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Mariama Bâ: 45 ans après sa mort, la voix des femmes africaines résonne toujours

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Décédée le 17 août 1981 à l’âge de 52 ans, Mariama Bâ a marqué la littérature africaine avec seulement deux romans. De «Une si longue lettre» à «Un chant écarlate», l’écrivaine sénégalaise a fait de la plume un puissant moyen de dénoncer les injustices faites aux femmes et de questionner les traditions.

Née le 17 avril 1929 à Dakar, Mariama Bâ grandit dans une famille Lébou musulmane. Après la disparition de sa mère, elle est élevée par son grand-père, dans un contexte où l’accès des jeunes filles à l’instruction reste encore limité. Son père, Amadou Bâ, futur ministre de la Santé dans le premier gouvernement sénégalais en 1957, l’encourage toutefois à poursuivre ses études.

Elle rejoint ainsi l’École normale des jeunes filles de Rufisque, institution qui formera plusieurs générations de femmes africaines instruites. En 1947, elle y décroche son diplôme de titularisation dans l’enseignement et embrasse une carrière d’institutrice.

Mariée au député Obèye Diop, avec qui elle aura neuf enfants avant leur divorce, Mariama Bâ est confrontée de près aux réalités sociales qui pèsent sur les femmes. Cette expérience nourrit son engagement. Dans ses articles, ses discours et ses activités associatives, elle plaide pour une meilleure éducation des filles, une plus grande participation des femmes aux prises de décision et une amélioration de leurs droits.

La polygamie, les inégalités au sein du couple, la marginalisation des femmes et les difficultés liées à la maternité deviennent progressivement des thèmes majeurs de sa réflexion.

En 1979, elle franchit le pas de la littérature avec «Une si longue lettre». Sous la forme d’une longue correspondance adressée à son amie Aïssatou, Ramatoulaye Fall raconte son veuvage, sa condition de femme et de mère, mais surtout les blessures provoquées par la polygamie et les choix imposés par la société.

Le succès est immédiat. En 1980, Mariama Bâ devient la première femme africaine à recevoir le prix Noma de publication en Afrique, distinction remise à l’occasion de la Foire du livre de Francfort. Depuis, «Une si longue lettre» a été traduit dans de nombreuses langues et est devenu un incontournable de la littérature africaine francophone.

L’œuvre a également traversé les générations. À l’été 2025, elle a connu une nouvelle vie à l’écran à travers une adaptation réalisée par la cinéaste sénégalaise Angèle Diabang.

Mais l’écrivaine ne connaîtra pas cette nouvelle consécration. Après une longue maladie, Mariama Bâ s’éteint à Dakar le 17 août 1981. Elle avait 52 ans.

Quelques mois après sa disparition paraît son deuxième roman, «Un chant écarlate». Publié à titre posthume, le livre poursuit son exploration des rapports entre traditions, modernité et différences culturelles, à travers l’histoire d’un couple mixte confronté aux résistances de son environnement familial et social. En 1982, l’ouvrage reçoit le Grand Prix littéraire d’Afrique noire.

Quarante-cinq ans après sa disparition, Mariama Bâ n’est donc pas seulement une figure de la littérature sénégalaise. Elle reste une voix qui a donné des mots aux silences, aux frustrations et aux aspirations de nombreuses femmes africaines. À travers ses deux romans et son engagement, elle a laissé un héritage qui continue de questionner la société sur l’éducation, le mariage, les traditions et, surtout, la place accordée aux femmes.

Par Valentin SOMANDE