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Mali: négociations avec les djihadistes, nouveau coup de poignard à Macron

Les négociations entre l'Etat malien et les djihadistes du GSIM soulèvent bien des questions (Ph. d'illustration/lepoint.fr)

Alors que l’armée française, en plein redéploiement de sa présence au Sahel, avec le départ en perspective de la force Barkhane, annonce avoir tué, ce lundi, une femme dans la région de Gossi lors d’une opération de reconnaissance aux côtés d’une unité malienne, Bamako, lui, affirme sa volonté d’appeler les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) sous l’arbre à palabre. Les négociations prennent désormais une envergure nationale alors qu’elles étaient à pointure locale avec quelques groupes sous coupe al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Cet appel de l’Etat malien à l’endroit de ses enfants qui ont tourné le fusil contre leur propre pays qu’ils endeuillent au quotidien, est loin d’être une trouvaille du pouvoir intérimaire en place. L’initiative était déjà prise par le défunt régime de Ibrahim Boubacar Keïta. Même l’équipe en tête de la transition chassée par le deuxième coup d’Etat du colonel Assimi Goïta l’avait dans ses plans. C’était, d’ailleurs, une recommandation du peuple malien, exprimée lors du Dialogue national inclusif de 2019. Aujourd’hui, la patate chaude a été refilée au ministère malien du culte qui a mis à la tâche, le Haut conseil islamique (HCI) du Mali.

A quoi aboutira cette mission de «bons offices» qui a échu aux ouailles de l’imam Chérif Ousmane Madani Haïdara? Ce qui est certain, les deux chefs djihadistes, cibles visées par ces discussions, n’ont pas encore dit mot sur cette proposition de l’Etat malien. Ils mettront, sans doute, sur la table leurs conditions, dont la plus connue depuis les premières tentatives de négociations est que l’armée française quitte le Mali. Le départ annoncé, et en cours, de la force Barkhane du Sahel, sera-t-il un facteur motivant pour que Iyad Ag Ghaly, le chef du GSIM et Amadou Koufa, le patron de la katiba Macina, appendice du GSIM, acceptent d’aller aux négociations?

Ou alors exigeront-ils que l’armée française quitte définitivement le Mali, pendant que Paris compte la redéployer autrement pour continuer la lutte contre le terrorisme, notamment dans la zone dite des Trois frontières, une région où les Français combattent, du reste, farouchement les djihadistes du GSIM qui l’ont infestée?  En tout cas, cette carte de négociation sortie du béret magique du colonel Assimi Goïta ressemble fort à une nouvelle cartouche du pouvoir intérimaire malien, dans son bras-de-fer avec Paris. En plus des bruits persistants qui rapprochent de Bamako la société russe Wargner, dont les éléments sont qualifiés de mercenaires, et à qui sont attribuées bien des exactions en Libye et en république centrafricaine, cette négociation avec les djihadistes à laquelle Emmanuel Macron s’est toujours dit opposé, sonne comme un avertissement avec frais pour Elysée.

S’il faut reconnaître que les voies de la paix sont insondables et accorder aux autorités maliennes la bonne foi dans la recherche de la quiétude pour leurs concitoyens, il faut aussi  mettre dans la balance cet accord de cessez-le feu, négocié et obtenu en mars dernier, dans le cercle de Niono, auprès des combattants de la katiba Macina par le même HCI et qui n’a pas survécu longtemps à l’épreuve de son application. Des tentatives pour ressusciter ce cessez-le feu, qui a fait long feu, seraient encore en cours. Les dispositions de cet accord serviront-elles de matrice aux futures discussions entre Etat malien et djihadistes du GSIM? Selon cet accord, les djihadistes permettaient, à tous les habitants du cercle de Niono, y compris les chasseurs traditionnels dozos, de circuler sans restriction, en échange, entre autres, du port du voile obligatoire pour les femmes, de la perception de la zakat et d’une justice traditionnelle aux mains des kadis de la katiba Macina. Sauf erreur, la balance semble bien pencher en faveur des djihadistes et on estencore bien loin du respect des droits universels de l’homme.

Et, comme l’enseigne le père du célèbre roman «Les Soleils des indépendances», l’Ivoirien Ahmadou Kourouma, «le molosse ne change pas sa déhontée manière de s’asseoir». Comment contraindre les djihadistes, qui disent défendre leur foi religieuse contre l’impérialisme et les préceptes occidentaux, à se ranger définitivement sous la bannière de la république? La tâche sera bien ardue pour le HCI. Mais si au bout du rouleau, le Haut conseil de l’islam arrive à ramener les brebis égarées dans la bergerie, on ne pourra que s’en réjouir et souhaiter, comme lui, que «la guerre cesse» et que le sang des Maliens arrête de couler. En attendant, difficile d’empêcher Emmanuel Macron de se triturer les méninges en pensant à ce nouveau coup de poignard que lui porte, le pouvoir intérimaire malien.

Par Wakat Séra

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