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Togo: une nouvelle ère de démocratie?

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La jeunesse togolaise lutte au quotidien sur le marché de l'emploi (Ph. togotopinfos.com)

Alea jacta est! C’est fait et ce sont au total 29 articles qui ont été modifiés dans la Constitution togolaise par les 90 députés présents. Les réformes constitutionnelles qu’attendaient la majorité des Togolais, mais redoutées et rejetées par une partie de l’opposition sont désormais réalité depuis le mercredi 8 mai 2019. Elles sont nées dans la douleur comme tout accouchement, mais replacent ce pays qualifié en son temps de «la Suisse de l’Afrique» dans une nouvelle ère démocratique. Et pas que, car le respect de la vie humaine est aussi remis au goût du jour, la peine de mort ayant également été abolie. S’il faut saluer ces réformes dont la mise en œuvre constituera une autre paire de manche, il faut de go reconnaître qu’elles n’ont plus été difficiles à voir le jour, une partie de l’opposition qui s’est interdite toute option conciliante avec le pouvoir, s’étant faite hara kiri en boycottant les dernières élections législatives organisées par le Togo dans l’esprit de la feuille de route de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Du coup, la nature ayant horreur du vide, c’était un boulevard qui s’est ouvert pour le parti au pouvoir à qui l’on pourrait tout au plus reprocher de n’avoir pas su convaincre ses adversaires d’aller aux législatives. Mais était-ce seulement encore possible, tant les positions étaient devenues radicales.

A l’Assemblée, le vote était secret, mais les résultats n’avaient rien de secret et de surprenant, car le parlement est dominé par les partis proches du pouvoir. Toutefois, cela n’enlève rien au charme démocratique des réformes. Car, même l’article 59 a été revisité, contraignant dorénavant le président de la république à un quinquennat renouvelable une et une seule fois. Si la loi étant impersonnelle et non rétroactive donne la possibilité à l’actuel chef de l’Etat d’espérer encore deux mandats, soit dix années de pouvoir, il faut compter aussi avec l’émergence de nouveaux politiciens de la majorité comme de l’opposition qui pourraient devenir de redoutables adversaires pour Faure Gnassingbé, si le jeu démocratique n’est pas faussé en cours de match. La limitation du mandat constitue certes une avancée notable, mais dans un contexte où un déficit de confiance criard s’est installé entre pouvoir et une partie de son opposition, cet acte courageux n’est pas applaudi comme une prouesse. Il ne peut en être autrement dans le camp d’en face, l’article 158 dans son alinéa 2, stipulant que «les mandats déjà réalisés et ceux qui sont en cours à la date d’entrée en vigueur des nouvelles dispositions constitutionnelles ne sont pas pris en compte». Cette réforme, malgré donc sa portée historique ne fait pas l’affaire de cette partie de l’opposition et des contempteurs de Faure Gnassingbé qui sont pour le retour à la Constitution de 1992 qui devrait mettre fin, hic et nunc, au règne de Faure Gnassingbé. Ce dernier, frappé du péché originel, son feu père, Eyadema Gnassingbé, ayant déjà fait près de 40 ans au pouvoir, avant son décès en 2005.

Le combat le plus important et le plus noble à mener par le pouvoir en place serait de donner des gages de rétablissement entre lui et son peuple et surtout assurer un développement au pays en pensant surtout à une jeunesse qui lutte au quotidien contre le chômage et le rétrécissement du marché de l’emploi. Aujourd’hui, les dés sont jetés et nul ne pouvant se prévaloir de sa propre turpitude, les opposants de la C14, coalition de partis de l’opposition qui a volé en éclats après les dernières législatives, doivent bien se mordre les doigts. Brillant par son absence dans l’organe législatif, quelle sera désormais sa stratégie pour se faire entendre et mettre en difficulté un pouvoir qui sur le plan international redonne tout de même ses lettres de noblesse au Togo?

Par Wakat Séra

1 Commentaire

  1. Bonjour,
    J’espère que c’est un jeu de mots de parler de « nouvelle ère pour la démocratie au Togo ». Ce ne sont pas des textes qui font la démocratie, c’est un ensemble d’institutions fortes et des pratiques institutionelles et politiques à commencer par le respect à un texte, voté par référendum populaire, qui régit les relations politiques entre d’une les acteurs.es de la classe politique et d’autre part les relations entre cette classe et la société. Je rappelle la fameuse formule répétée dans toutes les constitutions que le peuple est souverain, c’est qui donne confiance par son choix à travers des élections théoriquement libres et pluralistes.
    Le régime néopatrimonial au Togo ou la monarchie au pouvoir comme au Gabon et en RDC (Kabila père et fils) s’appuie sur des réformes pour se renforcer. Quelle appréciation positive peut-on avoir des réformes, qui interviennent à quelques mois d’un mandat présidentiel. Ce sont des réformes adoptées par le parti au pouvoir et des partis proches du pouvoir. Il n’y avait aucun doute qu’elles allaient être adoptées, l’opposition étant absente au parlement. Je ne crois pas qu’on puisse critiquer celle-ci ne pas jouer le jeu politique, un jeu à un seul joueur. Ne pas participer à des élections fallacieuses, c’est mettre sur la table la vraie question : la défense d’une constitution, qui ne soit pas un objet du pouvoir. Un pouvoir personnel qui décide de modifier quelques points de la loi fondamentale.
    A mon avis par ces réformes ponctuelles, c’est une nouvelle constitution qui a été voté. Le regent du Togo Faure Gnassingbé et son gouvernement ont une légitimité politique, mpas pas une légitimité populaire. Pourquoi n’a-t-on pas soumis ces réformes au peuple? Si on cherche une légimité populaire, il faut consulter le peuple. Faure Gnassingbé va gouverner une génération de jeunes qui n’a connu que lui comme Chef d’Etat comme son père, qui a fait mieux deux générations (40 ans). La situation de la jeunesse demeure catastrophique sur tous les plans.
    Qui garantit au peuple et l’opposition qu’à la fin du deuxième mandat, Faure Gnassingbé ne va pas retorquer encore la constitution? Il n’avait pas la confiance du peuple à son arrivée au pouvoir, une succession organisée par l’armée. Au lieu de construire une confiance, il a renforcé une culture autoritaire de la gestion du pouvoir politique avec des assassinats, des meurtres, de la violence.

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