Accueil A la une Procès putsch manqué: « Je n’ai jamais refusé de comparaître » (Djibrill Bassolé)

Procès putsch manqué: « Je n’ai jamais refusé de comparaître » (Djibrill Bassolé)

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(Ph. rfi.fr)

Le général Djibrill Bassolé qui a été absent à plusieurs audiences au procès du putsch manqué de 2015, souffrant d’un cancer complexe, s’est présenté à la barre ce mardi 20 août 2019, pour livrer son mot de la fin, après la plaidoirie de ses avocats.

L’ex-ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, d’un boubou blanc vêtu, s’est présenté à la barre, affaibli par la maladie. Tout comme lors de ses précédents passages à la barre, c’est assis sur une chaise qu’il a livré son mot de la fin.

Hier lundi 19 août 2019, ses avocats avaient demandé à lire son mot de la fin, mais le tribunal, après avoir écouté toutes les parties sur cette doléance, a ordonné que le général Bassolé soit physiquement présent pour le livrer lui-même.

C’est d’une voix peu audible, qu’il a tout d’abord donné les raisons de ses absences liées à sa santé défectueuse et a demandé au tribunal de lui permettre d’obtenir le renouvellement de son passeport ordinaire, afin qu’il puisse avoir le visa pour aller se soigner sur un plateau adéquat.

« Je n’ai jamais refusé de comparaître. Je n’ai jamais eu l’intention de fuir le débat. Le tableau de la santé n’est pas du tout reluisant », a-t-il soutenu.

L’intégralité du mot de la fin du général Bassolé

« Monsieur le Président;
Monsieur le juge Conseiller;
Monsieur le Général et Messieurs les Officiers Supérieurs, juges assesseurs militaires;

Je suis au regret de ne pas pouvoir me tenir physiquement devant vous pour m’adresser à vous de vive voix à cette phase ultime de notre plaidoirie.

Mon état de santé ne le permettant pas, j’ai donc demandé à mes avocats, de bien vouloir porter à votre connaissance mon mot de la fin.

Je voudrais avant tout, monsieur le Président, vous exprimer toute ma gratitude pour les autorisations que vous avez bien voulu m’accorder à travers mes avocats afin que j’accède, à l’extérieur du Burkina Faso, aux soins de santé prescrits par mes médecins traitants.

Votre première autorisation en date du 17 février 2019 m’a permis d’être évacué, par les soins de l’Etat, à la Polyclinique de Hammamet en Tunisie qui ne disposait pas de plateau technique nécessaire pour me soigner convenablement, conformément à la prescription de mes médecins traitants.

Votre deuxième autorisation en date du 02 août, suite au dernier rapport médical de mes médecins me permettra, je l’espère vivement, d’accéder enfin à un centre spécialisé dans le traitement de ma pathologie.

Je vous en remercie sincèrement.

Monsieur le Président;
Messieurs les juges;

S’agissant de mon dossier judiciaire, vous l’aurez constaté, les infractions qui me sont reprochées ne correspondent en rien à la réalité des faits.

Je ne vous ennuierai pas davantage à vouloir vous prouver mon innocence pour trois raisons essentielles:

D’abord, je n’en n’ai plus la force monsieur le Président, éprouvé que je suis par la maladie et les interventions chirurgicales y afférentes.

Ensuite, mes avocats et moi-même au cours de vos interrogatoires et certainement des dernières plaidoiries avions tout expliqué et démontré qu’aucune des infractions qui me sont reprochées ne repose sur aucun fondement ni en droit, ni dans les faits.

Enfin, vous savez tout maintenant monsieur le Président au sujet de ma prétendue implication dans les événements du 16 septembre 2015 et jours suivants.

Vous avez patiemment écouté de longs mois durant tous mes co-accusés et les témoins de l’accusation vous relater les faits et répondre à vos questions . Vous avez également parcouru le volumineux dossier en votre possession.

A ce stade de notre procès, je ne peux que compter sur votre appréciation lucide, objective, conforme au droit et débarrassée de l’environnement des calculs et des manœuvres politiciens qui sont sans nul doute à l’origine de ma comparution devant votre juridiction.

Monsieur le Président;
Monsieur le Conseiller;
Messieurs les juges assesseurs;

Les graves violations de mes droits et les nombreuses manipulations que mes avocats vous ont exposées au cours des débats de ce procès montrent bien s’il en était encore besoin, que je suis poursuivi, incarcéré et renvoyé devant votre juridiction pour des raisons subjectives et politiciennes qui s’éloignent complètement du droit et qui le méprisent de manière ahurissante. Le traitement du dossier judiciaire en ce qui me concerne a été constamment téléguidé de l’extérieur de la Justice dans l’arbitraire, la démesure et la disproportion.

Il vous revient la responsabilité d’apprécier les faits y relatifs en toute objectivité et dire le droit, rien que le droit.

Je ne terminerai pas mon propos sans réitérer ma profonde compassion aux familles des personnes décédées, aux blessés ainsi qu’à tous ceux qui ont subi des préjudices du fait des violences survenues lors des évènements du 16 septembre 2015 et jours suivants. Je plaide que des solutions rapides et efficaces soient trouvées à leurs légitimes attentes.

A mes co-accusés et codétenus, j’exprime toute ma sympathie et ma solidarité dans les épreuves que nous traversons. Je remercie du fond du cœur ceux qui m’ont assisté et aidé lorsque j’étais en difficulté. Puisse le Tout Puissant nous donner la force et le courage d’assumer notre destin.

Monsieur le Président;
Monsieur le Conseiller;
Mon Général et messieurs les Officiers supérieurs, juges assesseurs;
Je vous souhaite plein succès dans vos délibérations et que votre jugement contribue à renforcer la justice, la paix et la cohésion sociale au Burkina Faso.

Je vous remercie ».

Djibrill BASSOLE

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