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Mali: vers l’enlisement?

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Manifestation à Bamako (droit réservé)

«La lutte doit continuer, mais sans violences». Propos de l’imam Mahmoud Dicko, l’influent chef religieux, figure de proue de la contestation contre le pouvoir malien. En face, le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, cible du Mouvement du 5 juin (M5) qui exige qu’il «dégage», appelle également à l’apaisement, mais n’est visiblement pas entendu par des manifestants qui viennent de lui montrer toute leur hostilité, pour la troisième fois en moins de deux mois. Plus que ceux des 5 et 19 juin derniers, le mouvement de protestation du vendredi 10 juillet et du lendemain, ont jeté davantage de monde sur la place de l’indépendance et dans les rues de Bamako. Pire, ils ont engendré la destruction d’édifices publics symboles, notamment le bâtiment de l’Assemblée nationale. Dans le même temps, l’Office de radiodiffusion et télévision malienne (ORTM), pris d’assaut pas une foule en colère, a même cessé d’émettre pendant un bon bout de temps. Les barricades et incendies de pneus sur les axes routiers et les principaux ponts de la ville ont complété le décor chaotique de ce week-end de manifestation dans la capitale malienne. Et comme il fallait s’y attendre, les forces de l’ordre qui ont essayé de maîtriser cette ire collective se sont retrouvées en confrontation avec les manifestants. Résultats des courses de ce week-end infernal, au moins six morts, de nombreux blessés, des dégâts matériels importants et des arrestations de leaders de la contestation.

Un troisième avertissement presque sans frais pour IBK, qui, visiblement ruse avec les contestataires de son pouvoir qui en sont revenus à demander son départ pur et simple, alors que, suite aux différentes interventions dont celle de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO), ils se contentaient d’exiger, entre autres,  la dissolution de l’Assemblée nationale, le renouvellement intégral des membres de la Cour constitutionnelle et la mise en place d’un gouvernement de transition dirigé par un Premier ministre désigné par le M5. Mais suite aux successives fuites en avant de Ibrahim Boubacar Keïta qui semble vouloir jouer la montre pour affaiblir, voire casser la fronde contre son régime, la lutte a même franchi un palier supplémentaire, avec ces violences, pertes en vies humaines et interpellations à tout vent. Toutes choses qui ne font qu’enfoncer un pouvoir en perte de vitesse et même de crédibilité. Le navire battant pavillon IBK tangue sérieusement, et plusieurs rats, sentant la tempête venir, l’ont déjà déserté.

L’homme fort de Bamako, affaibli par cette détermination de ses concitoyens qui affirment en avoir marre des affaires qui accablent la république, de la menace djihadiste, de l’agonie des secteurs de l’éducation et de la santé, de la cohésion sociale qui part en lambeaux, de la hausse constante du coût de la vie, du chômage des jeunes, pour ne citer que ces griefs, cherche toujours une porte de sortie. Pendant qu’Ibrahim Boubacar Keïta annonçait une «dissolution de fait» de la Cour constitutionnelle, son Premier ministre, Boubou Cissé, lui, promettait la formation imminente d’un «gouvernement d’ouverture». Mais ces actes sont loin de calmer les ardeurs des contestataires, décidés à obtenir la satisfaction de leur mémorandum et à aller au bout de leur lutte dont la fin, selon eux, ne sera autre que le départ de IBK des affaires. Leur détermination, semble toujours plus forte, malgré les arrestations de certains de leurs leaders.

En tout cas, le ciel commence à s’assombrir au-dessus de la tête de IBK. Et le rapt du chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, toujours détenu par ses ravisseurs depuis le 25 mars dernier, enlèvement face auquel il reste comme impuissant, risque de jeter davantage d’huile sur le brasier malien. Ce kidnapping dont tous les dessous ne sont pas encore connus, figure d’ailleurs dans le mémorandum du M5 qui réclame la libération de l’opposant. Incontestablement, l’autorité de IBK que les manifestants disent ne plus reconnaître, appelant à une «désobéissance civile» sur toute l’étendue du territoire national, est bien entamée. Le «bonnet du chef flotte-t-il dans l’air», comme le chante le célèbre rappeur burkinabè Smarty?

Par Wakat Séra

 

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