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Mali: qui voulait faire de Assimi Goïta le mouton de sacrifice?

Le colonel Assimi Goïta (Ph. afrik.com)

Le président de la transition politique au Mali, Assimi Goïta a été victime d’une tentative d’attaque au couteau. C’était ce 20 juillet à Bamako. Le présumé auteur de cet acte condamnable, et bien osé, voudrait faire du colonel double-putschiste un mouton de sacrifice qu’il n’aurait pas agi autrement. Car, ce jour de l’attaque déplorée par les autorités maliennes, était célébré par les fidèles musulmans, l’Aïd al-Adha, le sacrifice du mouton dont le tiers doit être partagé, en charité, aux nécessiteux. Encore appelée l’Aïd el-Kebir, cette commémoration marque la fin du Hadj et rappelle la volonté de Ibrahim de sacrifier son fils Ismaël et l’acceptation par celui-ci, de ce commandement de Dieu. Selon les Livres Saints, c’est, constatant la foi de Ibrahim en lui, que Allah a remplacé, par un animal, son fils qu’il s’apprêtait à immoler.

L’autre symbole qui rapprochait cette tentative d’assassinat est donc le tempo choisi par le présumé auteur qui passait à l’action, au moment où l’imam de la Grande mosquée de Bamako est sorti pour aller égorger son mouton, selon le rituel religieux. Et c’est à cet instant que l’un des deux jeunes, a essayé, lui, aussi, avec un couteau, de poignarder l’homme fort de Bamako. Mais le coup a été déjoué par Assimi Goïta dont la sécurité a rapidement maîtrisé le présumé assassin.

Qui donc est derrière cette tentative d’assassinat qui, si elle avait abouti, aurait plongé le Mali dans un deuil qui viendrait grossir ceux consécutifs aux tueries quotidiennes orchestrées par les jihadistes? A moins que l’acte fasse partie des mises en scène dont sont experts les hommes politiques, pour se victimiser ou opérer des purges dans les rangs de leurs adversaires. En tout cas, toutes les pistes semblent plausibles même si l’acte isolé est, pour l’instant, évoqué. C’est certain, que Assimi Goïta était loin de n’avoir que des amis. Que ce soit dans l’armée où dans le microcosme politique, l’auteur de deux putschs militaires, dont celui du 19 août 2020 a emporté le régime Ibrahim Boubacar Keïta et celui de mai 2021 contre son prédécesseur, Bah N’Daw, colonel major à la retraite, donc militaire comme son tombeur, ne comptait pas que des admirateurs. De plus, par son coup d’Etat d’août 2020, il était comme celui qui avait volé la révolution de rue portée par le M5-RFP mené à l’époque par le très populaire Imam Mahmoud Dicko.

Hors des frontières, ces putschs, réalisés en neuf mois, par les hommes en kaki de Kati, avaient, du reste, soulevé l’ire de nombre de dirigeants de la sous-région et de la communauté internationale qui ont suspendu le Mali des instances des organisations internationales. Difficile également de mettre de côté, la rivalité russo-française qui s’est déportée sur les bords du Djoliba, avec ce penchant manifeste des nouveaux maîtres de Bamako pour Moscou. Pour boucler la boucle des hypothèses d’enquête, la piste jihadiste n’est pas non plus à écarter. Du reste, les autorités maliennes ont assuré que l’enquête sera «minutieuse», pour découvrir la vérité.

Le coupable est déjà trouvé par Assimi Goïta qui accuse une main déstabilisatrice. «Quand on est leader, il y a toujours des mécontents, des gens qui peuvent à tout moment vouloir tenter des choses pour déstabiliser». Foi du colonel de Kati, certain que la tentative d’attaque au couteau, contre lui, ce jour de Tabaski, constitue un acte de déstabilisation de son pouvoir lui-même anticonstitutionnel qui rencontre bien des vents contraires. Quel pourrait bien être l’impact de cet acte sur la suite du calendrier de la transition et surtout le respect de la tenue de l’élection présidentielle qui doit déboucher sur la transmission du pouvoir aux civils? En attendant, bien de zones d’ombre couvrent cet attentat que les plus sceptiques ont déjà rangé dans la catégorie des grossiers montages à des fins de purge politique. Les résultats de l’enquête sont très attendus et feront certainement l’objet d’un examen à la loupe des analystes politiques.

En tous cas, et fort heureusement, La Grande Fête des musulmans n’a pas été entachée du sang d’un sacrifice humain qui n’avait pas sa place dans le rituel de la Tabaski.

Par Wakat Séra

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