Accueil A la une RD Congo: quand Guterres se moque des Congolais

RD Congo: quand Guterres se moque des Congolais

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres

Beaucoup de Congolais n’en croyaient pas leurs oreilles, en entendant la rhétorique développée par le secrétaire général de l’Onu, dans une interview qu’il accordait, dimanche 18 septembre, à RFI et à France 24. Ils y voyaient le monde en envers. Beaucoup d’autres téléspectateurs non congolais ont exprimé leur perplexité. Quand le numéro 1 de l’Onu, sans langue de bois, met en exergue «l’aveu d’impuissance de l’organisation mondiale devant un vulgaire groupe de rebelles», c’est tout simplement grave.

Au fait qu’est-ce que l’Onu et qu’est-ce que le mouvement de rébellion dénommé M23? Leur prêtant une personnalité physique, n’est-ce pas un mammouth face à un crapaud?  Aucune comparaison entre les deux grandeurs. Sauf, bien entendu, s’il faut tenir compte de la dialectique diplomatique pour laquelle la vertu de la négociation prévaut sur la violence de la guerre. En cela uniquement, le M23 pèserait devant l’Onu.

A ramasser les idées-forces, qui forment l’ossature des réponses du patron de l’Onu, on a d’abord l’impression d’écouter un galimatias. C’est quand on remet de l’ordre dans ses propres idées, éclairées par la réalité sur le terrain, que le narratif d’Antonio Guterres devient intelligent. Très intelligent et, par ricochet, très intéressant.

La poutre maîtresse de cet échange se résume, à notre sens, à cette question aussi précise et à sa réponse autant franche:

Question-«Dans l’est du Congo-Kinshasa, les populations manifestent contre les casques bleus de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo), parce qu’elles les accusent de ne pas les protéger contre les rebelles. Il y a eu des manifestations meurtrières au mois de juillet. Est-ce que vous allez envisager un départ anticipé de ces casques bleus avant la date de 2024 [comme initialement prévu NDLR], et peut-être même avant la présidentielle de 2023 comme vous le demandent plusieurs autorités?»

Le M23, une armée moderne

L’interviewé se lâche, et va, d’une tirade, toucher le cœur même du problème avant que les intervieweurs n’y arrivent. Il parle du M23. C’est tant mieux! 

Réponse-«Il y a un programme de réduction progressive de la force en accord avec le gouvernement. Mais parlons franchement. Les populations ont le désir de voir les forces onusiennes triompher des mouvements rebelles qui les attaquent. Cependant, on est dans une situation extrêmement difficile. Le fait est que les Nations unies ne sont pas capables de battre le M23. La vérité, c’est que le M23 aujourd’hui est une armée moderne, avec des équipements lourds qui sont plus perfectionnés que ceux de la Monusco.»

En faut-il plus pour comprendre la situation difficile que traverse la RD Congo, prise au piège des intérêts économiques? La «chronologique des faits» conduit à une réponse sans doute aisée. Sans un recul dans le temps, l’exemple récent de la diplomatie américaine en dit long, à travers le passage à Kinshasa, en août, du secrétaire d’Etat Antony Blinker. S’il a abordé la «question congolaise», par rapport à la présence spécialement des troupes rwandaises en RD Congo, il ne l’a fait que du bout des lèvres. Aucune condamnation ni mise en     garde vis-à-vis du Rwanda, s’étant résolu de mettre gentiment dos à dos Kinshasa et Kigali. Quid, alors, du rapport d’experts de l’Onu ayant pointé la présence des troupes de Kigali en terre congolaise? En revanche, outre les sujets de routine sur les relations entre deux Etats, il a plus mis du sien sur ce qui intéresse «la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux essentiels nécessaires à la transition mondiale vers des formes d’énergies plus propres».

En arrière-plan, on y aperçoit tout de suite la présence du «coltan» dans ses bels atours princiers, en tant que gage de nouvelles technologies de pointe. C’est sur ce point que la RD Congo intéresse l’Amérique. Que ce pays se disloque, c’est à son avantage. Ainsi donc, le M23 ainsi que la prise de Bunagana par celui-ci, en territoire congolais, constituent-ils le cadet des soucis de l’Oncle Sam et consort.

Il n’y va pas autrement des pays limitrophes, en occurrence le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, qui, en leur qualité de gardes chiourmes de l’Occidental, se servent plein les mains de richesses congolaises. Portion pour eux, la part du lion revenant aux maîtres des horloges outre-Atlantique. C’est finalement ces derniers les gros bénéficiaires.

Une déviance innommable 

C’est dans cette même perspective qu’il convient de comprendre la poussée du Congo – aidée en cela par la soumission obséquieuse du président Tshisekedi à ses protecteurs -, vers la Communauté d’Afrique de l’est (EAC). Large spectre de surveillance contre l’intrusion chinoise. Sans s’en rendre compte ou par l’absence d’idéal, la RD Congo se retrouve, encore une fois, une espèce de «digue géopolitique», comme du temps de la Guerre froide. Avec ceci de différent qu’il s’agit, pour le moment, strictement, du domaine économique. Et d’une matière minérale spécifique nommée «coltan».

L’Onu, qui dispose d’un droit de regard à la fois direct et tacite sur les actes des nations, est-elle dans l’ignorance de tous ces mouvements diplomatiques négatifs à l’encontre de la RD Congo? Capable de mobiliser plus d’un milliard de dollars, par an, pour la Monusco, comprenant près de vint mille hommes de troupe, et ce pendant une vingtaine d’années, est-elle incapable de se doter d’armes perfectionnées pour battre le M23?

Le M23, une rébellion sans feu ni lieu, à la solde du Rwanda, qualifié d’armée moderne par le secrétaire général de l’Onu, est une déviance innommable de cette structure internationale! Il y a dans ce propos une moquerie subtile, acide, à l’égard des Congolais. Heureusement, dans l’est du pays, on l’a compris. A moitié. Puisqu’il ne s’agit pas de demander uniquement le départ de la Monusco, mais également de fédérer toutes les volontés progressistes du pays pour balayer le régime complotiste, en place à Kinshasa.

Par Jean-Jules LEMA LANDU, journaliste congolais, réfugié en France

Laisser un commentaire