Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis et le monde portent toujours les conséquences de cette journée qui a bouleversé l’ordre international. Selon les chiffres officiels, les attaques ont fait 2 977 morts aux États-Unis, avant d’ouvrir une longue séquence de guerres, d’opérations antiterroristes et de mesures sécuritaires. De l’Afghanistan à l’Irak, en passant par la Syrie, le Yémen et le Pakistan, ces conflits ont provoqué des millions de morts et englouti des milliers de milliards de dollars, tout en contribuant à une profonde recomposition géopolitique.
Le 11 septembre 2001, quatre avions de ligne sont détournés par des membres d’al-Qaïda. Deux percutent les tours jumelles du World Trade Center à New York, un troisième frappe le Pentagone et un quatrième s’écrase en Pennsylvanie après l’intervention de passagers.
En moins de deux heures, 2 977 personnes sont tuées et environ 6 000 autres blessées. Le choc est planétaire. Pour les États-Unis, il marque le début d’une nouvelle ère sécuritaire et militaire.
Dès octobre 2001, Washington lance une offensive en Afghanistan contre les talibans, accusés d’abriter Oussama Ben Laden et al-Qaïda. La guerre, initialement présentée comme une opération contre les responsables des attentats, s’étend sur deux décennies. Elle s’achève en août 2021 avec le retrait des forces américaines et alliées et le retour des talibans au pouvoir.
En mars 2003, les États-Unis envahissent ensuite l’Irak, accusé notamment de détenir des armes de destruction massive. Aucun arsenal de ce type n’est finalement découvert. La chute de Saddam Hussein plonge le pays dans des années de violences et favorise l’essor de groupes jihadistes, jusqu’à l’émergence de l’organisation État islamique.
Les effets de cette séquence militaire dépassent rapidement les deux pays. Les opérations américaines et les conflits qui leur sont liés s’étendent ou se prolongent notamment en Syrie, au Yémen et au Pakistan.
Le bilan humain devient considérable. Selon le Costs of War Project de l’université Brown, plus de 940 000 personnes ont été tuées directement par les violences de guerre dans les principaux théâtres de conflits post-11-Septembre entre 2001 et 2023, dont plus de 432 000 civils.
À ces morts directes, s’ajoutent plusieurs millions de décès indirects liés notamment aux destructions, aux déplacements de populations, aux maladies et à l’effondrement des infrastructures. L’étude estime le bilan total à au moins 4,5 à 4,7 millions de morts sur la période étudiée.
Le coût financier est lui aussi vertigineux. Les guerres et opérations militaires engagées après le 11-Septembre ont représenté plusieurs milliers de milliards de dollars pour les États-Unis. À la facture des opérations militaires s’ajoutent les dépenses liées aux soins des anciens combattants, aux intérêts de la dette et aux conséquences économiques de conflits prolongés.
Sur le plan intérieur, les attentats provoquent également un profond durcissement sécuritaire.
Adopté quelques semaines après les attaques, le Patriot Act élargit considérablement les pouvoirs de surveillance et d’enquête des autorités américaines. Les détentions extrajudiciaires, les interrogatoires coercitifs et les révélations sur les pratiques de torture, notamment à Abou Ghraïb, suscitent de nombreuses critiques et ternissent l’image de Washington.
Sur le plan international, les conséquences sont tout aussi importantes. L’intervention en Irak, menée sans autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU et fondée en partie sur des renseignements qui se révéleront erronés, affaiblit la crédibilité américaine. Les longues guerres engagées au nom de la lutte antiterroriste ne permettent pas d’éliminer durablement la menace jihadiste, tandis que de nouveaux groupes apparaissent.
Dans le même temps, la Chine poursuit son ascension. Son entrée à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001 accélère son intégration dans l’économie mondiale. Au fil des années, Pékin renforce son poids économique, technologique et diplomatique, tandis que Washington mobilise une part importante de ses ressources dans les conflits du Moyen-Orient et d’Asie centrale.
Vingt-cinq ans après, les États-Unis restent une puissance économique et militaire majeure, mais leur domination est davantage contestée. La montée de la Chine, le retour de la Russie sur le devant de la scène stratégique et l’affirmation de nombreuses puissances du Sud ont contribué à faire émerger un ordre international plus concurrentiel.
Du 11 septembre 2001 au 11 septembre 2026, la «guerre contre le terrorisme» aura donc laissé une facture humaine et économique immense. Les attentats qui avaient frappé le territoire américain ont déclenché une succession de guerres dont les conséquences dépassent largement les frontières des États-Unis.
Un quart de siècle plus tard, le terrorisme n’a pas disparu, plusieurs régions restent instables et le monde est devenu plus fragmenté. Le 11-Septembre apparaît ainsi comme le point de départ d’une longue séquence dont Washington, malgré sa puissance intacte, n’a pas totalement maîtrisé les conséquences.
Par Valentin SOMANDE







































