
Il s’appelle Muhoozi Kainerugaba. Il est le chef d’état-major, donc patron de l’armée. Il est le leader de La Ligue Patriotique d’Ouganda (PLU), un groupe de pression bien influent sur la vie politique de son pays. Il fait la pluie et le beau temps, le plus souvent pour le malheur des opposants, malgré le courroux, d’ailleurs bien silencieux, de ses compatriotes et de la communauté internationale. Mais l’homme est surtout, le fils du père, auquel il compte succéder dans les urnes, en 2031. En tout cas, Muhoozi Kainerugaba, dit avoir, pour sa future entreprise, la bénédiction de Yoweri Museveni, 81 ans dont 40 au pouvoir. Si ce dernier n’a pas encore dévoilé une quelconque intention de briquer un 8e mandat, il n’a pas, non plus, donné une caution publique aux ambitions de son fils.
Du reste, le fils n’en n’est pas à sa première annonce de vouloir devenir calife à la place du calife. Car, il l’avait fait pour la présidentielle de janvier 2026 avant de se raviser et d’accorder tout son soutien à son père qui a été réélu avec 71,65% des voix devant son éternel challenger malheureux, Bobi Wine, crédité, lui, de 24,72% des scrutins. Comme à l’accoutumée le processus électoral, de la campagne aux résultats, a porté le sceau d’une forte répression de l’opposition, marquée par des arrestations et des violences à la pelle. Bobi Wine et ses partisans, qui continuent de réclamer une «victoire qui leur a été volée» ont, une fois de plus souffert le martyre et ont dénoncé, et dénoncent toujours, une fraude électorale massive. D’ailleurs, le jeune Robert Kyagulanyi Ssentamu, de son nom de chanteur et d’acteur, Bobi Wine, 44 ans, est toujours contraint à l’exil, sous diverses menaces du pouvoir sans partage de Yoweri Museveni.
Question: Yoweri Museveni se présentera-t-il encore pour un 8e quinquennat, lui qui a fait sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel? Au pays de cet autre ancien président qui y a régné d’une main de fer, Idi Amin Dada, pour ne pas le nommer, le pouvoir deviendra-t-il patrimonial? Même si 2031 c’est encore dans cinq ans et que beaucoup d’eau peut encore couler sous les ponts, l’Ouganda deviendra-t-il la chose de la famille Museveni? Qui sera l’adversaire de taille du fils ou du père Museveni en 2031, Bobi Wine étant tenu éloigné de l’Ouganda? Des interrogations qui demeurent lancinantes, dans un Ouganda où le peuple, souvent coupé de l’internet à la veille des élections, vit sous une chape de plomb. Et si le fils va jusqu’au bout de ses ambitions et se présente à cette élection de 2031, qu’il est sûr de gagner avec «90%» des votes, avec le soutien de son père et «par la grâce de Dieu», comme il l’a écrit sur son compte X, optera-t-il pour un régime plus ouvert et, surtout, moins répressif? Rien n’est moins sûr, lui-même, en tant que chef des armées, étant au cœur de ces violences politiques dont est coutumier le régime.
En attendant 2031, le jeu politique est déjà bien verrouillé et n’augure rien de nouveau pour des Ougandais abonnés à la fatalité d’un pouvoir Museveni éternel. Ou tout au moins encore bien installé dans la durée!
Par Wakat Séra






































