Accueil Opinion Quelles stratégies pour le rattrapage économique du continent africain ?   

Quelles stratégies pour le rattrapage économique du continent africain ?   

Des fillettes se promenant à Ouagadougou avec des assiettes sur la tête vendant des arachides et des épis de maïs bouillis

La prédation des ressources naturelles du continent africain se fait de plus en plus sur arrière fond d’une conception du profit qui nie la dignité de la personne humaine. L’économie, on le sait n’est pas une science morale et l’on n’attend pas d’elle qu’elle se pare de toute les vertus. Pourtant, fonder des rapports économiques authentiquement humains entre l’Afrique et l’Occident est possible. L’ordre économique dominant devrait donc être repensé à l’échelle des valeurs de solidarité, de justice et progrès partagé pour maintenir les africains chez eux. Personne ne quitte son pays de gaité de cœur.  C’est donc dire que l’exil des africains en l’occurrence est entre autres la conséquence d’un système d’échange nocif qui enfonce les Afriques dans le sous-développement.  Pour cela, les éléments suivants sont particulièrement importants pour le rattrapage économique du continent :

– une remise à plat des préjudices causés par la colonisation, le pillage de ressources naturelles, l’esclavage et le crime contre l’humanité de la traite négrière qui doit entraîner des réparations, non basées sur un dédommagement financier arbitraire et forfaitaire quasi impossible, mais sur des effacements et remises de dettes permettant de constituer les moyens dédiés au financement de la santé, de l’éducation et de la formation professionnelle. La traite négrière qui a sévi pendant plusieurs siècles a provoqué un retard de développement considérable. Il est temps de le reconnaître et d’y remédier concrètement.

-l’établissement d’un inventaire des richesses patrimoniales en ressources naturelles et autres matières premières qui doivent figurer au titre des actifs d’un ‘‘compte d’exploitation universel’’ servant de trésorerie pour abonder et financer un plan pluriannuel de développement endogène des Afriques et de leurs collatéraux.
-la création d’un système intracontinental d’échanges (SYDRES) pour valoriser les produits locaux et structurer un marché intérieur africain. Les importations massives phagocytent les productions locales et étouffent les systèmes économiques traditionnels africains. Même en bénéficiant de l’Aide Extérieure au Développement, les productions agricoles et produits manufacturés locaux ne pourront jamais être compétitifs. En relançant un tissu économique local, les SYDRES devront contribuer à réduire les circuits de pillage qui maintiennent l’analphabétisation, la misère et la violence et alimentent l’émergence de groupes paramilitaires qui font régner esclavage, anarchie et terreur dans des zones de non droit. L’efficacité des SYDRES ne vaudra que si une majorité d’États africains favorisent leurs productions intérieures en se protégeant des importations agressives.

-la mise en place d’une taxe à l’exportation de toutes matières premières extraites localement et de tous produits semi-finis, exportation confiée à des tiers gestionnaires étrangers qui exploitent les zones portuaires et aéroportuaires. Ces taxes doivent permettre de développer des infrastructures, des réseaux routiers ou ferroviaires tant locaux, transrégionaux que transnationaux et promouvoir les énergies renouvelables.

– la création d’un Fonds spécial abondé la responsabilité sociale ou sociétale des entreprises pour toute entité économique et commerciale étrangère établie dans les pays et régions concernés par des retards de développement, afin de répondre aux besoins de santé, d’éducation, de formation professionnelle locaux.

-l’instauration d’un salaire minimum et la mise en place d’une protection sociale obligatoire en accord avec les us et coutumes locales pour assurer la paix sociale et civile, de surcroît lorsqu’il s’agit de salariés autochtones travaillant pour des entreprises étrangères dans les secteurs primaires, secondaires et tertiaires.

-une gestion optimisée des envois d’argent effectués régulièrement par les diasporas qui constituent déjà un vecteur de développement socio-économique permettant d’irriguer les économies locales comme régionales.

La question de la réparation doit être vue sous l’angle d’une dignité retrouvée par une sortie définitive de l’assistanat, de l’isolement et de la main mise exclusive de l’occident sur les ressources du continent. Limiter l’exil et encourager le retour en terre natale des ressortissants africains et afro descendants, c’est le résultat que l’on attend d’un changement des paradigmes.

Dr SAMANDOULGOU W. Serge Dénis

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