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Putsch manqué du16 septembre 2015: «Je n’ai pas fait de coup d’Etat» (sergent Ollo Poda)

Le sergent Ollo Stanislas Sylver Poda, un des militaires de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) poursuivi dans le dossier du putsch manqué du 16 septembre 2015 au Burkina Faso, a soutenu ce lundi 2 juin 2018 devant la Chambre de jugement présidée par le magistrat Seydou Ouédraogo, qu’il «n’a pas fait de coup d’Etat» et «ne reconnais pas les faits» qui lui sont reprochés. Il est le deuxième accusé à être appelé à la barre après le sergent-chef Lahoko Mohamed Zerbo.

A la suite du sergent-chef Zerbo, qui a nié les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtre, de coups et blessures volontaires et de dégradation de biens, à lui reprochés, c’est son élément, le sergent Poda, qui a été appelé à la barre. Tout comme son chef Zerbo, il dit ne pas reconnaitre les faits. «Tout ce qui est dit, franchement je ne reconnais pas», a-t-il lancé, dans un français approximatif, au tout début de son interrogatoire.

32 ans et père de deux enfants, le sergent Ollo Stanislas Sylver Poda a déjà été condamné à 17 ans de prison ferme, dans l’affaire dite de Yimdi, une poudrière de l’armée qui a été attaquée. «Pour (l’attaque de) Yimdi ce que j’ai fait je l’ai dit et on m’a condamné pour ça, mais pourquoi on veut me condamner aujourd’hui pour ce que je n’ai pas fait», s’est-il interrogé.

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L’ex-garde de sécurité présidentielle, a affirmé que toute la journée du 16 septembre 2015, date à laquelle il y a eu le coup d’Etat, il était au camp Naaba Koom II, où il est monté le 15 et devait descendre le 17 septembre. Il note que c’est dans la soirée qu’il a été invité à aller en mission d’observation à la radio Savane FM avec le sergent-chef Zerbo.

«Je n’ai pas été à la présidence, (…) je n’ai pas participé à une réunion», a-t-il soutenu, signifiant qu’il n’a appris l’arrestation des autorités de la transition qu’autour de 19h, le 16 septembre 2015. A la question de savoir comment il l’a su, il a affirmé que «ça murmurait» au camp.

Accusé de meurtre et coups et blessures volontaires, entre autres, le sergent Ollo Poda a laissé entendre qu’il «n’a pas tiré sur quelqu’un (au cours des événements)». Il reconnait par contre avoir mené des missions de maintien de l’ordre et d’escorte avec le sergent-chef Lahoko Zerbo, le chef de missions qui avait indiqué à la barre qu’il avait donné l’ordre à ses éléments de ne pas tirer.

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Le sergent Poda qui a réfuté tout ce qu’on lisait comme étant ses propos devant le juge d’instruction, et consigné dans les procès-verbaux, a fait savoir que «quelle que soit la vérité que tu dis, et qu’on cherche à te charger, tu vas dire quoi?»

Selon son avocat, Me Isaac Bolimana, qui a sollicité que le tribunal ne tienne compte que de ce que son client dit à la barre, a déclaré que celui-ci ne dit que ce qu’il a fait en exécutant des ordres. «Il est convaincu qu’il a suivi le principe de respect de la hiérarchie», a dit Me Bolimana.

Quant à Me Idrissa Badini, avocat du sergent Lahoko Mohamed Zerbo, il a relevé que «l’instruction n’a pas été faite comme il se devait». Pour lui cette instruction «a été faite uniquement à charge», surtout pour ceux qui étaient à l’extérieur.

Par ailleurs au cours de son interrogatoire, il est revenu sur des accusations qu’il avait faites contre l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida. Il a confié que M. Zida les avait contactés, lui et d’autres éléments du RSP pour leur parler de son projet de prendre le pouvoir. Il a révélé également qu’au moment de l’insurrection (octobre 2014) c’est Zida qui a donné les armes aux éléments du RSP. Pour des avocats de la défense, il faut qu’à la suite de ces informations, que les autorités compétentes prennent des mesures pour éclairer cela. Quant à la partie civile, notamment Me Prosper Farama, «c’est le moment» pour le sergent Poda de dire tout ce qu’il a à dire, notant qu’au moment venu, en tant qu’avocat des victimes dans le dossier de l’insurrection, il fera en sorte qu’il soit entendu sur ce qu’il sait.

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Après quelques heures d’audience et d’interrogatoire, le tribunal a par la suite examiné des demandes de mise en liberté. Il s’agit, notamment, des requêtes des accusés Samuel Coulibaly, Minata Guelwaré et Abdoul Karim Baguyan. Des demandes auxquelles s’est opposé le parquet militaire. Selon le président du tribunal le verdict de ces demandes sera connu le mercredi 4 juillet prochain.

L’audience a été suspendue et reprendra demain mardi 3 juillet à 9h.

Programme des audiences

Les audiences entrant dans le cadre du procès du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015, se tiendront du lundi au mercredi de 9h à 17h, vendredi de 9h à 17h et samedi de 9h à 14h.

Première liste des accusés à être appelés à la barre

1-Lahoko Mohamed Zerbo

2-Ollo Stanislas Sylver Poda

3-Jean Florent Nion

4-Sami Da

5-Amadou Ly

Par Daouda ZONGO

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