Française : Liberté, Égalité, Fraternité.

Il va de soi que compte tenu de la multiplicité des moyens de communication existants, les diasporas et sociétés civiles de l’Africa Mundus s’inviteront calmement et sereinement dans le débat public pour rétablir certaines vérités. Il y a 50 ans la Chine connaissait la pénurie alimentaire. Les temps changent, n’insultons donc pas l’avenir en ce qui concerne les Afriques. Nos expatriés français et occidentaux, risquent bel et bien d’être les migrants de demain, traversant la méditerranée dans le sens inverse.

Tandis que le président des français flatte la jeunesse africaine en promettant des aides, la campagne électorale bat déjà son plein en France sur le thème de l’immigration. « Ne venez pas en Europe, nos frontières vous seront fermées. Les « sans-papiers » seront désormais expulsés ». Pour en finir avec une présentation partiale et erronée des Afriques, « un parler vrai » quant aux réels enjeux géopolitiques et stratégiques, s’impose dans les terroirs, communes, collectivités et régions, là où vivent et travaillent nombre d’africains et d’afro descendants, de l’ingénieur à l’enseignant, du médecin au fonctionnaire, du chef d’entreprise à l’ouvrier, du parlementaire au conseiller municipal…

D’ailleurs, la France a-t-elle d’autres choix à l’heure où le président Macron s’engage à réindustrialiser le pays ? Les grandes puissances se pressent auprès des dirigeants africains pour s’assurer le lithium, le cobalt, le bois ou autres matières premières dont ils ont besoin.

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Emmanuel Argo a été :

  • Enseignant spécialiste du droit communautaire à la faculté de droit des universités en France,
  • Contributeur pour l’ANC/African National Congress dans le cadre des travaux de la CODESSA/Convention pour une Afrique du Sud démocratique et la nouvelle constitution post apartheid,
  • Consultant pour le ministère de l’Éducation du gouvernement de Nelson Mandela auprès de la Commission Européenne,
  • Expert /Conseiller de la SADC/Communauté de Développement d’Afrique Australe,
  • Conseiller du ministre des transports et communications du Mozambique,
  • Contributeur au sein de la Commission pour l’Afrique/ Commission for Africa à Londres 2005,
  • Rapporteur général de la conférence plénière du G8 Civil présidée par Vladimir Poutine en 2006 à Moscou au titre des diasporas Africaines basées à Londres,
  • Membre de la Civic Commission for Africa représentant les diasporas au TICAD /Tokyo International Conference on African Development -2008.

Depuis 2005, il est membre de Chatham House/Institut des Affaires Internationales à Londres/Royaume Uni. Il est l’auteur de la dénomination générique : Africa Mundus. Du concept de NégroÉvolution. Des livres intitulés : Main basse sur l’argent des pauvres ; Merci aux   Remitt@nces préfacé par le Prix Nobel de la Paix Lech Walesa. De : Nelson Mandela et la naissance de la nouvelle Afrique du Sud. Il a préfacé les ouvrages intitulés : Qui menace la Paix et la stabilité en Afrique ? ainsi que : Noir la couleur qui tue. Il est l’auteur de nombreux articles de presse et assure également des chroniques dans différents journaux tant en France qu’à l’étranger.  Il préside le réseau AMI /Africa Mundus International.                                                                                                                                                                                                                                                                  Au titre des diasporas de la 6ième région, il est membre de la Chambre de Commerce Africaine / AFCHAM-China établie à Shangaï.                                                                                                                                                   En France au titre de la Société civile, il est élu conseiller municipal de 41140 Thésée et membre de la Commission du développement économique de la communauté de communes du Val de Cher -controis de la région Centre Val de Loire.                                                                                                                                                   

Du 30 septembre au 01 octobre 2021, au Forum mondial Normandie pour la Paix , il est allé à la rencontre du Cacique amérindien Ninawa est un chef du peuple Huni Kuí qui vit dans l’Acre, un État de l’Amazonie brésilienne. Guérisseur et militant pour les droits des peuples indigènes, il préside la Fédération Huni Kuí, aussi appelée Kaxinawa, “Peuple Vrai”.

Serge SAMANDOULGOU

Chargé de recherche en philosophie morale et politique (INSS/CNRST)

sergedenison@gmail.com