La mer n’aura pas eu raison d’eux. En une seule semaine, 1 046 migrants tentant de rallier les îles Canaries depuis la Gambie ont été secourus après avoir dérivé sur l’Atlantique à bord de sept embarcations de fortune. Ramenés à terre en Mauritanie et au Sénégal, ils ont été pris en charge par les équipes de Médecins sans frontières (MSF). L’organisation a rendu publiques ces informations, ce mardi 8 septembre 2026 sur son site.
Le chiffre donne le vertige. 1 046 personnes en sept jours, embarquées sur sept pirogues, avec environ 150 passagers par embarcation, ont été tirées des eaux alors qu’elles tentaient de rejoindre les îles Canaries, à près de 2 000 kilomètres de leur point de départ. Une distance considérable pour des embarcations précaires, transformant le voyage en une véritable épreuve de survie.
Après leur sauvetage, plusieurs rescapés ont été accueillis dans un état de santé préoccupant. Les équipes médicales de MSF ont notamment constaté des cas de déshydratation, d’épuisement extrême, de perte de connaissance, de fractures, ainsi que diverses infections, notamment cutanées, gastriques et respiratoires.
Des femmes et des enfants dans la tourmente
Parmi les personnes secourues figurent 134 femmes, dont une femme enceinte, ainsi que 88 mineurs. Mais aux blessures visibles s’ajoutent des traumatismes plus difficiles à mesurer.
Certains rescapés ont confié avoir assisté à la mort de proches au cours de la traversée. Pour répondre à cette détresse psychologique, MSF a déployé des dispositifs de soutien psychologique d’urgence auprès des survivants.
La majorité des personnes secourues sont originaires du Sénégal et de la Gambie. D’autres viennent notamment du Mali, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.
L’enfer avant même l’océan
Pour certains migrants, les dangers n’ont d’ailleurs pas commencé avec l’embarquement. Plusieurs témoignages recueillis par MSF font état de violences, d’agressions et d’extorsions imputées à des passeurs.
À Dakar, un rescapé a raconté avoir été battu par un passeur et plusieurs hommes qui voulaient lui faire payer davantage pour son voyage. Une femme a également déclaré avoir été dépouillée de l’argent destiné à son passage, avant de subir une agression sexuelle.
Ces récits viennent rappeler que, sur cette route migratoire, la vulnérabilité des candidats au départ peut être exploitée bien avant qu’ils ne prennent la mer.
MSF alerte sur une route toujours plus dangereuse
Présente depuis 2024 auprès des personnes secourues sur cette route migratoire de l’Atlantique, Médecins sans frontières estime que l’ampleur de ces traversées traduit la gravité des situations auxquelles les migrants cherchent à échapper.
Selon Dalil Adji, chef de mission de MSF en Afrique de l’Ouest, le fait que des personnes soient prêtes à affronter une traversée de près de 2 000 kilomètres, au péril de leur vie, témoigne de la profondeur des difficultés qui les poussent à partir.
Face à cette situation, MSF appelle les gouvernements d’Afrique de l’Ouest et d’Europe à favoriser la mise en place de voies de migration sûres et légales, afin de réduire le recours à des itinéraires aussi dangereux.
Derrière les 1 046 rescapés recensés en une semaine, il n’y a donc pas qu’un chiffre. Il y a des familles, des femmes, des enfants et des hommes confrontés à la peur, à l’épuisement, aux violences et parfois à la perte de leurs proches. Le sauvetage massif de cette semaine rappelle surtout une réalité brutale: sur la route de l’Atlantique, atteindre les Canaries peut d’abord signifier survivre à la mer.
Par Valentin SOMANDE







































